5 jeunes chercheurs d'avenir : en immunologie, cosmologie, sciences de la Terre, mécanique quantique et sciences cognitives

5 jeunes chercheurs d'avenir : en immunologie, cosmologie, sciences de la Terre, mécanique quantique et sciences cognitives

Quatrième de couverture

Une invitation à découvrir le travail des chercheurs et la recherche contemporaine

En 2012, les Éditions Le Pommier ont rejoint, avec le magazine Pour la science, le Prix du Monde de la recherche universitaire en sciences de la matière, de l'univers et de la vie. Le jury a distingué 5 lauréats choisis, outre la qualité de leur thèse et son originalité, pour les qualités de communication dont ils ont fait preuve, de même que pour l'intérêt que ces thèses peuvent avoir pour le grand public.

Dans ce livre les lauréats racontent les raisons de leur engagement, les conditions, l'environnement et le déroulement de leur travail aussi bien que son explication proprement dite, l'exposé de ses résultats et de ce que l'on peut en attendre. Ces exposés sont précédés de présentations d'«aînés» qui resituent les thèses dans le tissu scientifique actuel, en composant ainsi un paysage de la science contemporaine.
L'ouvrage a pour objectif de susciter des vocations à une époque où elles diminuent cruellement et de sensibiliser le grand public à cette démarche tout à la fois exigeante et jubilatoire.
«Quelques semaines avant qu'en 1727 la mort emporte le grand Isaac Newton, celui-ci, évoquant sa vie dans une lettre écrite à un ami, écrivait : Je ne sais pas ce qu'il en semble au monde, mais quant à moi, il me semble que je n'ai été qu'un garçon jouant sur la plage, et me divertissant de temps à autre en découvrant un galet mieux poli ou un coquillage plus beau que d'ordinaire, alors que le grand océan de la vérité s'étendait devant moi, dans la totalité de son mystère. À son exemple, nos jeunes lauréats, qui enfant rêvaient peut-être devant les étoiles, les cailloux ou les fleurs, ont affronté avec courage ce grand océan de la vérité qu'explore sans relâche la science, malgré les pressions de l'argent, du rendement ou de la mode.» Pierre Léna.

LES AUTEURS

Les cinq jeunes chercheurs lauréats : Julie Schultess, Noween Lesparre, Jessica Flahaut, Laurent Cléret et Simon Pigeon

Les cinq «ainés» : Jean-François Bach, Claude Jaupart, Francis Rocard, Olivier Houdé et Jean-Michel Raimond

Extrait de 5 jeunes chercheurs d'avenir : en immunologie, cosmologie, sciences de la Terre, mécanique quantique et sciences cognitives

DES RECHERCHES PROMETTEUSES SUR LES LIENS ENTRE BACTÉRIES ET SYSTÈME IMMUNITAIRE

Jean-François Bach

Système immunitaire et intestin
Le système immunitaire est là pour aider l'organisme à se défendre contre les agents infectieux, quels qu'ils soient : bactéries, virus, champignons ou parasites. Cette défense, excessivement complexe, fait intervenir deux types d'immunités : l'immunité innée, qui se met en place avant même la naissance et qui permet de reconnaître et d'éliminer des agents infectieux indépendamment de toute sensibilisation préalable; et l'immunité adaptative. Celle-ci apparaît dans un second temps et représente la possibilité qu'a le système immunitaire d'identifier spécifiquement un agent infectieux particulier lors de son premier contact avec lui, de se sensibiliser ainsi contre lui, ce qui lui permettra de le reconnaître et de mettre en oeuvre une action qui tendra à l'éliminer de façon rapide et efficace lorsqu'il se retrouvera en sa présence. Une mémoire se met ainsi en place, qui permet au système immunitaire d'acquérir une efficacité particulière par rapport à l'agent infectieux qu'elle a appris à reconnaître. C'est ce mécanisme qui est mis en oeuvre dans l'utilisation des vaccins : lorsqu'on vaccine un enfant contre un microbe, il sera protégé toute sa vie contre ce microbe.
De façon inattendue, l'intestin est devenu un organe vedette pour l'immunologiste d'aujourd'hui, car le système immunitaire qu'il héberge apparaît de plus en plus clairement comme un des pivots du fonctionnement du système immunitaire global, avec de nombreux effets à distance. En outre, il est le siège de différents types de maladies inflammatoires mettant en jeu des mécanismes immunologiques. L'une d'entre elles, la maladie coeliaque, qui est assez fréquente, est due à une intolérance au gluten, une molécule présente en particulier dans le blé. Elle se manifeste par des troubles digestifs importants : douleurs et diarrhées après ingestion de gluten. Dans les formes graves, elle peut être très gênante, voire débilitante. D'autres maladies sont dues à des réponses immunitaires contre des bactéries de l'intestin : la maladie de Crohn, qui touche l'intestin grêle, et la rectocolite hémorragique, qui touche le colon.
Pour comprendre les mécanismes en jeu dans ces maladies, il faut s'intéresser aux bactéries présentes dans l'intestin. On en distingue deux catégories : les bactéries commensales, les plus nombreuses, et les bactéries pathogènes, heureusement habituellement rares. Les premières sont les bactéries avec lesquelles nous vivons en symbiose. Elles comprennent la grande majorité des bactéries intestinales. Un individu adulte en abrite entre 1,5 kg et 2 kg, soit plusieurs centaines de millions de milliards. L'intestin d'un corps humain abrite davantage de bactéries commensales que le corps tout entier ne contient de cellules. Ces bactéries font en quelque sorte partie de la personne. Les secondes sont les bactéries pathogènes, qui, comme leur nom l'indique, sont susceptibles d'entraîner des maladies de l'intestin, par exemple des diarrhées infantiles. Dans le cas de la maladie de Crohn et de la rectocolite hémorragique, les symptômes sont dus à des réponses immunitaires dirigées contre certaines de ces bactéries, mais on ignore encore lesquelles.
On étudie aujourd'hui ces réponses en profondeur, parallèlement à l'étude des mécanismes de défense de l'intestin contre les bactéries ainsi que contre les virus et les parasites, en particulier contre le toxoplasme, dont il est question dans la thèse de Julie Schulthess.
Une grande particularité de l'intestin est que les mécanismes de l'immunité y sont différents de ce qu'ils sont dans le reste du corps, à l'instar des réponses de l'organisme contre le virus de la grippe ou contre la bactérie à l'origine de la tuberculose. Il existe ce que l'on appelle une immunité «locale» dans l'intestin, une immunité muqueuse, puisque l'intestin est couvert d'une muqueuse qui est une sorte de tissu, de tapis, fait en particulier de cellules épithéliales. On y trouve également des cellules qualifiées de «monocytaires», de «dendritiques» ou de «macrophagiques».
(...)