Beauvoir

Beauvoir

Jean-Louis Jeannelle, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Ils occupent une place déplacée, en expansion constante, parfois jusqu'au vertige d'être sans cesse en retard sur le programme infiniment extensible des lectures prévues...

Quatrième de couverture

Sans renier pour autant son statut d'icône féministe, nous avons voulu restituer à Simone de Beauvoir toute sa dimension d'écrivain. Ce Cahier tente d'éclairer les différents genres dans lesquels son talent s'est exercé et souligne un travail d'écriture souvent méconnu. La publication d'extraits de romans de jeunesse inédits, la découverte de manuscrits dont l'analyse permet de relire autrement romans, nouvelles et autobiographies, révèlent la constance d'une vocation et le souci obstiné de la solution littéraire adéquate.
Refusant les excès du tout biographique, ce Cahier offre néanmoins aux lecteurs des correspondances inédites, qui font le point sur les relations inventives que Simone de Beauvoir noua avec ses amours et ses amis. Des entretiens témoignent du désir qu'elle eut toujours de s'expliquer sur son oeuvre et sur sa vie, et de nombreux articles, publiés dans des revues ou quotidiens américains et français, illustrent ses engagements.
Ce Cahier rend compte des recherches, notamment anglo-saxonnes, qui ont sorti Simone de Beauvoir de l'ombre sartrienne et lui ont conféré une stature de philosophe à part entière. Nous avons souhaité élargir notre étude aux adaptations cinématographiques et théâtrales que ses romans et ses essais ont suscitées. Le rayonnement de Simone de Beauvoir se mesure également à l'abondance des lettres de lecteurs qu'elle reçut et dont nous publions des échantillons, en privilégiant les correspondances d'écrivains.
Ce dialogue se poursuit, non sans débats, avec les écrivaines des générations suivantes.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Josyane Savigneau - Le Monde du 28 février 2013
Philippe Lançon - Libération du 28 février 2013

Extrait de Beauvoir

Simone de Beauvoir à l'oeuvre

Jean-Louis Jeannelle et Éliane Lecarme-Tabone

Étrange destin critique que celui de l'oeuvre de Beauvoir. La relative indifférence qu'elle a longtemps suscitée au sein de l'université française n'a eu d'égale que la ferveur qu'on lui a témoignée depuis les années 1980 dans les pays anglo-saxons. Ce déséquilibre ne va pas sans provoquer quelques malentendus, que ce Cahier aimerait, en partie du moins, dissiper.
Le premier malentendu tient aux objets d'étude sélectionnés. La grande majorité des recherches qui lui ont été consacrées, en Angleterre et aux États-Unis, concernent, outre sa biographie, les questions de genre («gender») dans une perspective féministe et la délimitation d'une pensée philosophique qui lui soit propre. Cette profonde réévaluation critique du Deuxième Sexe et du statut accordé à Beauvoir en tant que philosophe, bien qu'elle fût en accord avec les travaux menés en Fiance dans le domaine philosophique par Michèle Le Doeuff ou en Allemagne du côté de la réception des textes par Ingrid Galster, n'a suscité d'écho chez nous que de manière tardive. Assurément précieux dans son travail de réhabilitation d'une pensée sous-estimée, le déplacement de perspective réalisé par les spécialistes anglo-saxonnes apparaissait toutefois comme trop militant : il ne faisait pas la part assez belle à Beauvoir écrivain et instaurait entre la pensée de Sartre et la sienne une rivalité impossible à conclure.
Les critiques français, de leur côté - et c'est le second malentendu - voient surtout en Simone de Beauvoir une mémorialiste et une romancière, mais ils n'en ont que tardivement renouvelé la lecture, faute d'avoir compris, comme leur confrères anglo-saxons, qu'il importe de remettre en question les cadres éthiques et théoriques dans lesquels nous est parvenue son oeuvre. Trop longtemps envisagés avant tout comme des sources d'information biographique, les écrits à la première personne de Beauvoir occupent, en dehors des Mémoires d'une jeune fille rangée (cas exemplaire de récit d'enfance), une place assez secondaire au sein des études sut la littérature personnelle : on a, en quelque sorte, ignoré le travail d'écriture de l'histoire débuté avec La Force de l'âge. Ses romans n'ont, de même, pas trouvé la place qui leur revient dans les différentes histoires de la fiction en France, en dépit du succès que plusieurs d'entre eux avaient rencontré lors de leur publication et des réexamens qu'ont suscités depuis quelques décennies Les Mandarins, Les Belles Images ou Quand prime le spirituel.
Résultat de telles divergences : des deux côtés de ce fossé linguistique et culturel, on ne se lisait ou ne se citait que rarement. Il est temps de dépasser ce clivage. Des travaux individuels ouvrant à un véritable dialogue, les études régulièrement proposées dans les Simone de Beauvoir Studies, l'organisation de grands colloques internationaux réunissant des chercheurs de toutes les nationalités, comme celui de 1999 sur le cinquantenaire du Deuxième Sexe (dir. Christine Delphy et Sylvie Chaperon) ou ceux de 2008, tenus l'un à Paris - (Re)découvrir l'oeuvre de Simone de Beauvoir (dir. Julia Kristeva) -, l'autre à Tübingen - Simone de Beauvoir cent ans après sa naissance (dit. Thomas Stauder) -, prouvent, s'il en était besoin, l'intérêt de telles circulations entre les différentes perspectives. Ce Cahier aimerait poursuivre la confrontation et l'enrichissement réciproques des différentes lectures faites de Beauvoir.
Il s'efforce donc de ressaisir la production de Simone de Beauvoir dans sa globalité, afin d'éclairer, sans exclusive, les différents genres dans lesquels son talent s'est exercé : romans, nouvelles, autobiographie, journal, correspondance, essai, récits de voyage... Il se fait l'écho des recherches qui firent sortit Simone de Beauvoir de l'ombre sartrienne pour lui restituer sa stature de philosophe, notamment dans Le Deuxième Sexe. La reproduction d'articles de Simone de Beauvoir, publiés dans des revues américaines et peu accessibles jusqu'à présent aux lecteurs français, complète et nuance ce que nous connaissons de sa pensée à travers ses essais les plus connus.