Toxique planète : le scandale invisible des maladies chroniques

Toxique planète : le scandale invisible des maladies chroniques

André Cicolella, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Les livres sont pour moi ma première nourriture intellectuelle. Ils sont par principe toujours du côté du temps long de la réflexion, dans un monde de plus en plus dans l'immédiateté, ils sont essentiels.

Quatrième de couverture

Aujourd'hui, 2 décès sur 3 dans le monde sont le fait des maladies chroniques (maladies cardio-vasculaires ou respiratoires, cancers, diabète...). En France, ces maladies progressent 4 à 5 fois plus vite que le changement démographique. Le cancer touche l'homme sur 2 et 2 femmes sur 5. Les coûts générés font imploser les systèmes de santé.
Face à cette catastrophe sanitaire, il est temps de réagir. Les maladies chroniques ne sont ni un simple effet du vieillissement ni une fatalité : notre environnement moderne est en cause. Des milliers de molécules chimiques l'ont contaminé mais aussi la malbouffe, la sédentarité, la pollution urbaine, le travail précaire et stressant et les inégalités au Nord comme au Sud.
La découverte des «perturbateurs endocriniens», la mise en évidence d'une transmission de cet héritage toxique aux générations futures révolutionnent la pensée scientifique et réclament de nouvelles politiques de santé à l'échelle mondiale. Au-delà d'un constat fondé sur les références scientifiques les plus solides, André Cicolella livre des clés pour l'avenir : oui, les maladies chroniques peuvent reculer, à condition de repenser notre façon de vivre, de consommer et de travailler !

André Cicolella est chimiste, toxicologue, conseiller scientifique à l'Ineris et enseignant à Sciences Po. Il est président du Réseau Environnement Santé à l'origine de l'interdiction du bisphénol A dans les biberons, de l'interdiction du perchloréthylène dans les pressings, etc. Il est l'auteur notamment d'Alertes Santé, Fayard, 2005.

Extrait de Toxique planète : le scandale invisible des maladies chroniques

Extrait de l'introduction

Dans un précédent livre paru en 2007, Le Défi des épidémies modernes : comment sauver la Sécu en refondant le système de santé, j'avais développé l'idée que la croissance des maladies chroniques en France conduisait à l'implosion du système de santé et d'assurance maladie. Nous y sommes aujourd'hui. Maladies cardio-vasculaires, cancer, maladies respiratoires, obésité, diabète, maladies neurologiques et troubles de la reproduction ont continué de progresser, mais les politiques restent cependant toujours formatées sur le même moule et ne prennent en compte la dimension environnementale des maladies que de façon marginale.
Pourtant, depuis de longues années, la communauté scientifique a accumulé les preuves du lien entre cette épidémie de maladies chroniques et l'environnement, au sens large, c'est-à-dire incluant tous les stress environnementaux, qui vont de la pollution de l'air et de l'eau, aux conditions de travail et d'habitat ainsi qu'à notre alimentation et à notre mode de vie. Cette épidémie n'est pas seulement française ou limitée aux pays développés ; elle affecte tous les pays de la planète, y compris les plus pauvres. Les organisations internationales ont multiplié rapports et prises de position en ce sens. La plus importante est sans conteste celle émise à l'unanimité par l'Assemblée générale de l'ONU à New York le 20 septembre 2011 :

«Nous, chefs d'État et de gouvernement [...] reconnaissons que le fardeau et la menace que les maladies non transmissibles représentent à l'échelle mondiale constituent l'un des principaux défis pour le développement au XXIe siècle [...] reconnaissons le rôle primordial des gouvernements et la responsabilité qui leur incombe de faire face au défi des maladies non transmissibles, et l'impérieuse nécessité pour tous les secteurs de la société d'agir et de s'investir pour susciter des réponses efficaces propres à assurer la prévention et la maîtrise de ces maladies.»

Le défi est qualifié «d'ampleur épidémique». La vision classique d'un monde partagé entre des pays riches touchés par les maladies non transmissibles, qui seraient la conséquence du vieillissement, et en quelque sorte la rançon du progrès, et des pays pauvres, touchés par des maladies infectieuses et la faim, apparaît de moins en moins pertinente.
Poussée mondiale des maladies chroniques, avancées des connaissances sur les déterminants environnementaux de la santé, mutations des paradigmes scientifiques, toutes les pièces du puzzle sont disponibles pour comprendre les nouveaux défis de la santé à l'échelle de notre planète. L'ambition de ce livre est d'essayer de les assembler.
L'objectif est aussi d'analyser la nature des freins qui s'opposent à ce mouvement, ceux que les lobbys industriels ont pu mettre tant au niveau politique que dans les lieux d'expertise, mais aussi ceux qui existent au sein des milieux scientifiques et de la santé publique pour refuser les changements de paradigmes, que la révolution des connaissances rend pourtant de plus en plus nécessaires.
Nous avons tous les éléments pour comprendre que, si les humains sont malades, c'est parce que la planète se porte mal. Les toxiques que l'on retrouve chez les ours blancs, les pandas, les grenouilles et les abeilles, ceux qui les font dépérir, sont les mêmes que ceux que l'on retrouve dans le sang des bébés et qui perturbent notre système hormonal. C'est aussi comprendre que notre façon de produire, de consommer, de nous nourrir, de nous loger et de nous déplacer a aujourd'hui un coût sanitaire élevé.