Revue de l'art, n° 183

Revue de l'art, n° 183

Quatrième de couverture

Éditorial

Laurence Bertrand-Dorléac, Michel Poivert
La photographie et la guerre
De l'usage des images et de l'invention des formes

Étude

Mathieu Deldicque
L'enluminure à Paris à la fin du XVe siècle : Maître François, Le Maître de Jacques de Besançon et Jacques de Besançon identifiés ?

Notes et documents

Ambre Vilain-de Bruyne, Inès Villela-petit
De la métonymie à la scène narrative : les sceaux du Saint-Sépulcre de Cambrai (XIIe-XIIIe siècles)

Lucie Gaugain
Le chantier royal du château d'Amboise : un passage obligé pour les architectes français de la fin du XVe siècle ?

Guillaume Faroult
The «Story of my sweet Helen». Une peinture pour Connoisseur par Gavin Hamilton

Fleur Chevalier
Salvador Dali et la télévision française

Découverte

Guy-Michel Leproux
Un projet de vitrail de Jean Lécuyer pour l'église Saint-Jean-des-Champs de Bourges

Méthodes

Etienne Hamon
Répertoires d'artistes et humanités numériques

Bibliographie critique

Extrait de Revue de l'art, n° 183

Mathieu Deldicque

L'enluminure à Paris à la fin du XVe siècle : Maître François, le Maître de Jacques de Besançon et Jacques de Besançon identifiés ?

Malgré un caractère parfois moins novateur que sa cousine ligérienne qui s'illustre par quelques grands noms (Jean Bourdichon, Jean Poyer, le Maître de Claude de France) récemment mis à l'honneur, l'enluminure parisienne de la seconde moitié du XVe siècle fut tout aussi prolifique et prisée par les plus grands commanditaires du temps. Cette production fut dominée, selon les mots mêmes de Nicole Reynaud, par deux «triades» de peintres de manuscrits qui se partagèrent le marché parisien de l'enluminure au cours de la période envisagée, par transmission successive d'une manière et de motifs. La première d'entre elles est aujourd'hui bien connue, notamment grâce à des travaux récents : elle est formée par le Maître de Dreux de Budé, le Maître de Coëtivy et le Maître des Très Petites Heures d'Anne de Bretagne, dont les modèles furent repris sur les supports artistiques les plus variés et dont l'identification avec la famille des Ypres (André, Nicolas puis Jean d'Ypres) est largement acceptée.
Une deuxième triade, plus féconde encore, s'étalant elle aussi sur trois générations, s'illustra dans le Paris de la seconde moitié du XVe siècle. Elle connut tôt les honneurs de l'historiographie : ainsi, dès 1892, Paul Durrieu regroupa de nombreux manuscrits et incunables parisiens sous le nom de Jacques de Besançon, enlumineur cité dans le colophon d'un Office noté de saint Jean l'Évangéliste, le ms. 461 de la Bibliothèque Mazarine (fig. 1), comme donateur de cet office offert en 1485 à la confrérie Saint-Jean-l'Évangéliste établie en l'église parisienne de Saint-André-des-Arts dont il était le bâtonnier. Jacques de Besançon fut d'emblée identifié comme l'auteur de la meilleure des deux miniatures que comporte l'ouvrage, située au f° 9 (fig. 2), dont le style se retrouve dans une multitude de manuscrits de l'époque regroupés de manière très large par Durrieu. En 1898, une découverte de Louis Thuasne remit en cause cette identification : dans une lettre datée du mois d'août 1473 et écrite à Paris, Robert Gaguin, ministre général de l'ordre des Trinitaires, indiquait à Charles de Gaucourt, gouverneur d'Amiens et lieutenant général de Paris, qu'il avait fourni le programme des miniatures destinées à décorer un exemplaire de la Cité de Dieu commandé par Gaucourt à un enlumineur, nommé par lui «egregius pictor Franciscus», qui les avait achevées mieux que ne l'aurait fait le peintre grec Apelle. Or, cet exemplaire a été retrouvé : il s'agit des français 18 et 19 de la Bibliothèque nationale de France, enluminés par ce «Maître François», tel qu'on appelle depuis, un miniaturiste qui y officia donc pour le compte de ce Charles de Gaucourt dont les initiales et les armes restent encore visibles çà et là malgré les grattages et les surpeints postérieurs (fig. 3). Durrieu se rallia dès lors à cette découverte et attribua à Maître François les miniatures du manuscrit 461 de la Bibliothèque Mazarine ainsi que l'ensemble du corpus précédemment regroupé sous le nom de Jacques de Besançon, tandis que ce dernier n'était plus, dès lors, considéré par lui que comme l'auteur des bordures du même ms 4618. L. Thuasne proposa d'identifier par la suite Maître François avec François Fouquet, fils du célèbre Jean, alors qu'Alexandre de Laborde voyait plutôt en lui un Maître François cité dans les comptes de la maison de Charles II du Maine, sans emporter l'adhésion.
(...)