Etienne Cabet ou Le temps de l'utopie

Etienne Cabet ou Le temps de l'utopie

Quatrième de couverture

Mars 1848. Soixante-neuf Français, tous vêtus d'un chapeau blanc à large bords et d'une veste en velours noir, débarquent à la Nouvelle-Orléans, suscitant l'étonnement des habitants. Ils ont abandonné famille et biens personnels pour fonder, au coeur des terres vierges du Texas, une société utopique, Icarie, où régneront l'équité, le partage et la solidarité. Mais de la théorie à la pratique, la route est longue. Comme celle qu'il leur faut suivre le long de la Rivière rouge : plus de 400 kilomètres de territoires hostiles, peuplés d'Indiens. À l'arrivée, on manque d'outils, on n'est pas préparé aux rigueurs du climat, ni aux exigences de l'agriculture locale. Et l'idéal communautaire de se fissurer peu à peu.
C'est par un homme qui fut en son temps l'une des grandes figures du socialisme utopique, aujourd'hui tombé dans l'oubli, que cette quête d'un paradis terrestre a été menée : Etienne Cabet. Condamné à deux ans de prison en 1834 par le gouvernement de Louis-Philippe qui voyait en lui un dangereux factieux, Cabet s'exila en Angleterre où il passa des journées entières à la bibliothèque, dévorant les grands auteurs humanistes et élaborant, dans son Voyage en Icarie, cette société idéale qu'il choisira d'implanter aux États-Unis. Mais confronté aux dures réalités du terrain, le penseur idéaliste se métamorphosera en un surprenant chef de secte...

Docteur en histoire, François Fourn est l'auteur d'une thèse, Etienne Cabet (1788-1856), une propagande républicaine, d'où est tiré le présent ouvrage. Il a également publié de nombreux articles sur Etienne Cabet, les Icariens, sur l'anticommunisme ainsi que sur Proudhon.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Dominique Kalifa - Libération du 30 octobre 2014

Extrait de Etienne Cabet ou Le temps de l'utopie

Extrait de l'introduction

L'oubli
Il existe dans l'Iowa aux États-Unis un lac de 650 acres qui s'appelle le lac Icaria, et la tombe d'Etienne Cabet à Saint-Louis, dans le Missouri, est toujours entretenue. Il y a des Américains qui se souviennent de lui et de son oeuvre. Par contre, comme celui d'Icarie, son nom a disparu de la mémoire des Français et cela depuis très longtemps - dès sa mort peut-être, en 1856. À Paris, la postérité a réservé un sort très différent à quelques-uns de ses contemporains auxquels il pourrait pourtant être comparé, notamment pour le rôle qu'il a joué autour de 1848. Le souvenir de Barbes, Blanqui, Raspail, Louis Blanc, Ledru-Rollin, Arago, Pierre Leroux, Victor Considérant ou Lamennais est réactivé chaque jour au passage de rues, de boulevards ou de stations du métro qui portent leur nom. Le contraste est saisissant entre la notoriété qu'il connut de son vivant, au moins égale à celle de ces derniers, et l'oubli presque complet dans lequel il est tombé de ce côté-ci de l'Atlantique. Seuls quelques architectes passionnés par l'histoire de l'urbanisme, des philosophes, des historiens spécialistes du XIXe siècle le connaissent encore aujourd'hui. Pourtant, même parmi eux, peu d'érudits peuvent se prévaloir d'une véritable familiarité avec lui. Il intrigue plutôt. En Europe, les publications d'ouvrages dont il fait l'objet sont d'une grande rareté. Les derniers grands travaux de recherche publiés sur Cabet en France, pays où il a été un républicain de premier ordre et le plus notable des premiers communistes, datent de 1907. Il s'agit de la thèse de Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Etienne Cabet. Depuis ce remarquable travail, l'essentiel de ce qui a été publié sur Cabet ou les Icariens a été l'oeuvre d'historiens américains, les plus importants étant Christopher H. Johnson et Robert P. Sutton. Le premier a travaillé, dans les années 1960, sur les communistes icariens en France et le second sur l'implantation de Cabet et de ses disciples dans l'Illinois et l'Iowa.
Le propos du présent ouvrage n'est pas de chercher à réparer une injustice ni de contribuer à un quelconque équilibre mémoriel entre la France et les États-Unis. Par le recours au récit biographique, il est de poser la question de l'éviction, du refoulement hors de l'espace public français du nom de Cabet, de l'effacement rapide de tout ce qu'il a été en France après les révolutions de 1830 et de 1848.