Le roman de Louise

Le roman de Louise

Quatrième de couverture

Qui mieux que Gougaud l'anarchiste pourrait évoquer l'extraordinaire parcours de l'indomptable Louise Michel, figure emblématique de la Commune ? Dans ce portrait flamboyant de la «Vierge rouge», le romancier se glisse dans la peau de Louise pour faire revivre tour à tour la petite bâtarde sans le sou passionnée de littérature, la jeune institutrice, l'insurgée bravant la mitraille des Versaillais, la bannie de Nouvelle-Calédonie éblouie par les splendeurs de l'île, enseignant le français aux Canaques... Mais toujours attachée au drapeau rouge, jamais lassée d'appeler à la Révolution.
Henri Gougaud sait nous faire aimer cette femme sauvage et téméraire, éprise d'indépendance et d'absolu, dont l'extraordinaire personnalité dépasse tous les clivages. Ne cachant rien de son personnage - son esprit intransigeant, son courage presque fou, sa curiosité d'esprit, sa bonté, son dévouement à la cause des démunis -, il trouve les mots justes et le souffle qui donnent à son récit une force incomparable.
Jamais Louise Michel n'a été aussi vivante, jamais vous ne l'aurez tant aimée !

Né en 1936, Henri Gougaud est à la fois écrivain, homme de radio, poète, chanteur et conteur. Dans les années 1960, il commence sa carrière dans les cabarets de la rive gauche, en composant des chansons, notamment pour Jean Ferrat, Juliette Gréco, Serge Reggiani ou les Frères Jacques.
Il est l'auteur d'une oeuvre jalonnée de grands succès de librairie comme Bélibaste, Les Sept Plumes de l'Aigle, publiés aux éditions du Seuil, Le livre des chemins, Les Secrets de l'aigle, L'Enfant de la neige ou encore L'Abécédaire Amoureux (Albin Michel).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Philippe-Jean Catinchi - Le Monde du 26 juin 2014

Extrait de Le roman de Louise

Nom : Louise Demahis-Michel. Elle naît en mai 1830 dans la Haute-Marne, à Vroncourt, vaste et massive maison forte autrement nommée le Tombeau. Sa mère, Marianne Michel, y est depuis toujours servante. Son père, lui dit-on, est le fils du château. Louise, donc, est une bâtarde. En ce temps-là, dans nos campagnes, c'est pire qu'une infirmité, c'est un début de mélodrame. La pécheresse, le front bas, le fruit de ses amours coupables emmitouflé dans ses haillons, aurait dû quitter la demeure sous le regard tempétueux du chef de famille outragé. Mais non, dans cette maison-là, c'est le séducteur qui s'efface. Le vague Laurent Demahis va chercher une épouse ailleurs. Marianne et la petite Louise restent toutes deux au château auprès du vigoureux grand-père Demahis et de sa très discrète épouse. Voilà qui n'est guère commun. Il semble qu'à Vroncourt errent, parmi les êtres, de ces brumes fantomatiques qui rongent les coeurs, en secret. Le Tombeau. Les gens du village ont toujours appelé ainsi la rébarbative bâtisse. Que savent- ils de son histoire ? Peut-être presque tout, sans doute rien de sûr. La vie, apparemment, y est pourtant paisible, joyeuse, tendre, heureuse enfin. Louise le dit dans ses Mémoires. Son grand-père y est pour beaucoup.
Chaque soir à Vroncourt on se tient en famille devant la haute cheminée. Ses flamboiements n'éclairent guère que les dalles alentour du feu. Les échos du château disent qu'il est trop vaste. Le long des tentures fanées on entend trotter des souris. La face illuminée par les lueurs dansantes, Louise lit un ouvrage emprunté au fouillis de l'ancestrale bibliothèque. Joséphine et Nanette, deux filles du village amies de la maison, se pelotonnent au plus près d'elle. Grand-mère au bord de l'ombre écrit Dieu seul sait quoi dans le cahier secret à couverture rouge où elle tient le journal quotidien de sa vie. Marianne, jeune mère au regard tendre et bleu, fredonne en reprisant des bas. Elle sert ici depuis l'enfance, elle est presque de la famille. Deux chats sommeillent dans les cendres. Grand-père Demahis, érudit débonnaire et hobereau désargenté, règne sur cette maisonnée. Il est d'une lignée de nobles gens de robe mais la Révolution a terni son blason, ce dont il sourit volontiers. L'Ancien Régime est oublié. Voltaire est son maître à penser, il s'affirme républicain et quand sa grosse main se pose sur les cheveux de la petite assise au pied de son fauteuil, dans le regard qui la contemple brille un amour de vieux soleil.
Louise, à cinquante ans, se souvient. Malgré tant de tourments subis, tant de batailles traversées, on sent son coeur se réchauffer, s'égayer, s'émouvoir tout doux à retrouver l'enfant qu'elle fut, vivace, impertinente, affamée de réponses à ses mille questions. Le vieil homme, jour après jour, semble prendre un plaisir aimant à nourrir cette tête-là. Dès six ans elle entend la langue de Voltaire, elle découvre Hugo, Lamartine, Corneille, Diderot. Elle apprend Molière par coeur, le joue pour ses cousins dans la cour du château, s'en gonfle la poitrine, s'en fait des festins d'envolées. Elle s'abreuve de chaque livre comme d'une source de vie. Et quand elle ne lit pas, elle écrit des poèmes, ou elle explore en sauvageonne ses paysages familiers.