Marie-Antoinette

Marie-Antoinette

Quatrième de couverture

Un livre précieux et délicat à l'image de la reine préférée des Français.

Marie-Antoinette n'a cessé de fasciner depuis plus de deux siècles. Jamais reine n'a été si violemment critiquée et adulée, calomniée et sanctifiée, traquée et recherchée. À travers les événements marquants de la vie de la souveraine, des témoignages, des anecdotes et des chefs-d'oeuvre de l'art, découvrez Marie-Antoinette et son univers, incarnations de la féminité au XVIIIe siècle.

Hélène Delalex, Alexandre Maral et Nicolas Milovanovic sont attaché de conservation et conservateurs au château de Versailles et au musée du Louvre, Tous trois enseignent également Fart des XVIIe et XVIIIe siècles. Coauteurs de Louis XIV Pour les Nuls (First, 2011), ils ont écrit plusieurs autres ouvrages historiques dont Madame de Maintenon. A l'ombre du roi Soleil (Alexandre Maral, Belin, 2011), Henri IV. L'unité de la France (Nicolas Milovanovic, Ouest France, 2012), Beautés intérieures. L'animal à corps ouvert de Léonard de Vinci à Damien Hirst (Hélène Delalex, RMN, 2012).

Extrait de Marie-Antoinette

A la cour de Vienne

Les quatorze premières années de Marie-Antoinette se sont passées dans l'insouciance et la liberté. Sans être tourmentée par des éducateurs complaisants, l'enfant profite des nombreux loisirs que lui offre la cour de Vienne. Pourtant, dès sa naissance, le 2 novembre 1755, la révolution diplomatique amorcée entre l'Autriche et la France lui réserve le destin d'une reine de France.

Tremblement de terre diplomatique

Elle est le quinzième enfant de l'empereur François de Lorraine et de Marie-Thérèse de Habsbourg. Ses parrain et marraine sont le roi et la reine du Portugal, dont la capitale, le 1er novembre 1755, vient tout juste de subir un tremblement de terre : cette catastrophe, qui a détruit entièrement la ville et causé quelque soixante mille victimes en une matinée, a été considérée par la suite comme un funeste présage.
Marie-Thérèse est une femme de pouvoir, qui a réussi, en 1740, à s'imposer à la tête des États héréditaires des Habsbourg et, en 1745, à faire élire son époux empereur. Pour renforcer la position de l'Autriche en Europe, elle doit développer une stratégie matrimoniale à partir de sa nombreuse progéniture.
Dès 1755, Marie-Thérèse fait savoir qu'elle recherche l'alliance de la France. L'année suivante, Louis XV lui répond favorablement : il a été déçu par l'attitude de Frédéric II de Prusse, qui s'est uni avec l'Angleterre sans en informer son allié français. Outre qu'il admire le courage et le caractère de l'impératrice, le souverain français est soucieux de conserver l'équilibre des puissances européennes. En mettant fin à une hostilité plus que séculaire, l'alliance avec l'Autriche est aussi l'occasion de renforcer l'influence française en Europe centrale. Le renversement des alliances opéré par le traité de Versailles du 1er mai 1756 a été mal perçu en France par l'opinion publique, qui est restée profondément hostile à l'Autriche. Il est à l'origine de la désastreuse guerre de Sept Ans (1756-1763), qui a opposé l'Autriche et la France à la Prusse et à l'Angleterre.
Pour conforter l'alliance autrichienne, fragilisée notamment par l'issue de la guerre de Sept Ans, le duc de Choiseul, secrétaire d'État des Affaires étrangères de Louis XV, soutient l'idée d'un mariage autrichien. Il rencontre l'opposition du dauphin, fils de Louis XV, et de son épouse, Marie-Josèphe de Saxe, les parents du futur Louis XVI.
Leur disparition, en 1765 et en 1767, permet à Choiseul de convaincre le roi de conclure l'affaire et, en juillet 1769, la demande officielle de mariage est portée à Vienne. Marie-Antoinette est alors âgée de treize ans.

La douceur de Vienne

La jeune Marie-Antoinette connaît une enfance heureuse. À Vienne et à Schönbrunn, elle profite des moments de liberté qui sont laissés aux nombreux enfants de l'impératrice. L'ambiance à la Cour est loin d'être guindée : les jeux et les divertissements enfantins y abondent.
C'est pour distraire sa progéniture que Marie-Thérèse invite le jeune Mozart à Schönbrunn en 1762 : né en 1756, l'enfant prodige n'a qu'un an de moins que Marie-Antoinette et, selon la légende, il n'aurait pas hésité à demander la jeune archiduchesse en mariage.
Jusqu'en 1769, Marie-Antoinette a donc reçu une éducation relativement peu contraignante, visant avant tout à forger un caractère fort et libre. L'instruction qui lui est dispensée sous la direction de la bienveillante comtesse von Brandis, sa gouvernante, insiste surtout sur les articles de la religion, l'apprentissage de l'écriture et la pratique du clavecin et du pianoforte. Marie-Antoinette est très proche de sa mère, surtout après le décès de l'empereur en 1765, et profite de la grande liberté que lui laisse l'étiquette de la cour de Vienne, particulièrement peu contraignante.
Un des premiers portraits connus de Marie-Antoinette date de 1765 : il s'agit de la toile attribuée à Johann Georg Weikert qui commémore le ballet-pantomime Le Triomphe de l'Amour, dansé par l'archiduchesse et ses frères et soeurs en 1765 au château de Schönbrunn. La famille impériale partage alors son temps entre cette résidence suburbaine de Vienne et, au coeur de la vieille ville, le palais ancestral de la Hofburg.
En 1769, un autre portrait a été réalisé par le pastelliste français Joseph Ducreux : il rend parfaitement compte de la beauté et du charme de la jeune fille, blonde aux yeux bleus, le visage ovale et le front bombé. C'est ce portrait qui a été envoyé en France pour faire connaître à la Cour la physionomie de celle qui allait devenir reine.