Les traîtres et autres Judas de l'histoire

Les traîtres et autres Judas de l'histoire

Quatrième de couverture

Du Gaulois qui vend son âme à César au vassal qui renie l'autorité sacrée du roi, des traîtres emblématiques comme Judas ou Brutus aux personnalités plus troubles et plus complexes que sont Pétain, Doriot ou Darnand, le même scénario se répète inlassablement, avec la rigueur d'une intrigue tragique : celui que l'on croyait fidèle, à qui l'on avait donné sa confiance et son amitié, révèle soudain, brutalement, sa fourberie. Si la trahison, même lorsqu'elle est politique, s'impose à nous de façon si violente, c'est qu'elle touche à l'intime. Qu'elle soit idéologique, sociale ou politique, la perfidie ne cesse de hanter notre imaginaire et d'alimenter l'actualité : cette histoire de la trahison n'épargne aucune époque, ne saurait exempter aucun homme politique.

Franz-Olivier Giesbert ; Jean-Baptiste Frossard ; Laurence Devillairs ; Florence Maruéjol ; Romain Brethes ; Charles Mériaux ; Jean-Louis Brunaux ; Léo Martinez; Pierre-Emmanuel Dauzat ; Laurent Theis ; Laurent Vissière ; Claude Gauvard ; Didier Le Fur ; François-Guillaume Lorrain ; Simone Bertière ; Philippe Bourdin ; Emmanuel de Waresquiel ; Thierry Lentz ; Eric Anceau ; Philippe Oriol ; Jean-Yves Le Naour ; Marc Lambron ; Heny Rousso ; Jean-François Muracciole ; François Kersaudy ; Rémi Kauffer ; Thomas Malhler ; Antoine Coppolani ; Michel Revol ; Guillaume Grallet ; Dominique Dunglas.

Extrait de Les traîtres et autres Judas de l'histoire

Qu'est-ce que trahir ?

Qu'elle soit économique, politique ou sociale, la trahison ne cesse de hanter notre imaginaire politique et d'alimenter notre actualité médiatique. Périodiquement, le même scénario se répète, avec la rigueur et la nécessité d'une intrigue tragique : celui que l'on croyait fidèle, que l'on avait admis dans son cercle, à qui l'on avait fait don de sa confiance et de son amitié, révèle soudain sa duplicité. Dans la dramaturgie qui préside au destin des traîtres, cette révélation de la vérité joue un rôle central. Pour que le coup frappe avec force, elle doit être brutale, démesurée, n'avoir été préparée par aucun signe avant-coureur. La communauté paraît alors plongée dans le désarroi : la sincérité des liens qui nous unissent aux autres devient douteuse. Tout ami se transforme en un suspect potentiel. L'importance qu'a prise la trahison politique dans nos représentations ne doit pourtant pas nous leurrer : si la trahison s'impose à nous avec tant de puissance, c'est que son ressort primordial est intime. Un adversaire politique devient un traître quand ses actions ne contreviennent plus seulement aux moeurs de la vie publique, mais aux lois de la morale, et aux exigences des relations affectives. C'est à cette condition que les actions du rebelle, du concurrent ou du renégat prennent un tour personnel, et nous frappent au coeur de nos sentiments et de nos attachements. Que sont les traîtres, sinon des infidèles ? Entre les membres qui composent le couple ou le groupe s'était créé un espace de confiance et de transparence. L'expérience vécue, le temps passé, les secrets partagés avaient fondé une intimité où s'était esquissé l'espace d'une communauté. Mais voilà qu'intervient le tiers, sans qui nulle trahison n'est possible. L'élément extérieur. Le tentateur. Soudain, les frontières de l'intime sont violées, les secrets divulgués, les serments bafoués. Les liens qui ne devaient nous unir qu'à l'autre se voient attaqués et comme invalidés d'être ainsi partagés avec l'étranger. Commence alors le travail de la suspicion : si celui-ci nous a trahis, pourquoi croire en la sincérité des autres ? Ne sommes-nous pas les dupes de tous ceux qui nous entourent ? Et si l'autre nous a trahis en telle circonstance, toute la relation qui nous unit n'est-elle pas de l'ordre du mensonge ? Nous qui exigeons de la fidélité qu'elle soit absolue, ou ne soit pas, nous ne pouvons concevoir de trahison localisée. Car qui peut croire à la vérité des serments et des marques de fidélité, quand nos alliés les plus sûrs deviennent en un jour nos ennemis jurés, quand nous risquons à tout moment, en échangeant avec les autres, de travailler à notre propre perte ? Plus profondément, la trahison remet en cause la valeur et le fondement même des liens qui nous attachent à autrui; en échappant à notre emprise, le traître nous lance une question fondamentale, qui résonne comme un défi : quelle légitimité avons-nous à exiger de l'autre la fidélité ? Quels fondements avons-nous de croire que ceux qui marchent aujourd'hui à nos côtés ne choisiront pas demain des chemins de traverse ? Au sein des sociétés démocratiques, ce problème se pose avec une acuité redoublée : puisque notre condition politique n'est plus fondée sur des rapports d'allégeance, qui nous garantira la constance de nos partenaires ? Quelle puissance les empêchera de renverser en toute liberté leurs affiliations et leurs alliances ?