Splendour

Splendour

Quatrième de couverture

«C'est qui, Natalie Wood ? Une énigme brune, une écorchure cinégénique, une mélancolie en fourreau d'organza, quelques citations et coupures de presse, une erreur d'aiguillage...»

... mais, pour la légende du grand cinéma, Natalie Wood, c'était aussi l'actrice inoubliable de Splendour in the Grass et de La fureur de vivre. E t c'était la fille douloureuse, nymphomane, bouleversante de talent et d'intensité qui, dans la nuit du 29 novembre 1981, se noya en face de l'île de Santa Catalina tandis que son mari, Robert Wagner, et son amant Christopher Walken, s'enivraient sur le pont d'un bateau précisément nommé Splendour. De la splendeur au drame : tel fut son étrange et romanesque destin...
Dans ce livre-opéra, Géraldine Maillet a choisi de revisiter l'existence de cette actrice à l'instant de sa mort. Flux de pensées, Hollywood et ses mirages, les hommes de passage, les triomphes, la solitude, les petites joies et les grands désespoirs...
Un roman ? Mieux : une descente aux enfers à travers le sexe, l'alcool, le glamour. En passant par le coeur d'une femme glorieuse et perdue.

L'AUTEUR :

Géraldine Maillet a publié une dizaine de romans. Cinéaste, elle a également réalisé quelques courts-métrages et After qui explorait déjà les désarrois d'une femme entre deux vies.

Extrait de Splendour

29-11-81
1 :03 a.m.
5 °C

Though nothing can bring back the hour
Of splendour in the grass, of glory in the flower, je n'aime pas les fleurs. Elles résument trop bien ce qu'est ma vie. Une arnaque. Une ronde diabolique. Une suffocation progressive. Ma génitrice en mettait partout. Pour camoufler la saleté du lino, la pauvreté du papier peint, la misère de notre train de vie parti de Vladivostok avec escale à Barnaul avant l'ultime déchargement à San Francisco.
Chaque toile cirée avait son bouquet, ses pétales, ses étamines, ses pistils, son odeur d'eau croupie. Et H²O me faisait déjà horreur. Comme un liquide amniotique périmé, quitté après quelques mois d'existence par les battements de coeur d'un foetus inanimé et évacué par la chasse. J'observais l'existence éclatante devenir médiocre, les tiges flétrissaient, se vidant de leur verticalité, et la mort arrivait avec majesté, plus fière et arrogante que n'importe quelle vie. Les couleurs partaient ailleurs, dans un monde parallèle, un souvenir de plus en plus diffus, un parfum sans sillage. Le rouge fuguait, l'orange sombrait, le jaune se dérobait, le blanc noircissait. Puis un autre bouquet venait terrasser le précédent. Les boucles vaporeuses de la starlette flinguaient le chignon plein de laque de l'ex-gloire déclinante. Un passage de flambeau macabre. Implacable. Tragique.

Je suis dans cette eau glacée, je nage mal.

Mes membres sont engourdis, seins boursouflés comme après l'amour. D'ailleurs, j'ai fait l'amour ce soir. C'était bien. Fou et triste. De la baise triste. Il y avait une mélancolie dans mon plaisir. Le pressentiment qu'il serait le dernier. Un orgasme sanglot. Une rupture au plus profond de moi. Je suis venue en me regardant venir. Une voix off, un troisième oeil. On avait arrêté le moteur du Valiant au milieu de nulle part.
Nuit anthracite. Vent force 6. Le phare d'Avalon plus filant qu'une étoile. RJ et Davern nous attendaient déjà sur le Splendour avec des magnums de bulles, des hypnotiques, des sédatifs et des sucreries à rendre diabétique. On avait quelques minutes à voler à cette traversée. RJ se doutait bien pour Christopher et moi, alors ici ou ailleurs. Il n'avait qu'à pas nous laisser ensemble. Imaginait-il qu'en me livrant aux autres, il me gardait à lui, il décidait pour moi, où, comment, quand ?
Sa chose,
son drôle de numéro,
sa tarée de femme adorée,
sa collectionneuse de coïts extraconjugaux,
sa traînée autant que sa fierté.

C'était la quatrième fois depuis la veille. La coque de l'annexe suivait le remue-ménage des vagues, amplifié par celui de nos ébats. Mes jambes ne tenaient pas en place. Fracassé le spot, souvenir du filament qui s'électrise avant de se fendre en deux, des débris de verre piétines par les espadrilles turquoise de Christopher, ses yeux ouverts dans les miens, ma bouche recueillie dans la sienne, nos peaux greffées.

Je suis dans cette eau glacée,
je ne sais pas nager.

Mes cris menaçaient la faille de San Andréas.
La pâleur de la lune se diffusait derrière une épaisse couche de nuages, le fil de l'eau glissait dans mes pensées et l'immensité faisait un bras de fer avec ma banalité, mon cul sans diplôme, mon visage de bâtarde sophistiquée. Je devinais tout de mon tome 2 «Natalie Wood».

(...)