Lip, des héros ordinaires

Lip, des héros ordinaires

Quatrième de couverture

D'avril 1973 à mars 1974, à Besançon, les salariés de LIP vont s'opposer aux licenciements et au démantèlement de leur entreprise voulus par les actionnaires, décisions insidieusement soutenues par le gouvernement. Ordinaires et anonymes, ils vont développer des trésors d'imagination et de courage pour résister au rouleau compresseur d'un capitalisme financier naissant et porter le conflit sur le devant des scènes médiatique et politique, non seulement en France, mais aussi au-delà des frontières.
LIP, des héros ordinaires conte ce moment majeur de la lutte ouvrière française à travers le regard et le parcours de Solange, horlogère. Une expérience individuelle nourrie d'une énergie collective qui influencera sa vie de femme, de mère et de travailleuse.
Une histoire d'hier qui résonne encore aujourd'hui aux oreilles des Conti, des Fralib et de tous les ouvriers en lutte contre les ravages d'un libéralisme économique sauvage.
Besançon, avril 1973. A l'usine Lip, où sont fabriquées chaque année 500 000 montres réputées pour leur qualité, des rumeurs font état de menaces de licenciement. Plutôt que de se mettre en grève, les salariés ralentissent les cadences de production afin d'organiser la mobilisation générale. Au fil des jours, la résistance prend forme. Solange, une jeune ouvrière, se laisse convaincre de la nécessité de défendre son outil de travail, en dépit de l'opposition de son compagnon dont la mentalité conservatrice s'accommode mal de ses choix politiques naissants.
Préfacé - avec quelle force d'évocation ! - par Jean-Luc Mélenchon, Lip, des héros ordinaires est le récit passionnant d'une double renaissance : tout comme les ouvriers prennent en main leur destin, Solange affirme son autonomie personnelle. À travers la description du quotidien des salariés, le scénariste Laurent Galandon et le dessinateur Damien Vidal témoignent d'un événement historique qui a marqué les esprits et dont l'écho résonne encore aujourd'hui. Première expérience réussie d'autogestion en entreprise, ce conflit social intervenu dans la foulée de Mai-68 a mobilisé des milliers de personnes pendant 329 jours de lutte et a nourri de manière durable l'imaginaire collectif.

Né en 1970, photographe puis responsable d'un cinéma d'art et d'essai en banlieue parisienne, Laurent Galandon s'oriente ensuite vers l'écriture. En 2006, il publie son premier album, L'Envolée sauvage, dessiné par Arno Monin (éd. Bamboo). Intéressé par les thèmes à vocation sociale et politique, il a signé plusieurs titres pour le label «Grand Angle» de Bamboo (L'enfant maudit, Le cahier à fleurs, Les innocents coupables, La lignée, shahidas, Tahya El-Djazaïr) et pour Dargaud (Quand souffle le vent, La Vénus du Dahomey).

Après une formation d'enseignant en arts appliqués, Damien Vidal exerce dans plusieurs établissements scolaires. Il s'intéresse en particulier à la représentation de l'espace et à l'architecture. En 2005, il dessine les décors et les arrière-plans de la bande dessinée Alex et Liza, Les 7 Sherlock, en collaboration avec Jean-Michel Darlot et Jeff Pourquié, publiée dans le magazine Okapi. En 2010, il écrit et dessine Le Fil, un album publié aux éditions Jarjille.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Quentin Girard - Libération du 24 avril 2014

Extrait de Lip, des héros ordinaires

lip
Faignant, voleur !

EN 1973, JE VIVAIS À PLANOISE, ALORS TOUT NOUVEAU QUARTIER DE BESANÇON OÙ LES MARTEAUX-PIQUEURS N'AVAIENT PAS ENCORE FINI LEUR TRAVAIL. AVENUE DE FRANCE, EN BAS DE CHEZ MOI, SOUS LE PONT, IL Y AVAIT UNE IMMENSE INSCRIPTION : «LIP, FAIGNANT, VOLEUR». J ADORAIS LA MONSTRUEUSE FAUTE D'ORTHOGRAPHE QUI ÉTALAIT SUR LE MUR LA STUPIDITÉ À FRONT DE BŒUF DE SON AUTEUR.

Combien d'autres comme moi sont passés jour après jour devant l'immense et stimulante injure ? Ici, on voit bien que le principal résultat d'une lutte n'est pas seulement dans son débouché. Il est peut-être fait davantage de ces connivences innombrables qui conduisent tant de gens à s'identifier à d'autres jusqu'à ressentir leur combat comme une affaire personnelle et pour ainsi dire intime. C'est pourquoi, si je ne suis pas un spécialiste de l'histoire de ce combat, je peux comme des milliers d'autres raconter tout ce que LIP a écrit en moi et qui, à ma modeste place de jeune homme de vingt-deux ans, faisait de moi, de coeur, l'un des leurs.

Tant d'années plus tard, je ne m'en suis pas départi. L'empreinte est toujours là. Dans les creux de mon esprit coule le Doubs et sur les bords de ses méandres, voici les blouses des horlogers de Palente, le quartier de l'usine autogérée. Oui, dans mon souvenir, ils ont des blouses. Les ouvriers de l'horlogerie mettent la blouse, c'est comme ça. Plus tard, quand je serai quelque temps agent d'entretien dans une autre usine d'horlogerie, à Besançon, je verrai ces mêmes blouses sur le dos courbé de ces corps si jeunes, assemblant les pièces si petites, heure après heure. Je sentirai toute la violence incorporée par cette sorte d'enchaînement à la tâche quand, quelques secondes avant que la sonnerie de la fin du travail retentisse, tous bondissent d'un coup et se précipitent vers la porte comme dans une fuite éperdue. Hier comme aujourd'hui, la vie de beaucoup, souvent, est placée sur un rail monotone et tellement fixe ! Au point de faire perdre de vue le paysage. A son poste de travail, on est anéanti, au sens littéral. C'est du dehors en quelque sorte, avec les autres, qu'on peut regarder au loin et retrouver le cours de ses rêves personnels. Pourquoi faut-il que le travail soit rare et si asservissant souvent ? Un jour viendra, couleur d'oeillet, où le travail cessera d'être une malédiction !

(...)