La sagesse du Petit Prince : à la recherche de l'enfant perdu avec Saint-Exupéry

La sagesse du Petit Prince : à la recherche de l'enfant perdu avec Saint-Exupéry

Quatrième de couverture

Qui n'a lu et relu Le Petit Prince, le livre le plus vendu au monde ? Pourtant, malgré notre tendresse pour le personnage, qui a vraiment pris au sérieux son message ?
Pierre Lassus ose ici une telle démarche : en relisant cette histoire unique à la lumière du parcours tourmenté de son auteur, il y a reconnu un véritable «Évangile selon Saint-Exupéry». L'expression n'est pas trop forte, car l'écrivain, qui peinait alors à terminer le volumineux Citadelle, qu'il désignait lui-même comme sa «Bible», est parvenu en quelques pages à nous livrer son testament spirituel.
Pierre Lassus a étudié en profondeur la biographie quelque peu erratique de Saint-Exupéry - de la mort de son père lorsqu'il n'a que quatre ans jusqu'au mystère de sa propre mort en Méditerranée - et il met en lumière le génie d'un homme déchiré, qui a su transmuter ses difficultés personnelles pour transmettre un message universel.

Pierre Lassus, spécialiste de l'enfance maltraitée, a publié plusieurs ouvrages, dont notamment un essai biographique consacré à Albert Schweitzer (Albin Michel, 1995).

Extrait de La sagesse du Petit Prince : à la recherche de l'enfant perdu avec Saint-Exupéry

La fin du commencement

31 juillet 1944.
Terrain d'aviation militaire de Borgo, sud de Bastia (Corse), 8 heures, le matin.
Le Lockheed P 38 Lightning F5B n° 223, du groupe de reconnaissance aérienne 11/33, lre escadrille, attend sur la piste. Il est retenu pour une mission cartographique en vue de préparer le débarquement en Provence qui aura lieu dans quelques jours. Il doit photographier la région Annecy - Chambéry - Grenoble.
Le lieutenant Duriez arrête la jeep avec laquelle il est allé chercher le pilote au lieu de cantonnement, Erbalunga, distant d'une quinzaine de kilomètres. Il l'aide à enfiler sa lourde combinaison de vol chauffée, et à se hisser dans le cockpit. Grimpés sur les ailes de l'appareil, le sergent Cotton et le soldat Suty viennent en renfort pour boucler le parachute, la ceinture, mettre le casque, le masque à oxygène, brancher la radio, vérifier les instruments de bord. Puis ils ferment la cabine. Au sol, l'adjudant-chef Roussel et le sergent-chef Potier vérifient les moteurs, le train d'atterrissage, les volets, les gouvernes, les niveaux. Ils enlèvent les cales. Le pilote fait le signe de main habituel pour signifier que tout est OK. Il lance les moteurs et l'avion s'engage sur la piste, roule en cahotant puis s'arrache du sol.
Il est 8 h 45. Dans le ciel bleu sans nuages, le Lightning laisse le sillage double de ses moteurs, puis rapidement disparaît à l'horizon, vers la terre de France.
Le commandant Antoine de Saint-Exupéry vient de s'envoler pour sa dernière mission.

Le vol, compte tenu du carburant embarqué, peut durer de quatre heures à quatre heures trente, l'appareil doit donc revenir vers 12 h 15- À 13 heures, le ciel reste désespérément vide et l'angoisse monte sur le terrain. Le contrôle aérien de Borgo, contacté une heure après l'heure d'arrivée prévue, ne peut transmettre aucun renseignement. Trois avions Vickers Warwick effectuant des recherches sur la zone ne rapportent aucune nouvelle. Le radar signale que le Lightning n'a pas traversé la côte française pour regagner la base. A 14 h 30, l'autonomie maximum étant largement dépassée, on a la certitude que l'avion ne peut plus être en l'air. Au soir, après vérification qu'il ne s'est pas posé sur un autre terrain allié, ce qui s'était déjà produit, le commandant de Saint-Exupéry est porté «disparu en mission de guerre».
Comme il en fut pour le petit prince, parti retrouver son étoile, on ne retrouvera jamais son corps.

Le pilote qui vient de disparaître était aussi un écrivain. Il avait publié plusieurs ouvrages qui l'avaient fait connaître en France, en Angleterre, en Italie et aussi aux États-Unis où plusieurs de ses livres avaient été des best-sellers. En 1939, Wind, Sand and Stars avait obtenu le National Book Award ; c'était le titre américain de Terre des hommes qui, la même année, avait reçu en France le grand prix du roman de l'Académie française. En 1931, un de ses ouvrages précédents, Vol de nuit, avait été couronné par le jury du prix Femina.
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