Une histoire personnelle de la Ve République

Une histoire personnelle de la Ve République

Alain Duhamel, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Je suis un bigame revendiqué, marié depuis un demi-siècle avec mon épouse et avec les livres, à parité.

Quatrième de couverture

«A partir de 1965, j'eus très vite l'occasion d'assister à nombre de scènes politiques mémorables, publiques ou privées. La presse écrite, les livres, puis la télévision et enfin la radio m'ont permis de le faire sans désemparer depuis un demi-siècle, en assez bonne place pour avoir une vue directe sur les évènements et les hommes qui y contribuent.
Sous les sept Présidents successifs de la Ve République j'ai ainsi, comme toute ma génération, vu défiler sous mes yeux Mai 1968, le départ fracassant du Général, les héritiers puis les alternances, l'Europe s'édifiant puis chancelant, les victoires de la gauche et le retour du libéralisme, les grands conflits sociaux, les fortes querelles sociétales, l'effondrement du communisme, la crise du capitalisme, trois vagues successives de dirigeants de la majorité comme de l'opposition.
Des centaines de scènes politiques, parmi lesquelles j'ai trié celles qui me semblaient les plus frappantes, les plus significatives, les plus pittoresques, parfois les plus cocasses, quelquefois les plus sombres. Comme toute sélection, celle-ci comporte une part assumée de subjectivité et une part nécessaire de hasard, selon que j'avais, ce jour-ci ou ce jour-là une vue plus ou moins plongeante sur les personnages de notre histoire. Ma mémoire n'est pas non plus impartiale, personne ne peut revendiquer d'être objectif. J'espère qu'elle est honnête et sans détour. Vider le sac de ses souvenirs est peut-être l'exercice d'écriture le plus plaisant pour un auteur, mais le seul bon juge en reste le lecteur.»
Alain Duhamel

Alain Duhamel est aujourd'hui éditorialiste à RTL, au Point et à Libération. Il a déjà écrit une quinzaine d'ouvrages comme La marche consulaire (Plon, 2009) et Cartes sur table avec son frère Patrice Duhamel (Plon, 2010).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Gérard Courtois - Le Monde du 25 septembre 2014

Extrait de Une histoire personnelle de la Ve République

Extrait de l'avant-propos

Entre l'histoire et la politique, il y a la mémoire, à la fois témoignage, souvenir et creuset d'une culture collective. Chaque génération possède la sienne, constituée pierre après pierre par quelques événements fondateurs. Je suis né six semaines avant le naufrage de la IIIe République et je mourrai vraisemblablement sous l'empire de la Ve République. Comme toute ma génération, j'ai ainsi traversé la décomposition des régimes parlementaires de la IIIe et de la IVe République, puis la fondation, l'enracinement et, alternance après alternance, cohabitation après cohabitation, la lente démocratisation d'une Ve République présidentielle. Durant ces sept décennies, la France a changé de statut, d'image, de rôle et peut-être d'âme.
En 1940, elle possédait encore un vaste empire colonial, le deuxième du monde après celui de son ancestrale rivale l'Angleterre. Jusqu'au milieu des années 30, l'armée française passait pour inégalable. Durant cet entre-deux-guerres, Paris étincelait de tous ses feux. La littérature, la peinture, la musique, le cinéma s'y donnaient rendez-vous et y culminaient comme jamais. Cette vieille nation, encore majoritairement rurale, entreprenait une métamorphose chaotique, entre hardiesse scientifique et technique et crise financière, entre instabilité politique maladive et peur éternelle du déclin.
Aujourd'hui, la France se range parmi les anciennes puissances du Vieux Continent. De son empire qui faisait encore rêver les écoliers que nous étions - les fameuses taches roses sur la carte du monde installée au-dessus de l'estrade de l'instituteur -, il ne reste que les coûteux confettis de la France d'outre-mer. Son armée, toujours valeureuse, s'est réduite comme une peau de chagrin en se professionnalisant. Son économie, désormais avant tout une économie de services, souffre comme une damnée depuis maintenant quarante ans tout juste. Son précieux, généreux et si dispendieux modèle social s'essouffle et halète. L'intégration des immigrés, jadis fier symbole de la synthèse républicaine en compagnie de sa soeur jumelle, la laïcité, semble avoir dépassé ses limites, épuisé ses ressorts. En 1940, la France basculait dans une crise nationale tragique. En 2014, elle lutte furieusement contre l'enlisement dans une crise globale, européenne et tricolore, politique et économique, sociale, culturelle et morale. La France dont on célébrait autrefois la gaieté, même s'il s'agissait d'un archétype réducteur, est devenue la nation la plus pessimiste du monde. Dix enquêtes en témoignent.
Elle traverse incontestablement une infernale crise d'identité. Elle n'est pas devenue pour autant un astre mort. Les Français craignent de nouveau pour leur avenir, pour celui de leurs enfants. Ils doutent de leurs capacités collectives. Ils évoluent cependant, apprennent le réalisme dans la douleur, acceptent des réformes qu'ils rejetaient, s'adaptent au nouveau monde même s'ils ne l'aiment pas et se consolent avec leur vie privée. La France se remet en mouvement. Elle mue, elle se réveille, elle se bat. En 1940, elle se précipitait dans l'abîme. En 2014, elle surnage.