L'année du chat : récit

L'année du chat : récit

Quatrième de couverture

Elle s'appelle Niña. C'est un chat de gouttière, d'origine espagnole. À l'intérieur d'une copropriété parisienne, elle jouit d'une belle liberté, faisant régulièrement sa sieste chez les amis voisins. La cour est son quartier. Tout est harmonie.
Et puis, un jour, une boule fait son apparition. On n'y prête qu'une attention discrète, rien de grave. Mais bientôt la maladie est diagnostiquée. C'est l'entrée dans un long tunnel d'un an, dont l'issue sera la mort, annoncée, repoussée, refoulée autant que possible.
Chacun, dans la famille, fait son deuil. Pour la mère, cela prend la forme de l'écriture, en un journal qui accompagne l'animal aimé vers sa disparition.
Un récit tendre mais sans pathos, qui nous dit ce qu'est la fin d'une vie, avec ses souffrances et ses étapes où l'on abandonne chaque fois un peu plus d'espoir.

Karine Miermont a longtemps travaillé dans l'audiovisuel. L'Année du chat est son premier livre.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
- Le Monde du 22 mai 2014
Benoît Duteurtre - Le Figaro du 10 avril 2014

Extrait de L'année du chat : récit

Une boule apparut dans le dos un jour d'octobre, lequel exactement on ne sait pas, ce que l'on sait c'est qu'en septembre, un mois avant, cette boule dans le dos n'existait pas. Le 19 septembre s'était déroulée la visite annuelle chez le vétérinaire, cette visite qui donne lieu au rappel des vaccins et à la palpation, comme le rendez-vous annuel d'une femme chez un gynécologue donne lieu à la palpation systématique des seins. Pour les chats, la palpation concerne le ventre puis le dos, le vétérinaire appuie sur les différents organes, tire sur la peau, dit : «Le ventre est bien souple, pas de raideur, pas de douleur... Le dos est bien aussi : lisse, mobile. Tout va bien ! Elle commence à se faire vieille mais elle va bien !»
Pourtant, en octobre, une boule se forma, toute petite d'abord, une bille, puis un peu plus grosse, comme un calot ou un boulard, ainsi que nous appelions ces grosses billes convoitées lorsque j'étais enfant. Mon fils sentit le boulard en caressant le chat mais n'en parla pas durant quelques semaines, pensant que c'était passager, ou qu'il s'agissait d'un petit kyste, bénin, comme celui qui avait déjà été enlevé trois ans auparavant. Cependant, la masse continua de s'épanouir durant le mois de novembre et devint un volume ovoïde d'environ deux centimètres de diamètre en sa partie la plus large. C'est encore mon fils qui me prévint, car ni moi ni personne d'autre que lui ne détecta la forme intruse dans le dos du chat pourtant abondamment caressé par nous tous, nous quatre, père, mère, fille et fils, Matthieu, moi, Jeanne et William. «Tu regarderas sur le dos de Nina, il y a une boule, c'est bizarre, il faudrait peut-être l'emmener chez le vétérinaire...»
Je regarde, je touche. Ça fait une masse compacte, dure, ovale, une boule, oui, mais qui ne roule pas, ne bouge pas, semble attachée dans le dos.
Prendre rendez-vous avec le vétérinaire, celui qui la vaccine depuis treize ans. Celui qui, lors de la première visite, désigna Nina de race originale en ajoutant à l'épithète traditionnelle pour les chats de gouttière, «européenne», les deux adjectifs avec lesquels il souhaita la caractériser tout particulièrement : «orientalo-espagnole». Parce qu'il la trouvait très belle, parce que je lui avais répondu qu'elle venait d'Espagne. Ce même vétérinaire qui l'ausculta il y a douze ans, après qu'elle eut passé deux mois et demi perdue dans la forêt des Vosges, parmi les renards, les grands coqs de bruyère, les cerfs, les biches, les chevreuils, les chats sauvages, les sangliers, les lynx, les martres. «Elle s'est bien débrouillée, avait-il dit. Elle est maigre, sa face est toute tailladée... regardez toutes ces griffures... Mais elle s'en est très bien sortie.»