L'institutrice d'Izieu

L'institutrice d'Izieu

Quatrième de couverture

«J'étais très émue le jour de la rentrée en me trouvant en présence de cette quarantaine d'enfants de tous âges, dont les plus grands étaient presque des adolescents.
«Je remarquai leur attitude fière, parfois grave, et je compris qu'ils ne s'en laisseraient pas conter ! (...) Ces enfants avaient souffert, étaient mûris avant l'âge. Jamais ils ne me dirent qu'ils étaient juifs : ils voulaient et savaient garder leur secret.»
Gabrielle Perrier

Le 6 avril 1944, à Izieu, 44 enfants âgés de 5 à 17 ans et leurs 7 moniteurs sont emmenés par des soldats allemands, sur ordre de Klaus Barbie. Gabrielle Perrier est leur institutrice, elle a 21 ans. Elle n'assiste pas à la rafle, en ce début de vacances de Pâques. Mais ce jour-là, son monde s'effondre. Elle s'en voudra de ne pas avoir eu conscience du danger que couraient les enfants de la colonie. Modeste, discrète, elle dissimulera son chagrin en se réfugiant dans le silence, jusqu'au procès de Klaus Barbie, quarante-trois ans plus tard. Enfin, elle pourra porter le deuil de ses élèves morts à Auschwitz.

DOMINIQUE MISSIKA est écrivain, directrice éditoriale des éditions Tallandier et productrice extérieure à France Culture. Elle est membre du comité scientifique de la Maison d'Izieu, présidé par Serge Klarsfeld.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
- Le Monde du 29 mai 2014
Valérie Trierweiler - Paris-Match, avril 2014
Jean-Maurice de Montremy - Le Journal du Dimanche du 30 mars 2014
Gilles Heuré - Télérama du 26 mars 2014

Extrait de L'institutrice d'Izieu

Extrait du préambule

Quand ai-je entendu parler pour la première fois de l'institutrice d'Izieu ? Probablement en 1987 au moment du procès Barbie, et sûrement quand, en 2000, Gabrielle Perrier-Tardy apparaît à l'écran, alors que je visionne les images du procès, le temps de sa déposition, terriblement intimidée et bouleversante.
Sur ordre de l'officier SS Klaus Barbie, ses élèves ont été raflés le jeudi 6 avril 1944. À la barre, elle les décrit du mieux qu'elle peut. À ses yeux, c'étaient des enfants comme les autres. Elle savait qu'ils étaient juifs, peu lui importait, elle était leur institutrice, et sa mission était de leur apprendre à lire, à compter et à écrire. Elle ne sait pas qui les a dénoncés.
Est-elle une héroïne ? Certes non. Elle n'a pas pris les armes et risqué sa vie. Mais elle a été exemplaire. Est-ce si simple de savoir comment se conduire ? Quand les uns se détournent ou refusent de tendre la main, elle, ignorante de beaucoup de choses, a fait son devoir, et au-delà. Maîtresse d'une classe unique, une quarantaine de filles et de garçons de 5 à 17 ans, elle s'est employée à les instruire comme tous les écoliers de France. Sauf que la mort les attendait. Jusqu'à la fin de sa vie, elle exprimera le regret de ne pas avoir eu conscience du danger qui les cernait.
En 1944, elle a 22 ans. La scène atroce de la rafle, qu'elle n'a pu qu'imaginer, a introduit en elle le sens du mal, et elle ne s'en est jamais remise. Jamais elle ne s'éloignera longtemps des lieux du drame. Sans doute a-t-elle aimé contempler les paysages du Bugey où elle était née et où les enfants avaient cru trouver refuge.

Pourquoi écrire sa biographie ? Parce que l'institutrice est restée discrète, silencieuse, anonyme, alors qu'elle incarne la noblesse d'âme, la dignité, la modestie. Sa vie, en apparence minuscule, brisée par l'Histoire avec sa grande hache, comme le disait Georges Perec, symbolise les souffrances muettes de la guerre.
A-t-on jamais vu une maîtresse dont les quarante-quatre élèves ont été raflés ? Elle n'est ni orpheline de guerre, ni veuve de guerre, ni parente de victime, mais elle en a tous les stigmates.
L'histoire retient à peine son nom. C'est ainsi. Au lendemain de la guerre, on l'ignore, on la relègue au deuxième plan. Gabrielle Perrier-Tardy est hors caméra. Parce qu'elle ne réclame rien, parce qu'elle est «invisible» aux yeux de beaucoup, et parce qu'elle croit que son témoignage ne compte pas. Parce qu'elle a fait le choix, aussi, de se tenir à sa juste place par rapport à un événement dont elle n'est pas un acteur principal. Seule la justice, quarante-trois ans plus tard, lui accordera un peu de reconnaissance.