Le dernier déluge

Le dernier déluge

David Emton, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Paradoxe : plus les livres tiennent de place dans ma vie moins ils en occupent ! Voici en effet trois ans qu'écrire est devenu mon métier et lire reste ma plus grande joie : les livres m'occupent donc beaucoup. Et pourtant : ayant décidé de purger chaque année mes bibliothèques pour ne garder que mes ouvrages favoris, les livres occupent de moins en moins de place autour de moi.

Quatrième de couverture

Seriez-vous prêt à sacrifier votre enfant pour sauver l'humanité ?

Un nouveau-né plus dangereux qu'une bombe atomique... Des scientifiques apprentis sorciers... Des services secrets qui veulent à tout prix récupérer l'enfant...

Dans un Paris à demi englouti par la crue du millénaire, l'auteur du Secret de Dieu nous entraîne dans une course-poursuite infernale aux enjeux terrifiants.

Une nuit de Noël, dans un Paris disloqué par la crue du millénaire, une jeune femme reçoit un étrange colis : un nouveau-né enveloppé dans une membrane protectrice, avant de se retrouver poursuivie par des tueurs au service de pays et d'organisations aux objectifs contradictoires. Au cours d'un périple effréné dans une capitale à moitié submergée, elle apprendra que l'enfant est porteur d'une souche virulente du SIDA, transmissible par l'air. Euthanasier le nouveau-né permettrait l'élaboration d'un vaccin salvateur. Vivant, il libérerait dans l'atmosphère un mutant foudroyant qui exterminerait la race humaine. Que doit faire sa «mère» ?

L'AUTEUR : Le Secret de Dieu, premier roman de David Emton, publié en 2012, a obtenu le Prix du Livre Île-de-France 2013. Ancien grand reporter, David Emton écrit actuellement un troisième roman et travaille à une série pour Canal+.

Extrait de Le dernier déluge

Extrait du prologue

Espace aérien parisien
La Défense
24 décembre - 07 h 06

La tempête faisait rage.
Le pilote était mort.
L'avion en chute libre.
Parfait.
Après avoir examiné le tableau de bord du jet - un Falcon 900XL -, un homme aux traits asiatiques écarta d'une manchette la tête blonde qui s'y était écrasée et procéda à une rapide manipulation.
Pilotage automatique.
Procédure pour atterrissage retardé.
Presque imperceptiblement, l'appareil se stabilisa et commença à reprendre de l'altitude. Désormais programmé pour attendre l'autorisation d'un hypothétique aéroport enneigé ou saturé, il amorça un vol giratoire. Quelques minutes de gagnées avant que l'avion ne percute l'une des tours de La Défense...
Un éclair traversa le ciel de Paris. Puis la foudre s'évanouit et l'horizon retrouva ses teintes de marbre noir et cendré. La pluie frappait en rafales le fuselage du jet de luxe.
L'Asiatique rebroussa chemin vers la cabine et jeta un regard circulaire à la scène qu'il retrouvait. Affalé entre les fauteuils de cuir crème du premier carré, un garde du corps africain, le visage bleui, semblait encore étonné de la rapidité avec laquelle la vie venait de lui être ôtée. À sa gauche, tordu sur un comptoir d'acajou où était gravé le logo de la multinationale Galaxim, un second colosse, pâle et chauve, agonisait, cherchant désespérément à retenir de ses mains une pomme d'Adam depuis longtemps enfoncée dans ses chairs.
Derrière eux, suffoquant sur l'épaisse moquette, le généticien Jacques Levine rampait vers le fond de l'avion.
L'Asiatique s'immobilisa devant le garde du corps encore vivant et se mit à dodeliner de la tête d'une manière curieuse. Comme un athlète s'échauffe. Ou comme un cobra avant de fondre sur sa proie.
D'un mouvement du coude fulgurant, il lui enfonça l'arête nasale dans la boîte crânienne. Il n'eut pas un regard pour le cadavre qui s'avachissait à ses pieds et reprit sa marche vers le vénérable scientifique. La carlingue tanguait à s'en disloquer. En quelques pas assurés, il fut sur lui, le saisit par son col de blouse et le souleva comme un lapereau.
Transi de peur, ses derniers cheveux blancs rabattus et collés sur le visage, Levine n'osait fixer son agresseur. Ce dernier l'examina sans émotion et le déposa sur l'un des fauteuils du second carré. Il tira de son treillis noir une trousse en kevlar, y prit une ampoule et une seringue. L'injection prête, il écarta les pans de la blouse du professeur et fit sauter les premiers boutons de sa chemise. Épuisé, Levine ne chercha pas à se défendre.
L'Asiatique planta l'aiguille en plein coeur et pressa.
Ce fut comme si le vieil homme avait reçu une décharge électrique : il se cambra sur son siège avant de retomber, la bouche ouverte, les yeux exorbités.
- Pas de crise cardiaque, dit le Cobra calmement en anglais. Pas maintenant.