Toutes les couleurs du monde

Toutes les couleurs du monde

Quatrième de couverture

Thérèse Sansonge naît d'une mère folle, un jour de tempête. Nous sommes à la fin du xix* siècle, à Geel, surnommé le village des fous, car depuis le Moyen Age ceux-ci vivent parmi la population en toute liberté. Les habitants en profitent d'ailleurs pour arrondir leurs fins de mois, car Bruxelles envoie une allocation aux familles d'accueil.
C'est ainsi que Thérèse, saine de corps et d'esprit mais orpheline depuis la naissance, est déclarée folle pour pouvoir profiter de l'hospitalité de la famille Vanheim. Elle y mène une vie tranquille, et sage. Jusqu'à l'arrivée inopinée d'un vagabond à la tignasse rousse et au regard fiévreux -Vincent Van Gogh.
Thérèse pressent qu'il fera de grandes choses : son destin s'accomplira grâce aux couleurs. Quand il fuit les psychiatres de Geel, elle sombre dans le désespoir, la longue lettre qu'elle lui adresse lui permettra-t-elle d'éviter la folie ?
Les destins des deux personnages se croisent et se répondent, unis par un fil invisible, par toutes les couleurs du monde, celles que Van Gogh aurait trouvées à Geel lors de son année d'errance, celles qui guident la vie de Thérèse, que l'on fait passer pour folle mais qui n'aspire qu'au bonheur.

Giovanni Montanaro est né à Venise en 1983. Avocat, mais aussi écrivain, il est l'auteur d'ouvrages de fiction et de pièces de théâtre. Toutes les couleurs du monde, finaliste du prix Campiello en 2012, est son troisième roman.

«Une histoire à l'écriture d'une grande pureté, un récit compact et plein de compassion, dominé par les deux protagonistes, sans pour autant que soient négligés les personnages secondaires.»

Corriere della Sera

«C'est une journée quelconque, entre août 1879 et juin 1880, une période durant laquelle Van Gogh n'existe pas. Il n'y a aucune trace de lui ni dans les archives des historiens ni dans les ouvrages des critiques d'art, il n'écrit pas non plus la moindre lettre à son frère Théo. Pourtant, au cours de ces mois qui restent pour nous un mystère, Van Gogh devient soudain peintre, sans maître, à l'insu de tous. Il fallait l'imagination d'un romancier pour le débusquer et décrire ce moment décisif de sa vie : sa rencontre avec les couleurs et, peut-être, son premier pas vers la folie.»

Il Piccolo

Extrait de Toutes les couleurs du monde

Cher Monsieur Van Gogh,
Je ne suis pas certaine que vous lirez un jour cette lettre. Je ne sais pas si j'aurai le courage de fermer l'enveloppe et de vous l'envoyer. Et je ne sais pas non plus si vous vous souvenez de moi, si un trait de mon visage ou une intonation de ma voix vous est resté en mémoire. J'ose l'espérer, car j'ai le sentiment qu'un peu de tous ceux que vous avez rencontrés, de tout ce que vous avez vu ou fait vit en vous.
Je me suis procuré votre adresse : Docteur Gachet, ancien collège pour jeunes filles, rue des Vessenots, Auvers-sur-Oise.
Comme vous le savez, beaucoup de lettres restent inachevées ; on n'a jamais le courage de les envoyer, par peur d'être mal compris, ou pas compris du tout, de demander de l'aide. Le geste est difficile, surtout quand on a peur de se souvenir, même si on en a envie.
Vous le savez, vous qui avez écrit tant de lettres, bien que je n'en aie jamais reçu une seule de votre part.
Qu'importe, je commence.

Je me prénomme Thérèse et je fête mes vingt-six ans aujourd'hui. Une table est dressée dans le parc, sous les rameaux rougeâtres des grands pins. De nombreux amis m'attendent pour célébrer l'événement. Il y aura de la charcuterie et du cidre, m'a-t-on dit, et non les habituels plats de lentilles ou de haricots, ni les denrées des colonies qui ici ont bien trop souvent un goût de moisi.
Je vous écris pour vous confier ce que je n'ai jamais raconté à personne. Je ne peux pas faire autrement.

Nous nous sommes rencontrés à Geel, en Belgique, il y a plus de dix ans. J'ai de longs cheveux noirs et des joues un peu rondes. Vous n'êtes resté que quelques jours, mais j'espère que vous en gardez un souvenir aussi plaisant que le mien.
Je me souviens très bien de vous - la peau claire, de larges épaules - et même de votre écriture. A l'époque, vous aviez à peu près l'âge que j'ai aujourd'hui. Jamais je n'ai oublié votre visage, votre passion, jamais je n'ai cessé de me préoccuper de votre destinée. Durant toutes ces années, j'ai souvent pensé à vous. Cela me réconforterait de savoir que parfois, vous vous êtes demandé ce que j'étais devenue, quel avait été mon avenir.

Remontez le temps avec moi, jusqu'à ce jour de septembre 1864, à Geel, derrière le presbytère, lorsque le vicaire Torsten interrompit son rosaire au vingt-troisième Ave Maria pour sortir de l'église Sainte-Dymphne par la porte de derrière.
Je dois comprendre pourquoi c'est arrivé, être sûre que tout a bien été réel, que j'ai été autrefois la jeune fille que je ne suis plus.