La nuit grecque

La nuit grecque

Pierre Vens, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Les livres forment ma colonne vertébrale. J'ai grandi dans une famille économe de ses mots mais dans les bruits, les émotions et les chocs de mes lectures. Dès l'âge de sept ans, je prenais en cachette des livres dans la bibliothèque de ma mère, des livres pour lesquels j'étais souvent trop jeune. Je lisais la nuit et j'étais fasciné par les mondes qui s'ouvraient devant moi. Aujourd'hui encore, quand j'ouvre un livre, je garde la même curiosité et cette sensation étrange de transgresser un interdit en faisant irruption dans un univers qui n'est pas le mien.

Quatrième de couverture

Il a suffi de quelques heures pour que Vincent, quadra marié, père de famille et chef d'entreprise, mesure le naufrage qu'est sa vie. Le temps d'une rencontre totalement inattendue dans un bar d'Athènes, à mille lieues de son quotidien et de sa morale.
Récit d'une passion violente et bouleversante, La nuit grecque raconte la révolution intime d'un homme et la découverte de son identité.

Vincent, la quarantaine, chef d'entreprise en faillite professionnelle et conjugale, découvre son homosexualité et la passion érotique dans un bar d'Athènes en la personne d'un jeune bourgeois grec, Théo, qui l'entraîne dans un enfer et un paradis d'alcool et de sexe. Théo se révèle très vite comme un amant vénéneux et vénal, un gigolo de luxe. Vincent plonge dans un inconnu autodestructeur, entre l'Acropole et les palaces européens, lâché par son épouse, sa famille et ses actionnaires. Cette liaison fatale ne pouvait durer. Elle sombre dans le malentendu sordide.
Sept ans plus tard cependant, Vincent, homosexuel assumé désormais, a retrouvé un nouvel équilibre et repris sa vie en main. Il apprend que son amant, malade, a disparu et légué à son jeune fils une maison dans une petite île du Dodécanèse. Il décide de s'y rendre, afin de comprendre ce jeune homme plus humain et plus complexe qu'il ne semblait...

NOTE DE L'ÉDITEUR : Un sujet très fort, rarement traité avec cette franchise brutale, la révolution intime d'un hétérosexuel marié et socialement adapté qui
se découvre une nouvelle identité, dans le contexte du monde gay contemporain.

L'AUTEUR : Pierre Vens est né en 1972 à Roubaix. Il a dirigé une entreprise et
vit à Paris. La Nuit grecque est son premier roman.

Extrait de La nuit grecque

Un mince filet de lumière fuse entre les lattes du store en bois sombre et lacère la chambre d'hôtel horizontalement, du lit à la porte d'entrée. Le réceptionniste du Hempel a accueilli Vincent avec un sourire entendu, celui qu'il réserve aux habitués avec lesquels il partage de petits secrets. Vincent est monté dans sa chambre, traversant les couloirs trop blancs, trop sobres, trop hauts de plafond. Il marche d'un pas assuré et, un témoin aurait pu le remarquer, rapide, trop pressé, alors que personne ne l'attend. Il entre dans la chambre sans y jeter un oeil, pose son bagage dans le dressing, enlève sa veste, l'accroche derrière la porte.

De son bagage il sort sa trousse de toilette et une chemise bleue. Le miroir de la salle de bain lui renvoie le visage d'un homme d'une quarantaine d'années au regard bleu. Ses cheveux ont commencé à blanchir uniformément mais les rides ont tardé à s'ancrer sur son visage. Il se regarde torse nu. Il a perdu du poids récemment, et ça lui va bien. Il se parfume, enfile sa chemise qui le mincit encore un peu plus, souligne sa musculation et dessine ses épaules rondes. Il referme les boutons puis se ravise et ouvre les deux premiers. Au moment où il repose le flacon de parfum, son alliance heurte le lavabo métallique et émet un petit bruit, comme un grincement, presque un pleur.
On ne doit pas se douter de sa préparation. Il ouvre la fenêtre de la salle de bain, qui donne sur un des rares jardins privés de Londres. Il faut que l'odeur du parfum fraîchement utilisé se dissipe dans le brouillard de la ville.

La chambre est blanche, comme le reste de l'hôtel. Le réceptionniste lui a confié qu'elle était sa préférée et que Michael Jackson, un hiver, avait logé là. La décoration est minimaliste. Le lit lui a semblé un peu haut la première fois mais pour l'usage qu'en fait Vincent, ce n'est pas un problème. Un système de câbles donne l'impression que le sommier est suspendu dans les airs. De fait, il bouge légèrement quand on s'assied dessus. Mais il est solidement arrimé, Vincent le sait bien. Sur la table de nuit, il pose son iPod, et sélectionne la Ballad of the Sad Young Man d'Hugh Coltman et appuie sur pause. Il verrouille son téléphone. Le monde peut s'effondrer, rien ne compte plus désormais.