Le dernier mot

Le dernier mot

Quatrième de couverture

Mamoon Azam, écrivain d'origine indienne de renommée mondiale, voit sa notoriété décliner à 70 ans passés. Afin de réactiver l'intérêt pour son oeuvre, Harry Johnson se voit confier la mission de rédiger sa biographie. Un travail qu'il accomplit aux côtés de celui qu'il a toujours admiré et de sa nouvelle épouse italienne, dans leur grande demeure de la campagne anglaise. Mais au-delà de l'excitation initiale, l'entreprise se révèle plus qu'ardue. Harry se trouve pris en étau entre les desiderata de Mamoon, soucieux de laisser un témoignage flatteur pour la postérité, et les exigences plus commerciales de son éditeur, en quête de révélations inédites sur la vie privée de l'écrivain.
Avec humour et causticité, Hanif Kureishi lève le voile sur les coulisses de la création et interroge la façon dont se construit une oeuvre, ce qu'il en reste une fois que l'on a écrit ses derniers mots.

Hanif Kureishi est né et a grandi dans le Kent. Il a étudié la philosophie au King's Collège de Londres où il commença à écrire des pièces de théâtre. Auteur de scénarios, dont My Beautiful Laundrette (nominé aux Oscars en 1984 dans la catégorie «meilleur scénario»), il est également réalisateur (London kills me), auteur de nouvelles, d'essais et de romans. En 1990, Le Bouddha de banlieue reçut le Prix Whitbread du meilleur roman. En 2001, l'adaptation cinématographique d'Intimité par Patrice Chéreau a obtenu l'Ours d'or du meilleur film à Berlin. Il a été membre du jury du festival de Cannes en 2009. Il a écrit le scénario d'Un week-end à Paris, le prochain film de Roger Mitchell, qui sortira au cinéma en France le 12 mars 2014. Il vit à Londres.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Marianne Payot - L'Express, février 2014
Alexis Liebaert - Le Magazine Littéraire, janvier2014
Nils C. Ahl - Le Monde du 2 janvier 2014
Nathalie Crom - Télérama du 8 janvier 2014
Laëtitia Favro - Le Journal du Dimanche du 5 janvier 2014

Extrait de Le dernier mot

Harry Johnson regardait la campagne anglaise qui défilait depuis le train où il s'était installé : il se faisait la réflexion qu'il n'y avait pas un instant où quelqu'un, quelque part, ne soit occupé à raconter une histoire. Et si la chance continuait de lui sourire jusqu'à la fin de la journée, il se disait qu'il serait bientôt embauché pour raconter l'histoire de celui à qui il allait rendre visite. Eh oui, c'était lui, Harry, que l'on avait choisi pour raconter toute la vie de ce grand homme et artiste majeur. Comment est-ce qu'on se lance dans une telle entreprise ? se demanda-t-il en frissonnant. Par où commencer ? Comment cette histoire, toujours en cours, finirait-elle ? Et, plus crucial encore, est-ce qu'il était seulement capable d'aller au bout d'un tel projet ?
Cette Angleterre paisible, jamais troublée par la guerre ou la famine, ni par les conflits ethniques ou religieux, ni par la révolution. Pourtant, si l'on en croyait les journaux, la Grande-Bretagne était une petite île surpeuplée, grouillante d'immigrants affairés qui, pour beaucoup, s'agrippaient aux flancs du pays comme à un bateau qui serait sur le point de chavirer. Mais ce n'était pas tout : des milliers de demandeurs d'asile et de réfugiés cherchaient à fuir les perturbations qui agitaient le reste d'un monde en plein chaos en espérant pouvoir traverser la frontière. Certains s'entassaient dans des camions, d'autres se suspendaient sous les wagons des trains ; nombre d'entre eux traversaient la Manche sur la pointe des pieds en empruntant des filins tendus entre les deux côtes ; d'autres encore chevauchaient des boulets de canons tirés depuis Boulogne. Les fantômes avaient la part belle. En attendant, depuis que la crise financière avait éclaté, on avait l'impression que tous ceux qui étaient à bord de ce pays étaient tellement tassés, tellement claustrophobes qu'ils en venaient à se retourner les uns contre les autres, tels des animaux pris au piège. Avec la hausse de la précarité - la baisse du nombre d'emplois, la diminution du montant des retraites, la réduction de la sécurité sociale -, les gens voyaient leur qualité de vie se dégrader. Le système de protection mis en place après guerre, celui avec lequel Harry et sa famille avaient vécu, appartenait au passé. Mais, quand il regardait ce paysage, Harry avait l'impression que le gouvernement avait délibérément choisi d'inoculer au corps politique le virus de l'angoisse à haute dose puisqu'il ne voyait là qu'une Angleterre verdoyante et plaisante s'étendre à perte de vue : de robustes troupeaux, des champs impeccables, des arbres parfaitement taillés, des ruisseaux abondants, le ciel étincelant du début du printemps. On pouvait même croire qu'il n'y avait pas un seul restaurant indien à des kilomètres à la ronde.