Homeland, la traque

Homeland, la traque

Quatrième de couverture

Beyrouth S006. L'agent de la CIA Carrie Mathison échappe de justesse à un piège tendu par son contact «Rossignol». Elle pense que le QG de Beyrouth a été infiltré. Elle s'en ouvre aussitôt à son supérieur, mais cela provoque un conflit violent et Carrie est aussitôt renvoyée à Langley. Pourtant, si un complot se trame, elle doit à tout prix retourner à Beyrouth. La sécurité des États-Unis est en jeu. Elle demande de l'aide à Saul Berenson, son boss, son mentor, son confident, celui qui l'a recrutée quand elle était à Princeton. Mais le chef du contre-terrorisme, David Estes, un homme habile et très politique, rejette sa demande. Carrie est hors d'elle et n'a plus de temps, alors, elle risque le tout pour le tout et commet un acte d'insubordination qui la mettra sur la piste d'un certain Abou Nazir, le chef d'Al-Qaïda en Irak. C'est le début d'une traque impitoyable.
Homeland la traque, roman totalement inédit, est tout aussi addictif que la série. Les amoureux de Carrie la suivront dans une nouvelle aventure et découvriront comment a débuté la piste «Abou Nazir».

L'auteur

Andrew Kaplan est un auteur de thrillers américain dont les livres sont traduits dans 20 langues. Il a également écrit Golden Eye, une des aventures de James Bond au cinéma. Il a été journaliste, correspondant de guerre, a servi dans l'armée américaine et dans l'armée israélienne. La CIA a tenté de le recruter à plusieurs reprises.

Extrait de Homeland, la traque

Quartier d'Achrafieh, Beyrouth, Liban

Rossignol était en retard.
Carrie Mathison était assise dans l'obscurité de la salle de cinéma. Deuxième fauteuil, à quatre rangées de l'entrée. Elle se posait sérieusement la question de suspendre toute l'opération. Théoriquement, ce n'était qu'un premier contact. «Juste un échange de signaux en haute mer.» C'est comme ça que Saul Berenson, son chef et mentor, lui avait décrit la chose pendant son séjour à la Ferme, le centre d'entraînement de la CIA en Virginie. Le temps de photographier mentalement ce type, Taha al-Douni, nom de code Rossignol, de le laisser l'identifier rapidement pour la prochaine fois, de chuchoter l'heure et le lieu du prochain rendez-vous, et puis ciao. Rien que de très classique.
D'après le règlement, en cas de retard du contact, il fallait attendre quinze à vingt minutes avant de suspendre l'opération. On ne prenait un autre rendez-vous que si le contact offrait une justification béton pour son absence. Pas question d'accepter une excuse ordinaire, genre la conception moyen-orientale de la ponctualité, où les retards allaient d'une demi-heure à une demi-journée. Ni l'embouteillage traditionnel du vendredi soir sur l'avenue Fouad-Chéhab, à cause du cinq à sept des hommes d'affaires beyrouthins qui donnent rendez-vous à leurs maîtresses dans les garçonnières discrètes de Hamra.
Sauf que Carrie tenait absolument à rencontrer al-Douni. Son informatrice était Dima, une beauté maronite liée à l'Alliance du 14-Mars - la coalition des forces chrétiennes et sunnites autour de Saad Hariri. Elle faisait la fête tous les soirs sur la terrasse du restaurant Le Gray, au centre-ville. D'après elle, il y avait deux trucs chez al-Douni qui ne pouvaient pas manquer de susciter la convoitise de la CIA : premièrement, il était officier de la sanguinaire Direction générale de la Sûreté, Idarat al-Amn al-Amm, le principal service de renseignements syrien, donc une voie d'accès au coeur même du régime de Bachar al-Assad ; deuxièmement, il avait besoin d'argent. Sa voluptueuse maîtresse égyptienne avait des goûts de luxe et lui coûtait les yeux de la tête, toujours d'après Dima.
Carrie consulta de nouveau sa montre. Vingt-neuf minutes de retard. Mais qu'est-ce qu'il pouvait bien foutre ? La salle était aux trois quarts pleine et depuis le début du film personne n'était entré. Harry Potter, Ron et Hermione bavardaient dans un café lorsque deux hommes en bleu de travail apparurent sur l'écran. Là aussi ça sentait le grabuge, pensa Carrie.
Ses nerfs étaient tendus comme des arcs, mais ça ne voulait pas nécessairement dire grand-chose. Elle se méfiait de ses propres sentiments, et elle se disait souvent que son système nerveux avait le même constructeur incompétent que celui du réseau électrique déficient de Washington. Bipolaire, c'est comme ça que les médecins la décrivaient. Les épisodes hypomaniaques alternent avec les phases de dépression, lui avait jadis expliqué un psychiatre recommandé par le dispensaire de Princeton. Sa soeur Maggie était nettement plus directe : «Tu passes de : "Je suis la plus intelligente, la plus belle et la plus géniale de l'univers" à : "Je veux me suicider."» Cela dit, elle avait quand même un très mauvais pressentiment.