Le travail à la main selon l'Ecole française

Le travail à la main selon l'Ecole française

Jean-Claude Barry, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Les livres d'équitation sont essentiels à ma pratique quotidienne ; ils augmentent ma connaissance équestre par le "savoir", ma technique personnelle par le "savoir faire", et enfin ma capacité à transmettre par le "savoir faire faire".

Quatrième de couverture

Jean-Claude Barry est né en France en 1958. Instructeur d'équitation, il s'est consacré depuis de nombreuses années à la pratique et à l'enseignement équestre dans les trois disciplines olympiques, avant de se spécialiser en dressage.

Il a ainsi passé plus de dix-sept ans au sein de l'École Nationale d'Équitation à Saumur. Écuyer de son célèbre «Cadre noir», il a dressé de nombreux chevaux qu'il a présentés lors de galas dans le monde entier.

Au-delà de ses qualifications techniques, son expérience et sa réflexion sur le métier d'enseignant en équitation ont été concrétisées par un Master universitaire en ingénierie de formation.

Son goût pour l'équitation académique, sa reconnaissance par le milieu professionnel et le besoin de transmettre, l'ont amené à écrire trois ouvrages dont deux publiés en France et un aux États-Unis :

«Dressage du cheval aux piliers», paru en 1997 aux éditions Tep's, «Traité des airs relevés», paru en 2005 aux éditions Belin et «French Touch, the classical approach to harmony and lightness» paru en 2010 aux éditions Blurb.

Également spécialiste du travail à la main, il souhaite rendre cette technique, peu pratiquée et souvent méconnue, accessible au plus grand nombre. Toute la progression, de l'initiation du cheval au piaffer y est décrite, avec un chapitre sur les «cessions de mâchoire» enfin illustrées. Il s'appuie pour cela sur de nombreuses photographies.

Grâce à cet ouvrage, le travail à la main est enfin à portée de tous et permet d'aborder aisément, quelles que soient les aptitudes de son cheval, le travail rassemblé.

En effet, si tout le monde ne peut pas être un danseur, tout le monde peut apprendre à danser...

Extrait de Le travail à la main selon l'Ecole française

Avant-propos

Le mouvement est-il beau à voir ? Si c'est le cas, il est forcément juste et bien exécuté. C'est à partir de ce critère, que toute l'approche française s'est développée. Elle préconise l'emploi minimal des aides et se base sur la volonté permanente du dresseur à s'effacer au profit de son cheval avec comme credo : «intervenir le moins possible».

Je ne voudrais pas que le lecteur se méprenne et pense qu'il s'agit de «ne pas toucher» au cheval et que la recherche de la légèreté passe par le refus ou l'absence de contact avec sa bouche, ou de ses flancs avec les jambes ou la cravache, à pied comme monté. C'est tout le contraire de la méthode et des principes de l'équitation française. C'est ce type de mauvaise interprétation qui provoqua à son époque l'abandon du bauchérisme (François Baucher) et de nos jours, comme on le constate souvent, la caricature d'un oliveirisme (Nuno Oliveira) mal compris.

Le travail du cheval doit commencer et finir au minimum du contact écrivait le commandant Alexandre Guérin, écuyer en chef du Cadre noir de Saumur de 1857 à 1863. Cela signifie que s'il est nécessaire au cours de la séance, l'on peut et l'on doit avoir des actions plus fortes sur le cheval pour le faire céder ou parfois même pour le contraindre à obéir. Avec toutefois l'objectif, dès que cela redevient possible et que la réponse attendue est conforme à la demande du dresseur, de rendre immédiatement. Puis de redemander en désescalade des aides, pour revenir à une action de plus en plus légère.

Le principe est simple ; plus l'on prend, plus l'on doit rendre et plus l'on peut rendre, plus l'on peut prendre. C'est en l'appliquant au quotidien que l'on obtient la légèreté indispensable à une équitation aisée, facile et agréable à pratiquer. Car c'est bien là le but recherché.

Quel plaisir y a-t-il à porter un cheval avec les jambes ou la cravache, avec la main ; à devoir pousser en permanence ou bien à se faire tracter par une bouche dure ou pesante. S'il est vrai qu'il y a une satisfaction à s'être employé dans une activité physique intense, qu'en reste-t-il lorsque l'on en sort épuisé.

Quel plaisir y a-t-il à utiliser un cheval automatisé ou devenu imperméable aux aides du cavalier, sans âme, subissant le travail. Quelle envie peut il avoir de participer, d'être à l'écoute et gai dans son travail s'il est en permanence contraint, s'il n'a pas cette forme de liberté surveillée, contrôlée par le dresseur qui lui permet de s'exprimer.

C'est bien cette alternative qui est proposée par la doctrine française. Elle ne prétend pas détenir la vérité, car il n'y a pas de vérité absolue en équitation. Ce n'est ni une science exacte ni un art abouti. Elle propose simplement moins de contrainte et plus d'harmonie dans la pratique équestre, toujours à la recherche de ce moment de grâce que tout cavalier a connu ; ce moment où tout devient facile et comme une évidence, à la fois si éphémère et si intense... Cette sensation que les anglo-saxons appellent le «flow». Cet ouvrage s'adresse à tous ceux qui sont dans cette quête, en particulier dans le travail à la main.