Hokusai

Hokusai

Quatrième de couverture

Grand peintre japonais et maître de la gravure sur bois, Hokusai est l'un des artistes les plus célèbres et les plus importants de l'histoire de l'art. Tout le monde connaît l'estampe intitulée Sous la vague au large de Kanagawa, qui ouvre la fameuse série des Trente-Six Vues du mont Fuji, mais ces superbes paysages ne doivent pas nous faire oublier les milliers d'oeuvres remarquables que nous a laissées ce «fou de dessin», comme il se définissait lui-même. Ce touche-à-tout de génie pratiqua en effet tous les genres traditionnels : portraits de geisha, d'acteurs de kabuki et de lutteurs de sumô, scènes de la vie quotidienne, cartes de voeux raffinées (surimono), illustrations de romans et de poésies ou encore manuels didactiques.

Cent cinquante ans après la vague du japonisme qui déferla sur l'Europe, l'oeuvre d'Hokusai continue de susciter engouement et fascination, comme en témoignent les deux dernières rétrospectives - l'une à Berlin, au Martin-Gropius-Bau, en 2011, l'autre à Paris, au Grand Palais, en 2014 - consacrées au grand maître japonais. Cet ouvrage exceptionnel nous invite à découvrir le travail et la vie de cet artiste prolifique à travers le catalogue des quelque 400 oeuvres exposées à Berlin et dont la plupart n'étaient alors jamais encore sorties du Japon.

Plus grand spécialiste japonais de l'oeuvre d'Hokusai, Nagata Seiji, le directeur d'ouvrage, fut commissaire de la rétrospective de Berlin en 2011 et a également assuré le commissariat de l'exposition organisée au Grand Palais, à Paris, en 2014.

Extrait de Hokusai

Artiste prolifique qui marqua la vie culturelle du Japon et influença profondément le reste du monde, Hokusai fut reconnu et exposé en Occident dès la fin du XIXe siècle. Curieusement, l'artiste japonais fut absent de la scène culturelle allemande pendant près d'un siècle et demi, mais cette lacune fut comblée en 2011 par une superbe rétrospective organisée à Berlin dans le cadre des festivités marquant les 150 ans d'amitié entre l'Allemagne et le Japon, sous le haut patronage de l'ambassade du Japon, par le Martin-Gropius-Bau et le Berliner Festspiele.
Cette rétrospective fut une manifestation inédite par son ampleur, puisque le grand musée berlinois exposa 440 oeuvres d'Hokusai, dont certaines n'étaient encore jamais sorties du Japon et dont le présent ouvrage constitue le catalogue. Pour présenter ce peintre hors du commun, le commissaire de l'exposition Nagata Seiji opta pour l'ordre chronologique, un choix justifié par le fait qu'Hokusai travailla sous une centaine de noms et de pseudonymes différents, dont les six retenus ponctuent les périodes stylistiques les plus importantes de son oeuvre et marquent les six grandes phases de sa carrière.
Une carrière longue de soixante-dix ans, puisqu'Hokusai s'éteignit en 1849, à l'âge respectable de quatre-vingt-neuf ans. Né en 1760 dans un faubourg campagnard d'Edo - ville alors en plein essor rebaptisée Tôkyô en 1868 -, sur la rive orientale du fleuve Sumida, il eut une vie mouvementée et ne cessa de déménager. Doué d'une curiosité artistique insatiable et d'une extraordinaire capacité de travail, ce touche-à-tout de génie a laissé une production monumentale, composée de quelque 30000 oeuvres remarquables tant par leur qualité esthétique que par leur variété stylistique.
Hokusai pratiqua tous les genres traditionnels - peintures, dessins, gravures, livres illustrés, manuels didactiques -, mais c'est dans les années 1830, à plus de soixante-dix ans, avec ses grandes séries de paysages, qu'il rompit avec la tradition de Yukiyo-e et donna une vigoureuse impulsion à l'estampe japonaise. Il adopta un style original réalisant la synthèse entre son acquis oriental et l'assimilation des influences occidentales - la perspective notamment, et l'utilisation du bleu de Prusse - pour composer des paysages inattendus, d'une saisissante beauté.
Composée en réalité de 46 estampes, la célèbre série des Trente-Six Vues du mont Fuji, qui lui valut la reconnaissance internationale, est dédiée à la montagne sacrée du Japon, mais constitue avant tout un superbe hommage au peuple japonais. Car, à travers ses créations au contenu souvent symbolique, Hokusai raconte la vie quotidienne de son pays : l'artiste met en scène des jolies femmes, des hommes ventrus, des lutteurs de sumô, des acteurs de kabuki, des guerriers farouches, des paysans laborieux et des démons inquiétants. Il célèbre aussi la beauté de la nature japonaise et, lorsqu'il dépeint la flore ou la faune, c'est avec une précision de naturaliste. La multiplicité de ses sujets, son humour manifeste et son intérêt pour ses contemporains, qu'il s'agisse d'enfants, de samurai, de courtisanes ou de pêcheurs, témoignent de son enracinement dans la société japonaise.
Confronté aux oeuvres d'Hokusai, le spectateur occidental se retrouve transporté dans un univers dont il ne connaît pas les codes, mais dont le charme apparaît au détour d'un kimono, d'une représentation de kabuki ou d'une plantation de thé. Cette fascination explique la vague du japonisme qui déferla sur l'Europe à la fin du XIXe siècle et l'influence qu'exerça Hokusai sur les impressionnistes - de Monet à Van Gogh en passant par Pissaro, Degas, Manet et tant d'autres -, qui trouvèrent dans ses estampes de nouvelles voies d'exploration bouleversant l'ordre académique établi.