Joyland

Joyland

Quatrième de couverture

Après une rupture sentimentale, Devin Jones, 21 ans, débarque l'été 1973 à Joyland, petit parc d'attraction sur le littoral de la Caroline du Nord. Il est embauché avec d'autres étudiants pour compléter l'équipe de forains, à la fois étrange et joyeuse. Sa rencontre avec un petit garçon doué de voyance, atteint d'une maladie grave, et surtout de sa mère, va changer la vie de Devin. Obsédé par le mystère du train fantôme soi-disant hanté par le spectre d'une femme égorgée 4 ans auparavant, le jeune homme se lance dans l'enquête.
Un nouveau meurtre est-il possible ? Parviendra-t-il à l'éviter ? Une chose est sûre, l'aventure le changera à jamais... Stephen King nous plonge avec une douce nostalgie, dans l'atmosphère d'une Amérique rétro sans jamais oublier de nous faire frissonner de peur.

Écrivain américain né le 21 septembre 1947 dans le Maine, Stephen King collectionne les récompenses littéraires. Caractérisé par beaucoup comme le maître des romans horrifiques, il a écrit et publié plus de 50 romans et 200 nouvelles. Très populaire et prolifique, son génie vient de sa façon de faire monter en puissance ses histoires macabres dans un suspense haletant jusqu'à un final toujours surprenant. On retient de sa carrière littéraire de nombreux romans cultes tels que l'oppressant Shining, adapté avec brio au cinéma par le grand Stanley Kubrick. Découvrez aussi 22/11/63 dans lequel un professeur d'anglais remonte dans le passé afin d'empêcher l'assassinat de Kennedy. Mais cela ne sera pas sans conséquences... Quel que soit le thème abordé par ce fantastique romancier, il réussit à nous faire frissonner de plaisir en distillant des éléments horrifiques et fantastiques dans notre univers quotidien. C'est cela qui fait de lui un auteur incontournable. Si vous appréciez les romans à suspense, notre communauté de lecteurs et libraires vous conseille Le prisonnier du ciel de Carlos Ruiz Zafon, Troisième humanité de Bernard Werber ou encore Le poète de Michael Connelly. Quel que soit votre genre de prédilection (policier, fantastique, science-fiction...), vous trouvez le livre qu'il vous faut dans le format désiré en profitant d'une formidable réduction de 5%. Découvrez l'actualité de Stephen King, sur le site du Club Stephen King.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
François Angelier - Le Monde du 8 mai 2014

Extrait de Joyland

J'avais une voiture, mais au cours de cet automne 1973, je suis allé à Joyland à pied presque tous les jours depuis le petit gîte de bord de mer de Mrs. Shoplaw où je logeais à Heaven's Bay. Ça me semblait la meilleure chose à faire. La seule, à vrai dire. Début septembre, la plage de Heaven's Bay est quasiment déserte. Et ça m'allait. Car cet automne-là fut le plus beau de ma vie, même quarante ans plus tard je peux le dire. Et je n'ai jamais été aussi malheureux de ma vie, ça aussi je peux le dire. Les gens trouvent que les premières amours sont tendres. Et jamais plus tendres que lorsque ce premier lien se brise... Il y a bien un millier de chansons pop et country à l'appui : des histoires d'imbéciles qui ont eu le coeur brisé. Le fait est que ce premier coeur brisé est toujours le plus douloureux, le plus long à guérir, et celui qui laisse la cicatrice la plus visible. Tendre, vous croyez ?

*

De septembre jusqu'à début octobre, les ciels de la Caroline du Nord sont dégagés et l'air est doux même à sept heures du matin, l'heure où je quittais mon appartement du premier étage par l'escalier extérieur. Si je partais vêtu d'un blouson léger, il finissait généralement autour de ma taille avant que j'aie parcouru les cinq kilomètres séparant la ville du parc d'attractions.
Mon rituel commençait par un arrêt chez Betty, à la boulangerie, pour acheter deux croissants tout chauds. Mon ombre, longue d'au moins six mètres, marchait avec moi sur le sable. Des mouettes pleines d'espoir tournoyaient au-dessus de ma tête, attirées par l'odeur des croissants dans leur papier paraffiné. Et quand je rentrais aux alentours de cinq heures (même si des fois il m'arrivait de rester plus tard - rien ni personne ne m'attendait à Heaven's Bay, petite station balnéaire qui se rendormait à la fin de l'été), mon ombre marchait sur l'eau. Si c'était marée haute, elle ondulait à la surface, semblant danser une hula lancinante.
Je ne saurais l'affirmer, mais je pense que le petit garçon, la femme et le chien étaient là dès mon premier trajet à pied par la plage. Le rivage, entre Heaven's Bay et les joyeuses lumières de pacotille de Joyland, était bordé de maisons de vacances, luxueuses pour beaucoup, la plupart barricadées après Labor Day. Sauf la plus grande d'entre elles, celle qui ressemblait à un grand château en bois peint en vert. Un caillebotis menait de son vaste patio arrière jusqu'à l'endroit où l'herbe des dunes cède la place au fin sable blanc. Au bout du caillebotis en bois, il y avait une table de pique-nique à l'ombre d'un parasol de plage vert vif. Le petit garçon était assis sous le parasol, dans son fauteuil roulant, une casquette de baseball sur la tête et une couverture sur les jambes même en fin d'après-midi, quand la température dépassait encore les vingt degrés. Je lui donnais dans les cinq ans, pas plus de sept en tout cas. Le chien, un jack russell, était ou bien couché à ses pieds, ou bien assis près de lui. Assise à la table, sur l'un des bancs, la femme lisait parfois un livre, la plupart du temps elle regardait simplement l'océan. Elle était très belle.
Que ce soit à l'aller ou au retour, je les saluais toujours d'un geste de la main, et le petit garçon me répondait. Elle non, du moins pas au début. C'était l'année 1973, celle de l'embargo sur le pétrole de l'OPEP, celle de la déclaration de Richard Nixon comme quoi il n'était pas un escroc, celle de la disparition d'Edward G. Robinson et de Noël Coward. L'année perdue de Devin Jones, puceau de vingt et un ans rêvant de devenir écrivain... Je possédais en tout et pour tout trois jeans, quatre slips kangourou, une vieille Ford (équipée d'une bonne radio), des envies de suicide intermittentes et un coeur brisé.
Tendre, l'amour ?