Le métier d'élu local

Le métier d'élu local

Quatrième de couverture

Plus qu'un engagement civique, le mandat local est aujourd'hui perçu comme un métier : le maire est, tout à la fois, financier, entrepreneur et l'un des plus importants employeurs de sa commune.

À la lumière de son expérience, René Dosière démontre que cette évolution est lourde de dangers pour la démocratie. S'appuyant sur une analyse des améliorations apportées à l'exercice des mandats locaux, il défend sa conviction que ces derniers doivent rester une mission publique au service de l'intérêt général. Assurer la sécurité matérielle de ceux qui s'y engagent ne nécessite pas un statut favorisant la professionnalisation des élus locaux, au risque d'accentuer encore la distance avec la population. La suppression du cumul des mandats s'impose dès lors comme une mesure d'évidence qu'il est urgent d'appliquer.

René Dosière est député de l'Aisne. Il est connu pour ses travaux scrupuleux et tenaces sur le train de vie de l'État et pour la transparence de la gestion publique. Il est l'auteur de L'Argent caché de l'Élysée (2007), L'Argent de l'État et L'État au régime (2012), tous publiés au Seuil.

Extrait de Le métier d'élu local

Premières armes citoyennes

La politique n'est pas une voie royale. Ma première expérience, comme celle de nombreux élus, s'est soldée par un échec. Et jamais je ne l'oublierai - pas seulement parce que j'ai été battu -, mais surtout parce que j'ai découvert à cette occasion d'étonnantes pratiques.
C'était lors de la campagne pour le scrutin municipal de 1971 à Laon, ville moyenne de 27000 habitants et chef-lieu du département de l'Aisne. J'avais 30 ans et je travaillais au service d'études économiques de la Chambre d'agriculture de l'Aisne où j'étais entré en 1967. Ma participation, en 1968, à la rédaction d'un livre intitulé Connaissance de l'Aisne m'avait donné une notoriété locale. Robert Aumont, nouveau conseiller général socialiste, m'a alors demandé de figurer, à titre d'expert issu de la société civile, sur la liste qu'il conduisait pour reconquérir la mairie, perdue par la gauche en 1965 au bénéfice d'une majorité de droite dirigée par le député UNR Guy Sabatier.
Avec cette campagne, je plongeai au coeur de la vie politique laonnoise. Quarante ans plus tard, j'ai encore présente à l'esprit la stupéfaction qui fut la mienne en découvrant l'impréparation de l'opposition d'alors.
Le principal angle d'attaque retenu concernait la piscine municipale «panoramique», ouverte depuis deux ans. «Panoramique», car elle était située sur une extrémité isolée de la ville haute. Cette localisation avait d'ailleurs nécessité d'importants travaux d'accès en voirie. Or la majorité de la population (et des jeunes) résidait en ville basse où l'implantation de cet équipement aurait été plus judicieuse. Sa faible fréquentation avait provoqué une polémique persistante qui portait sur son déficit, et donc sur son coût pour les contribuables. À chaque réunion électorale organisée dans les divers quartiers de la ville, notre équipe stigmatisait ce déficit, mais le montant évoqué n'était jamais le même. Au fil de la campagne, il augmentait chaque jour !
Si cette improvisation m'amuse aujourd'hui, à l'époque j'en étais consterné : comment prétendre gérer une collectivité en ignorant les données budgétaires de base ? Curieuse pratique de la politique qui consiste, en quelque sorte, à raconter n'importe quoi, l'essentiel étant de l'affirmer sur un ton que personne ne mettra en doute.
Faut-il s'étonner, dans ces conditions, de l'échec complet de la liste de gauche ?
Si cet épisode, anecdotique mais révélateur d'une certaine conception de la vie politique, m'a beaucoup marqué, c'est que, déjà, je ne concevais pas l'exercice de la politique sans une certaine rigueur tant dans les critiques que dans les propositions formulées.