Genève sang dessus dessous : 5 fictions policières

Genève sang dessus dessous : 5 fictions policières

Quatrième de couverture

Cinq passionnés de polars. Une joyeuse bande. Tous proposent ici une histoire noire ayant pour cadre Genève. Manière pour eux de célébrer le bicentenaire de la police genevoise sur le mode littéraire. C'est Pierre Maudet qui a pris l'initiative de les réunir. Le ministre de la police en personne. Instructions ? Pas d'instructions ! Liberté totale. A chacun son style, son époque et ses personnages. Voici cinq nouvelles enlevées, inédites et bien contrastées.

Eric GOLAY - l'historien - nous entraîne dans les rebondissements d'un drame qui s'est déroulé à Genève voici près de deux cents ans. Vraiment ? En retrouvant son père, Anne plonge dans une affaire qu'elle croyait fictive. Mais tout le monde le sait : la fiction, parfois, rejoint la réalité.

Corinne JAQUET - la populaire - visite le zoo d'Aire en 1937. On retrouve un nettoyeur en mauvaise posture. Mort. Fils de gendarme, le jeune Marcel mène l'enquête derrière son père. Les hommes peuvent être mauvais témoins, ça oui. Mais les animaux n'oublient rien...

Luc JORAND - l'érudit - se demande qui pouvait en vouloir au vieil Ezéchiel. Et que faisait-il d'ailleurs dans ce parc, ce jour-là ? Serait-ce que... Mais oui ! Sa collection. Fabuleuse. Des centaines de manuscrits du XVIIIe siècle. Une valeur, vous n'avez pas idée.

André KLOPMANN - le polygraphe - fait disparaître un industriel bigot mais pas réglo. Et la chaise de Calvin. Puis un cabinet d'avocat. Invitant à Genève «son» commissaire du Quai des Orfèvres, Solnia, il déroule une fable sociale baignée non de sang, mais d'humour. Noir, bien sûr.

Sandra MAMBOURY - l'effrontée - met en scène une pop star américaine au Stade de Genève fin juin 2014, un amateur de Carambar, un flic boulimique, une comtesse alcoolique. Mais aussi une disparition mystérieuse, un crime dans un parc et... une petite robe noire.

Extrait de Genève sang dessus dessous : 5 fictions policières

Eric Golay

LE SOURIRE DE LA PANTHÈRE

Comme la maison est vide, à présent ! Il n'est pas temps de gémir, et pourtant je pense à tout ce qui s'est passé autour de moi au cours de ces derniers mois, à l'assassinat auquel j'ai échappé à deux et même trois reprises, à celle qui est morte à ma place, et au sort qu'a connu son assassin.
Ces événements tourbillonnent dans mon esprit, et pourtant je dois vivre avec, en conservant une terrible interrogation à propos de mon père et de son rôle dans la succession de ces drames. Vertigineuse aussi la pensée que tout cela est relié à des événements très anciens, à un drame primitif qui s'est déroulé voici bientôt deux cents ans, et qui semble s'être reproduit pour ainsi dire à l'identique aux temps que nous vivons.

* * *

Journal d'Anne de Pierrefranc, née Battant

Ma vie a changé du tout au tout depuis deux mois. C'est la mort de ma mère qui a tout bouleversé. Pauvre Maman ! J'étais revenue vivre chez elle, les derniers temps. Crise d'urémie. Ça n'a pas duré longtemps. Il a fallu que je m'absente un après-midi, et tout était fini. Au cimetière, il y avait quelques voisines qui m'ont dit «elle n'a pas eu de chance, la pauvre» et qui ne savaient pas s'il fallait me consoler ou me réconforter. Et puis, à la sortie du cimetière, un homme attendait, un parfait gentleman qui s'est approché de moi.
- Vous êtes bien la fille de Sylvie Battant, n'est-ce pas ? Et là j'ai compris.
Il s'est incliné.
- Hubert de Pierrefranc. Je suis votre père.
Il a ouvert la portière d'une magnifique auto.
- Voulez-vous monter ?
La voiture a démarré. Nous avons déjeuné dans un restaurant de campagne. La salle était peu peuplée, nous étions tranquilles.
J'ai été longue à dérider. Tout était si précipité ! Ce que j'ai saisi, c'est que ma vie allait changer. Du petit appartement sombre et misérable de la rue des Etuves, où logeait ma mère, j'allais passer à un hôtel particulier de la rue des Granges. Mon père m'était étranger, et pourtant je reconnaissais dans ses gestes, dans ses intonations, quelque chose de familier, quelque chose que je possédais en moi. Oui, j'étais une Pierrefranc. Une Pierrefranc élevée hors sol dans une rue où défilaient prostituées et travestis. Une Pierrefranc déracinée depuis sa naissance.