François, un pape pour tous

François, un pape pour tous

Quatrième de couverture

Quelque chose a changé dans l'Église catholique. François, ce pape jésuite venu du bout du monde, fait souffler sur Rome et au-delà un vent de réforme qui suscite chez les catholiques étonnement et espoir. Il est vrai que l'Église, victime de son hyper-centralisation, ne semblait plus à même de répondre aux besoins de plus de 1,2 milliard de fidèles, désormais répartis sur toute la planète. Confrontée à la sécularisation en Europe et à la concurrence des autres religions dans le reste du monde, elle était tentée de se crisper sur le seul souvenir de son passé glorieux.
Né et éduqué loin de l'Europe, François ne craint pas de bousculer un système héritier de plusieurs siècles de monarchie absolue. Qu'il s'agisse de la Curie, du gouvernement de l'Église dans le monde ou de la manière de s'adresser à la société et de lui annoncer l'Évangile, le nouveau pape est en train d'opérer un bouleversement copernicien, qui prend appui sur le concile Vatican II.
Quelles sont les réformes qu'il propose ? Jusqu'où veut-il aller ? Quel visage prendra demain la première religion du monde ? A travers l'examen des chantiers en cours et des pistes envisagées, ce livre dessine les contours possibles de la papauté du XXIe siècle de façon d'autant plus éclairante qu'il s'appuie sur d'essentiels rappels historiques.

Isabelle de Gaulmyn est journaliste. Elle a été envoyée permanente de La Croix auprès du Saint-Siège, puis chef du service religion. Elle est à présent responsable du site du journal. Elle a notamment publié Benoit XVI : le pape incompris (Bayard, 2008).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Guillaume Goubert - La Croix du 5 mars 2014

Extrait de François, un pape pour tous

Unité de temps : la journée du 13 mars 2013. Unité de lieu : la place Saint-Pierre. Unité du sujet : le pape - ou, plutôt, les papes : celui qui s'en va et celui qui vient. L'Église catholique a le secret des mises en scène spectaculaires, et les colonnes du Bernin, à Rome, fournissent un merveilleux théâtre à la scène qui se déroule alors devant des millions de téléspectateurs du monde entier. Mais ce soir la pièce qui se joue, entre le moment où les cardinaux se sont enfermés le visage grave et celui où la fumée blanche sort de la minuscule cheminée accrochée sur le toit de la chapelle Sixtine, revêt une intensité dramatique particulière. Bien plus qu'il y a huit ans, lors du précédent conclave.
À l'époque, les catholiques semblaient sonnés par la disparition d'un pape, Jean-Paul U, qu'ils avaient presque cru éternel à force de le voir mourant et qui, durant vingt-six ans, avait occupé tout l'espace. L'élection de l'un de ses collaborateurs les plus proches, le cardinal Ratzinger, n'avait été qu'une formalité, tant on ne voyait d'autres candidats possibles. Tant, au fond, personne ne pouvait imaginer que l'on puisse être pape autrement que Wojtyla, qu'on avait fini, en un quart de siècle, par totalement identifier à la fonction.
Rien de tel cette fois. Il ne s'agit plus de terminer une époque, mais d'en commencer une nouvelle. Un signe qui ne trompe pas : ils étaient 3500 journalistes, en 2005, à suivre l'élection de Benoît XVI. Cette fois, ils sont plus de 5600 à scruter la «loggia», le balcon sur lequel va apparaître le nouveau pape. Preuve que l'Église, qu'on avait crue anéantie sous les scandales de la pédophilie, décrédibilisée par l'affaire Vatileaks, peut encore intéresser et surprendre.
C'est que depuis un mois, depuis le 11 février lorsqu'un pape, de manière totalement inimaginable, a renoncé à sa mission, chacun sent bien qu'il se joue un moment déterminant pour l'avenir de la papauté. Que c'est la viabilité du gouvernement de l'Église qui est en jeu derrière les lourdes portes fermées du conclave. Avec son geste, et sans peut-être l'avoir lui-même prévu, Benoît XVI a mis en mouvement un processus dont on ne peut encore mesurer la portée. En désacralisant la fonction pontificale, qui devient dès lors une charge comme une autre et dont on peut démissionner, il fait entrer le gouvernement de l'Église de manière décisive dans le XXIe siècle.
Premier acte donc, la «renonciation» de Benoît XVI. Elle a pris tout le monde de court, y compris les cardinaux qui l'écoutaient, dans la salle Clémentine, lire son annonce en latin. Mais chacun a rapidement compris, plus ou moins intuitivement, le caractère proprement révolutionnaire de ce qui était en train de se passer.
Pour s'en persuader, il fallut peut-être ce cliché, sorti début mars 2013 dans un magazine à grand tirage italien, Chi, le Paris Match de ce côté des Alpes. Pris à la sauvette par un paparazzi indiscret, on y voit le pape «émérite» et démissionnaire. Reclus à Castel Gandolfo, la propriété pontificale sur les hauteurs du Lazio, à Rome, il «fait sa promenade», affirme la légende de la photo. Une canne dans la main, au bras de son secrétaire particulier, il n'est plus qu'une frêle silhouette oubliée dans un manteau blanc un peu trop large : l'homme qui semblait, il y a quelques mois, l'un des plus puissants au monde n'est désormais qu'un vieux bonhomme retraité qui se promène, loin de tous. Mieux que beaucoup de discours, cette photo dit l'essentiel : il n'y a plus de souverain pontife qui tienne, le pape est un homme qui, comme chacun, prend sa retraite et peut donc abandonner sa charge...