Renoir

Renoir

Quatrième de couverture

La Fondation Pierre Gianadda présentera en été 2014 l'exposition Renoir qui soulignera en particulier la lumière intimiste qui baigne son oeuvre. Outre des toiles des musées européens, suisses et français, seront exposées des peintures moins connues du grand public, provenant de collections privées. Certaines de ces oeuvres seront visibles pour la première fois depuis des décennies.

Après les rétrospectives Modigliani (1990), Dubuffet (1993), Marie Laurencin (1993), Suzanne Valadon (1996), Kees Van Dongen (2002), Jean Fautrier (2004), Henri Cartier- Bresson (2005), Monet au Musée Marmottan et dans les collections suisses (2011), Sam Szafran (2012), M. Daniel Marchesseau, Conservateur général honoraire des Musées de la Ville de Paris et, par ailleurs membre du Conseil de la Fondation Pierre Gianadda, sera à nouveau commissaire de cette exposition.

Le catalogue de l'exposition Renoir reproduit en couleurs toutes les oeuvres exposées, avec des textes de Daniel Marchesseau, Lukas Gloor, Caroline Godfroy Durand-Ruel, Sylvie Patry, Hugues Wilhelm, Augustin de Butler, Cécile Bertran, Flavie Durand-Ruel, Marc Le Coeur.

Extrait de Renoir

L'homme qui aimait les femmes
par Daniel Marchesseau

Dans l'exercice de ce qu'il appelle non sans fierté son «métier», au sens le plus noble du terme, Renoir manie des «pinceaux de martre et des brosses plates en soie [de porc]». Il emploie surtout, dit-il, «Blanc d'argent, Jaune de chrome (sic), Jaune de Naples, Ocre jaune, terre de Sienne naturelle, vermillon, laque de Garance, vert Véronèse, vert Émeraude, Bleu de Cobalt, Bleu Outremer - l'ocre jaune, le jaune de Naples et la terre de Sienne n'étant que des tons intermédiaires, dont on peut se passer puisque vous pouvez les faire avec les autres couleurs», sans oublier «le noir, la reine des couleurs». Autant de tons chatoyants et d'accessoires rutilants qui révèlent bien sûr chez Auguste Renoir une nature fortement éprise de création à partir de pigments traditionnels, mais aussi et surtout un tempérament avide de mouvements et de raccourcis, impatient de réussite, ardent de désirs. Ses déclarations parfois lapidaires - que confortent certains écrits - affirment sa vocation souveraine de peintre absolu, comme on dit d'un musicien qu'il a l'oreille absolue. Au fil des décennies sinon des années, Renoir a cependant édulcoré sa palette - son admirateur le peintre Jacques-Émile Blanche lui en fera reproche avec véhémence après sa disparition - pour mieux traduire ses émois devant le corps féminin et décliner à l'envi ses galbes les plus suaves sinon les plus pulpeux. Le portraitiste qui s'est lentement imposé à Paris à force de conviction dans la bourgeoisie prospère du temps, comme auprès d'une critique qui a pu être cinglante, est aussi le peintre des femmes éternelles, le chantre de la volupté, celui qui a ressenti pendant plus d'un demi-siècle cette passion mentale, physique et sentimentale dont témoigne - autrement - un siècle plus tard «L'homme qui aimait les femmes», le séducteur Charles Denner qui assure avec une pudeur sans mélange le rôle-titre du film de François Truffaut (1977).
Après la quarantaine, Renoir passe outre les attaques The National Gallery of Art, Washington D.C. de certains chroniqueurs particulièrement virulents Chester Dale Collection, 1963 - «Essayez donc d'expliquer à M. Renoir que le torse d'une femme n'est pas un amas de chairs en décomposition avec des taches vertes violacées qui dénotent l'état de complète putréfaction dans un cadavre» (Albert Wolff, Le Figaro, 1876, cité par Anne Distel). Les astreintes du Salon aux décisions sans appel, la guerre franco-prussienne suivie de la Commune, les aléas des ventes aux enchères qu'il organise avec d'autres «refusés», les ondoiements secrets de sa vie amoureuse, participent de ces années de formation et d'affirmation où s'étoffent sa rage de peindre, son énergie à percer. Mais qu'en est-il des anecdotes et scories de la vie d'artiste, «l'héroïsme de la vie moderne» dont parle Baudelaire après les Scènes de la vie de bohème du météore en naturalisme, Henry Murger, la rencontre du rapin laborieux avec la très jeune Lise Tréhot - ont-ils seulement vécu ensemble malgré la naissance et l'abandon de deux nourrissons ? -, ses aventures d'homme à femmes avec quelques grisettes qu'il brosse avec tendresse clans des intérieurs en faire-valoir ou de lumineux plein-air au soleil de printemps ou d'été, la liaison longtemps oblitérée avec Aline Charigot qui souffrit naturellement de l'éclat un peu crâne de sa rivale, Suzanne Valadon ? Tous ces moments de vie se chevauchent et se suivent à un rythme accéléré qui tient à son appel vers la liberté de peindre, le rejet de tout instinct grégaire, l'impérieuse soif de réussite. Le travailleur acharné a pour ressort de faire partager son hédonisme visuel, son goût épicurien du plaisir à livrer une émotion subtile, offrir comme régal chromatique un beau ton en peinture - comme on le dit d'un spirituel mot d'auteur.
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