André Le Nôtre en perspectives

André Le Nôtre en perspectives

Quatrième de couverture

Cet ouvrage de référence, qui paraît à l'occasion du quatrième centenaire de la naissance d'André Le Nôtre, croise et ouvre des perspectives nouvelles sur celui qui fut tout à la fois jardinier, dessinateur, contrôleur général des Bâtiments du roi et grand collectionneur ♦ La place de Le Nôtre dans l'art de son temps, les conditions d'élaboration de son oeuvre et l'héritage de ses conceptions sont explorés et illustrés selon une approche pluridisciplinaire inédite à laquelle ont contribué trente-trois chercheurs et praticiens ♦ Pour la première fois sont réunis et reproduits en grand format et en couleurs quelque cinq cents dessins, chefs-d'oeuvre et documents, exceptionnels ou inattendus, permettant au lecteur de faire l'expérience sensible de la diversité des facettes d'un homme et de son oeuvre, et de poursuivre la réflexion critique au-delà de l'événement.

Ouvrage de référence qui paraît à l'occasion du quatrième centenaire de la naissance d'André Le Nôtre, sous la direction de Patricia Bouchenot-Déchin et de Georges Farhat, ce livre est aussi le catalogue officiel de l'exposition «André Le Nôtre en perspectives, 1613-2013», organisée au château de Versailles par l'Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles du 22 octobre 2013 au 24 février 2014.
Réunissant les contributions de trente-trois spécialistes de différents domaines - universitaires, conservateurs, paysagistes, archéologues, jardiniers et hydrauliciens -, cet ouvrage croise et renouvelle les perspectives sur celui qui fut à la fois jardinier, dessinateur, contrôleur général des Bâtiments du roi et collectionneur, héritier de la longue tradition du jardin français et figure majeure de la diffusion de ce modèle spatial jusqu'à nos jours.
Quarante essais permettent de resituer la place d'André Le Nôtre dans l'art de son temps, les conditions matérielles du développement de son oeuvre ainsi que le rayonnement et la postérité de ses conceptions jusqu'à nos jours. Croquis, ébauches, esquisses et dessins de présentation de la main de Le Nôtre et de ses collaborateurs sont présentés d'une manière inédite tandis que les chefs-d'oeuvre de sa collection de peintures, de bronzes, de sculptures, de médailles et d'estampes sont rassemblés avec de nombreux autres documents exceptionnels, rares ou inattendus.

Extrait de André Le Nôtre en perspectives

Le Nôtre à l'épreuve de l'Histoire

Patricia Bouchenot-Déchin et Georges Farhat

Les paysages conçus par André Le Nôtre (1613-1700) présentent plus d'un paradoxe aux promeneurs d'aujourd'hui. Témoins absolus de l'Ancien Régime, ils interpellent différemment chaque nouvelle génération. Inscrits dans l'histoire de leur environnement, ils échappent à leur foyer culturel d'origine. Pour autant, le plus illustre des créateurs de jardins français appelait-il l'ouverture d'un chantier d'études moins de quinze ans après le dernier centenaire de sa mort ? La question pouvait se poser en vertu des recherches développées depuis lors qui n'ont toutefois pas bénéficié de la diffusion et de la synthèse qu'elles méritaient. Relectures ou découvertes de documents (dessins, cartes, pièces justificatives) et pratiques patrimoniales plus savantes (études, restaurations, entretien) ont renouvelé le regard expert sur cette oeuvre. Par ailleurs, les changements de paradigme que connaissent les sciences humaines et sociales (histoires de l'art, des sciences et des technologies, géographie culturelle, archéogéographie) invitent à une approche plus dynamique des jardins historiques et du paysage où le site même constitue une archive dans un réseau d'interactions biophysiques et sociales. Tandis que désormais l'urbain intègre les valeurs de l'écologie et les cycles du vivant, les relations entre forme et grande échelle formulées par Le Nôtre dans son oeuvre fascinent toujours. Mais celle-ci doit être revisitée selon de nouveaux critères d'analyse et sur des bases historiographiques en pleine mutation.
Sous ce rapport, les acquis des deux premiers colloques jamais consacrés à Le Nôtre méritaient d'être croisés avec d'autres axes de recherche, développés entre-temps ou inédits. Celui de Sceaux (1999) interrogeait, à travers une approche pluridisciplinaire, le paysage culturel auquel appartient l'oeuvre de Le Nôtre : les institutions, les arts, les sciences et les techniques. Celui de Versailles et de Chantilly (2000) engageait l'enquête sur l'interprétation de cette oeuvre à partir d'études de cas, ainsi que sur sa réception européenne et sa conservation actuelle'. Il a dès lors paru intéressant de repartir de cette base et de mettre en perspectives la place de Le Nôtre dans son temps, les conditions matérielles du développement de son art et de son oeuvre, son rayonnement et sa postérité. Enfin, une partie des dessins issus de son atelier appelaient une présentation typologique révisée.
Ce projet d'ensemble correspondait à deux dispositifs complémentaires convergeant dans le présent ouvrage : une exposition, expérience sensible et didactique offerte au plus grand nombre, et sa préparation, expérience collective de recherche. Pour mener à bien cette entreprise ambitieuse, les compétences de spécialistes issus de disciplines et de pratiques multiples -conservateurs, universitaires, chercheurs, archéologues, jardiniers, hydrauliciens, paysagistes - furent réunies sous l'égide et l'encadrement d'un comité scientifique dont certains membres, allant bien au-delà de l'autorité qu'ils représentent, se sont généreusement impliqués dans l'élaboration de ce programme.

Le Nôtre et son temps
Contribuant à sortir de l'alternative entre le jardinier «bonhomme» et le génie de la révolution scientifique servant l'absolutisme, le champ des arts visuels et décoratifs permit d'ouvrir des perspectives fécondes. Le rôle des jardins, lieux de sociabilité et de représentation (O. Chaline), l'étude des origines de Le Nôtre et de ses réseaux (P. Bouchenot-Déchin), à l'instar de son statut de contrôleur des Bâtiments du roi (B. Ringot), ont permis de mieux dégager la construction de son image (N. Milovanovic). Les nouvelles manières de dessiner à Paris au temps de sa formation (M. Cojannot-Leblanc) ont été rapprochées des relations qu'entretiennent optique et perspective dans les débats théoriques et dans sa propre pratique de l'art des jardins (G. Farhat). Dans ce contexte, l'importance des oeuvres d'art qu'il a rassemblées, à commencer par les plus prestigieuses, les Poussin (P. Rosenberg), appelait à s'interroger sur la nature (A. Brejon de Lavergnée) mais aussi la formation et la liquidation (F. Marandet) de sa collection de tableaux. Plus largement ont été examinés la présentation générale de ses collections et de son don au roi, mais aussi ses collections de bronzes, de porcelaines (S. Castelluccio) et de médailles (T. Sarmant), ses rapports au monde de l'estampe (V. Selbach) et ceux qu'il entretenait avec les sculpteurs (G. Bresc-Bautier).

L'art et l'oeuvre de Le Nôtre
Les conditions sociales et matérielles de réalisation de son oeuvre ont été réévaluées. Il s'agissait, pour commencer, d'éclairer les protocoles de son élaboration, de la commande au paiement (P. Bouchenot-Déchin). Les relations de Le Nôtre avec les architectes ont ainsi été interrogées (A. Gady). De même les grandes perspectives qu'il compose, où s'articulent regard et mouvement, répondent-elles aux données du terrain définies entre autres par l'économie terrienne (G. Farhat). Car si Versailles forme le plus prestigieux exemple de son oeuvre (V. Maroteaux), Le Nôtre ne s'y conforme pas moins à une organisation domaniale qui a ses institutions et sa typologie spatiale. Par ailleurs, la dialectique entre raison technique et esthétique a guidé un ensemble d'études. L'infrastructure hydraulique a été examinée tant à l'échelle géographique (F. Sichet) que dans l'évolution et l'ornementation de certaines pièces d'eau (T. Hedin, D. Malnar). L'esthétique des parterres a été abordée sous l'angle des pratiques horticoles (G. Lamy et F. Olivesi) et le charme des bosquets sous celui de l'arboriculture (J. Buridant), tandis qu'aux fastes visibles de la sculpture (G. Bresc-Bautier et A. Maral) et aux liens plus subtils entre scénographie et salles de verdure (J. de La Gorce) répond la partie invisible d'une science des sols (A. Allimant-Verdillon, A. Heitzmann).

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