Quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur

Quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur

Christine Orban, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Présence féconde des livres ; je me dis qu'il est parfois inutile de les lire, car seule leur présence me suffit. Le livre me donne la sécurité quand je suis inquiet, le calme quand je suis agité, et il me transporte sur les hauteurs quand je veux bien m'élever. Il y a un mystère dans le pouvoir de certains livres. Il est possible que le livre garde emmagasiné dans ses pages, quelque chose de la force que posséda l'auteur et que cette force soit transmissible. Chaque livre possède sa part de lumière entre ses pages, et il suffit de les tourner pour être éclairé.

Quatrième de couverture

Quelques années après sa répudiation, Joséphine la femme volage et dépensière pour certains, la bonne étoile de Bonaparte pour d'autres, blessée, humiliée, prisonnière du tourbillon dans lequel la douleur la tient, se décide à lui écrire alors qu'il est exilé à l'île d'Elbe.
Entre culpabilité et force d'âme, Joséphine se demande comment ils en sont arrivés là et retrace les épisodes les plus déchirants de leur histoire. Un destin commun interrompu un soir aux Palais des Tuileries lors d'un dîner en tête à tête, quand Bonaparte au nom de la raison d'état s'oblige à renoncer à ses plus chères affections.

NOTE DE L'ÉDITEUR : Avec une empathie troublante, l'auteur de La mélancolie du dimanche et de N'oublie pas d'être heureuse devient Joséphine le temps d'un roman et nous fait partager les souffrances d'une femme abandonnée. Dans ce récit intime et bouleversant on retrouvera l'analyse des sentiments et la profondeur qui ont fait le succès de la romancière.

NOTE DE L'AUTEUR : Napoléon fascine. Comment mieux l'approcher qu'en étant
Joséphine le temps d'un roman ? Il fallut ancrer mes intuitions dans une réalité, m'imprégner d'une époque, d'un homme, Napoléon, et m'accorder l'audace de traduire les pensées, les états d'âmes de l'Impératrice. Ce voyage aurait été impossible sans mes lectures : des mémoires, mais aussi des oeuvres romanesques, historiques ou universitaires. Je remercie ici, chaleureusement les auteurs d'aujourd'hui et d'hier qui ont nourri et éclairé mon travail.

On ne compte plus les succès de Christine Orban qui a publié presque tous ses ouvrages aux éditions Albin Michel dont Le Collectionneur, Petites phrases pour traverser la vie, Fringues, N'oublie pas d'être heureuse...

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche du 8 juin 2014

Extrait de Quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur

Enfin une lettre de toi, retenu à l'île d'Elbe. Comment est-ce possible ? Je n'aurais jamais imaginé qu'un jour tu serais exilé et moi répudiée. Que de douleurs nous avons traversées pour en arriver là.
On me connaît mal, dis-tu dans ta lettre. Tu te prépares à substituer ta plume à l'épée, voilà presque une bonne nouvelle. Puisque nous devons être jugés, soyons-le pour ce que nous sommes. Moi, je n'ai pas de comptes à rendre à l'Histoire. À toi seulement. C'est pourquoi j'entreprends de t'écrire. De te raconter ma vie depuis ce funeste dîner où tu décidas de la séparer de la tienne.
On me disait lascive, infidèle, dépensière, futile, seule la méchanceté ne m'a pas été imputée. La bonté a-t-elle si mauvaise réputation pour qu'on daigne me l'accorder ?
Mais qu'importent dans les circonstances d'aujourd'hui les médisances d'hier ! J'ai parfois vécu dans le mensonge. Mourir dans la vérité est le moins que je puisse faire.
J'aurais dû subir le sort de Marie-Antoinette et celui de mon mari Alexandre de Beauharnais. Tu ne devrais jamais oublier que j'ai entendu avec effroi mon nom prononcé par les bourreaux, parmi d'autres condamnées.
Quand votre gorge a manqué être tranchée pour une particule, il est difficile de garder le sens commun. Rien n'est plus comme avant. Je ne suis pas une femme comme les autres, je suis une femme accidentée. Quand te parviendront ces quelques feuilles, tu ne devras pas te souvenir de moi selon les critères d'une épouse normale. La vie m'a blessée. Mes lésions n'ont pas été visibles de l'extérieur comme celles de tes soldats. Mes blessures n'ont pas saigné. Même le sang des femmes ne s'écoule plus de mon corps depuis l'approche de l'échafaud. Il est probable que je ne puis avoir d'enfant depuis cet instant.
Quand mon heure viendra, j'aurai moins à perdre, une partie de moi est restée à la prison des Carmes. Une partie de moi est morte, même si je suis passée à côté de la lame. C'est la morte en moi qui n'a peur de rien, ni de la rumeur ni des lois. La morte se fiche des vivants et de leurs conventions, la morte piétine, saccage, se moque, ravage.
Bonaparte, sais-tu que tu as épousé une moitié de femme ? Tu as aimé une moitié et détesté l'autre. Moi aussi.
Tu triomphais des vivants, mais capitulais devant la défunte. Josèphe Rose emporta Joséphine, tu fus impuissant à l'arrêter.