Petit dictionnaire du latin d'aujourd'hui

Petit dictionnaire du latin d'aujourd'hui

Elizabeth Antébi, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Le livre permet, au-delà du temps, une conversation ininterrompue, des échanges et rêveries, avec des passants qui parfois ne sont plus de notre monde ; ils nous ouvrent au choix, aux nuances, donc à la liberté.

Quatrième de couverture

Oubliez l'argot, le javanais, le verlan et autres tchatches des cités, adoptez plutôt le latine loqui ! Ce petit dictionnaire vous propose en effet de découvrir le latin de notre temps. Une langue morte bigrement vivante, drôle, inventive et étonnante !

De «acupuncture» (acupunctura) à «zapper» (zappare) en passant par «e-mail» (litterae electronicae), «mariage gay» (conjugium taboquatu), «scooter» (birotula automataria) ou encore «tire-bouchon» (extraculum), régalez-vous et amusez-vous avec ce florilège de mots et expressions d'aujourd'hui traduits dans la langue de Cicéron.

Comment dit-on «basket-ball» en latin ? Que devient un «playboy» sous la plume d'Ovide ? Une «minijupe» sous celle de Catulle ? Une «adresse mail» chez Pline l'Ancien ? Un «best-seller» au temps de Virgile ? Du «pop-corn» pour Jules César ? Si le latin est indéniablement une langue ancienne, elle reste bien vivace de nos jours grâce à des centaines de cercles latins à travers le monde, des revues, des radios en latin (en Finlande, en Allemagne, en Italie), des films récents (Le Destin de Rome, un docu-fiction diffusé sur Arte, juin 2011) ou encore des livres pour la jeunesse (les aventures du Petit Nicolas, après celles d'Astérix ou d'Harry Potter viennent d'être traduites en latin).

Depuis quelques années la langue de Cicéron connaît ainsi un véritable regain d'intérêt et le pape Benoit XVI a donc décidé d'instaurer une «Académie de la nouvelle langue latine» afin de promouvoir son usage. Depuis quelques années, une fondation est chargée d'établir le Lexicon recentis Latinitatis, un dictionnaire traduisant notre vocabulaire contemporain en latin. Le Petit dictionnaire du latin quotidien offre pour la première fois un florilège en français de ce latin du XXIe siècle. A savourer...

Elizabeth Antébi, est écrivain et journaliste latiniste. Créatrice du «Festival européen latin grec» (VIIIe édition du 21-24 mars 2013 à Lyon), elle est notamment l'auteur de Pullus Nicolellus - Le Petit Nicolas traduit en latin (éditions IMAV, 2012).

Extrait de Petit dictionnaire du latin d'aujourd'hui

Extrait de la préface

Rire avec le latin ? Pourquoi pas ?
Foin du javanais ou du louchebem d'antan, du verlan et autres «rapposités» d'aujourd'hui, les jeunes et les autres vont-ils se mettre au latine loqui et se lancer des phrases en latin ? En tout cas, ce livre va les aider à franchir le pas. Chic et choc, bobo à vous laisser baba, ou plutôt babae dans le texte, comme dirait Pétrone pour qui cela voulait dire «à merveille», «oh !» «ah !».
Ce qu'il se serait exclamé s'il avait lu «Cogitatio», édito en latin s'il vous plaît de Nicolas Demorand dans libération pour prendre congé du pape Benoît XVI. Ou certains articles du journaliste anglais Philip Howard, dialoguant en latin avec le maire de Londres, Boris Johnson.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on joue avec cette langue éternelle. Allez lire Queneau et ses Exercices de style qui fait ses gammes en latin macaronique, où l'on assaisonne à la sauce latine le français «vulgaire» : voir la scène finale du Malade imaginaire de Molière ou notre pedibus cum jambis qui signifie qu'on arrive «par les pieds avec les jambes».
Délectez-vous de la traduction par Pierre Desproges de l'Alea jacta est («les dés en sont jetés») : «Qu'est-ce qu'on jacte à la gare de l'Est... à Montparnasse aussi». Vibrez avec un jeune Rimbaud de 14 ans et son Jugurtha, symbole d'une révolte adolescente qui sonne aujourd'hui différemment, mais toujours en latin, langue des premiers poèmes de notre prodige. Ou riez d'un rire moqueur à la thèse (en latin) d'un Karl Marx, annotée par un professeur excédé de «tant d'erreurs» : «Vraiment, quelle mauvaise littérature !»
Et aujourd'hui ne découvre-t-on pas au coin des séries américaines des titres comme Amor Fati («Amour du Destin») et dans Buffy contre les vampires des dialogues en latin de cuisine, ou dans NCIS Ia devise des Marines : Semper Fidelis ? Dans nos épopées modernes au petit pied, les épisodes d'X-Files portent des noms latins (Daemonicus, Tempus fugit, Germanus) ou de héros grecs (le philosophe Empédocle, Prométhée, la Méduse), tout cela dans un joyeux mélange de civilisations qui ravit les esprits cultivés mais peut en embrouiller d'autres, comme aussi dans Stargate où Pégase arrive comme un cheval sur la soupe. Thermae Romae, film d'animation japonais qui se passe sous l'empereur Hadrien, fait lui un tabac (mérité) sur la toile.
Car ces séries célèbrent d'abord les combats pour le pouvoir, et souvent un pouvoir sombre, magique : le latin, longtemps langue d'Église, est devenu, dans la culture populaire, la langue des maléfices. Harry Potter (aujourd'hui traduit en latin et en grec ancien) fait désormais figure d'ancêtre dans la pratique du latin pour les sorts et les devises.
Des groupes musicaux ne s'intitulent-ils pas «Corvus Corax» (corbeau répété deux fois - latin/grec) ? Ou encore «Satyricon», «Deus ex Machina», «Ordo Equitum Solis». Et la devise de Harry Potter n'est-elle pas «Draco dormiens nunquam titillandums» - «faut jamais titiller le dragon qui dort ?»
Drôle de paradoxe : plus le latin a tendance à disparaître de nos classes en Europe, plus la mode en est de le chanter : le Finlandais Dr Ammondt entonne Elvis Presley en latin ; Paul McCartney publie en 2006 l'album Ecce Cor Meum - pour ne citer que ceux-là. À la mode aussi les Cercles latins épars en Europe et même aux États-Unis où l'on se parle en latin moderne ; la traduction en latin de toutes sortes de livres de la littérature enfantine - d'Alice au pays des merveilles (Alicia in terra mirabili) au Petit Nicolas (Pullus Nicolellus), en passant par Winnie l'Ourson (Winnie ille Pu), Peter Rabbitt (Fabula de Petro Cuniculo), Mickey Mouse (Michaël Musculus), Donald (Donaldus Anas), Le Petit Prince (Regulus) et la kyrielle des Astérix dont l'humour est si latin qu'il a dû être bien difficile de traduire en cette langue les villages de «Petibonum» ou de «Babaorum».