365 expressions parisiennes expliquées

365 expressions parisiennes expliquées

, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Alors, disons :

Des amis parfaits : ils me soutiennent, ils me rassurent, ils m'interpellent, ils m'instruisent, ils m'agacent, ils m'amusent, ils me détendent, ils me réveillent : ils m'accompagnent.

Quatrième de couverture

Le parler populaire de Paris a connu son âge d'or au XIXe siècle. Mais qui sait encore qu'à trop jardiner sur le tapis on risque de fréquenter le conservatoire ? Qu'avoir de la laine rapporte moins que de battre le beurre ? Ou que bouder au cheveu n'oblige pas à remiser son fiacre ? Plongez vous dans notre patrimoine linguistique avec Dominique Foufelle, qui vous fait (redécouvrir le jargon du Parisien d'antan. Au fil des saynètes ludiques composées de «façons de dire» savoureuses, elle met en scène 365 expressions parisiennes dont elle explique ensuite le sens.

Un vrai bonheur pour les amoureux du verbe !

Biographie : Établie dans l'Hérault, Dominique Foufelle, journaliste et écrivaine, a publié de nombreux ouvrages jeunesse ou tout public. Auteure pour les Éditions du Chêne de Expressions désuètes, Expressions régionales, Le Petit Livre des expressions familières, 365 expressions des métiers expliquées et 365 expressions assassines expliquées, elle poursuit ici ses pérégrinations au pays des parlers de Paris.

Extrait de 365 expressions parisiennes expliquées

Paris la gouaille

Paris était à la fin du Moyen Âge la ville la plus peuplée d'Europe : quelque deux cent quarante mille habitants, soit à peu de choses près la population de Bordeaux aujourd'hui. Les guerres, les troubles politiques et les épidémies la vidèrent. Sa croissance alla ensuite en dents de scie, pour exploser au XIXe siècle. En 1850, plus d'un million de personnes peuplaient la capitale ; le chiffre dépassait deux millions et demi en 1900.

Une France en miniature
Qui sont ces nouveaux Parisiens et Parisiennes ? Des gens des provinces, surtout des campagnes, qui ont quitté leur terre dans l'espoir d'une vie meilleure. Elles et ils viennent grossir les rangs des prolétaires, des artisans, des commerçants et des vendeurs des rues, des aventuriers, des miséreux, des malfaiteurs par choix ou nécessité. Elles et ils ont apporté dans leurs bagages leurs parlers : de véritables langues, concernant les Bretons, les Basques ou les Occitans, souvent des patois, pour le moins des tournures et des accents régionaux. Celles et ceux qui s'enorgueillissent d'une présence plus ancienne ne ménagent pas leurs moqueries. La migrante et le migrant se signalent à l'attention par l'étrangeté de leur langage.

À Paris, on exerce toutes les professions. Les corporations se regroupent dans des quartiers, voire des rues. Dans ces microcosmes naissent des jargons qui, s'ils ne sont pas expressément conçus pour exclure celles et ceux qui ne les possèdent pas, permettent de se comprendre entre soi. Les membres de la pègre ont le leur, cette fois nettement crypté pour échapper aux oreilles indiscrètes. Dans une ville où l'on s'éloigne encore peu souvent de son port d'attache, les parlers se singularisent sur de petits territoires, comme ils varient en France d'un village à l'autre.

Laboratoire de langue
Toutes ces richesses langagières, pourtant, circulent, se croisent et s'entremêlent. Le peuple de Paris, cosmopolite par essence, intègre les apports et les fond dans un parler populaire qui lui devient spécifique. Dans sa préface à l'édition de 1872 de son Dictionnaire de l'argot parisien, Lorédan Larchey décrit à merveille le phénomène : «Là, se fabriquent ou affluent tous les mots nouveaux : ceux du bagne comme ceux du sport, ceux du boudoir comme ceux de l'atelier, ceux de la caserne comme ceux des couloirs de l'Assemblée, ceux de la halle comme ceux du collège, comme ceux du journalisme. C'est, dis-je, dans le grand torrent de la circulation parisienne que tous ces nouveaux venus viennent se confondre, se retremper et s'abandonner au courant qui doit décider de leur fortune.»

Il en va ainsi depuis que la capitale attire sans cesse de nouveaux habitants. Le Paris de l'Ancien Régime retentissait déjà d'expressions imagées, volontiers grivoises, dont quelques dictionnaires précoces ont conservé les traces. La «langue verte», autrement dit, un langage cru, naturel, affranchi des règles édictées par l'Académie depuis Richelieu, se pratique et se renouvelle couramment. Au XIXe siècle, l'explosion démographique, l'industrialisation et l'accroissement des classes laborieuses, dites «dangereuses», vont en favoriser l'épanouissement.