Dictionnaire amoureux de la langue française

Dictionnaire amoureux de la langue française

Jean-Loup Chiflet, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Les livres tiennent vraiment beaucoup de "place" dans ma vie, à tel point qu'il n'y a plus de "place" dans ma bibliothèque.

Quatrième de couverture

«Il y a mille et une façons de déclarer sa flamme à notre belle langue française, à laquelle Voltaire trouvait du "génie", et qui a déjà été, au cours des siècles, maintes fois honorée à sa juste valeur par de grands écrivains, qu'ils soient passeurs, inventeurs ou francs-tireurs : de Rabelais et Montaigne à Raymond Devos et Georges Perec.
J'ai pour ma part choisi de la célébrer d'une façon plus légère en la regardant de profil, c'est-à-dire en insistant plutôt sur son histoire mouvementée, ses subtilités et les surprises qu'elle nous offre sans cesse comme autant de beaux cadeaux : les mots obsolètes, l'accent circonflexe, les drôles de toponymes ou antonymes et autres anaphores.
Oui, j'aime cette langue autant pour ses trésors que pour ses insuffisances et ses défauts. Quand on aime, on aime tout... et rien n'est plus émouvant que de débusquer la faiblesse de l'être aimé.»

J.-L. C.

Jean-Loup Chiflet est l'auteur d'une soixantaine d'ouvrages dont le mémorable Sky My Husband ! Ciel mon mari ! Il boucle ici sa trilogie sur ses thèmes de prédilection, l'humour et la langue, qu'il avait amorcée avec Oxymore mon amour ! et le Dictionnaire amoureux de l'humour.

Extrait de Dictionnaire amoureux de la langue française

Avertissement

Être «amoureux» d'une langue, c'est lui trouver un souffle, une virtuosité, voire du «génie», comme Voltaire qui dans son Dictionnaire philosophique rappelle que «le génie d'une langue, c'est son aptitude à dire de la manière la plus courte et la plus harmonieuse, ce que les autres langues expriment moins heureusement».
Voltaire pensait-il en écrivant ces lignes que notre langue, à qui je déclare ma flamme tout au long de ces quelque sept cents pages, était bien celle qui s'exprime «plus heureusement» que les autres ? Sans doute, et il n'est pas le seul car bien d'autres présents dans ce livre se sont épris, entichés, passionnés, énamourés, et ont bien mieux que je ne vais le faire su exprimer leur passion pour celle dont «la clarté et la netteté font qu'elle est la langue internationale de la culture» (Rivarol, Discours sur l'universalité de la langue française).
Mais ce «génie» dont parle Voltaire est complexe et on ne peut le découvrir qu'en observant ses particularités. Chaque langue a ses finesses et ses désagréments, ses réussites et ses faiblesses. Dans tous les cas il s'agit de dire le monde, d'analyser la réalité à laquelle nous sommes confrontés et de permettre de mieux la vivre.
Mais qu'est-ce qui est particulièrement réussi dans la langue française ? En quoi s'avère-t-elle si précieuse ? Et, à l'inverse, quelles sont ses lourdeurs et ses inélégances ?
Autant de questions auxquelles je me dois de répondre, et ce n'est pas parce que je me sais amoureux, donc subjectif, que je vais taire les insuffisances et les défauts de l'élue de mon coeur. Quand on aime on aime tout... et rien n'est plus émouvant que de débusquer les faiblesses de l'être aimé.
Certes, regarder sa propre langue comme la plus belle et la meilleure de toutes est une forme de chauvinisme assez courante, et celui qui s'y adonne ne connaît pas les langues étrangères. Il en existe encore quelques milliers à travers le monde. Et c'est cet excès d'affection un peu narcissique qui fait dire à Philippe Sollers que «les textes littéraires étrangers s'améliorent quand on les traduit en français». Cela évidemment n'engage que lui, mais il est vrai qu'on l'a souvent dit de Dostoïevski et même de Heidegger, qui pourtant voyait dans le grec ancien et l'allemand des langues exceptionnelles, et «les seules dans lesquelles on puisse philosopher».
J'ai lu quelque part qu'être amoureux de la langue française c'est être amoureux de ce pays, dans sa diversité, ses nuances et ses surprises. Sans doute, mais cela ne veut pas dire qu'elle doive rester confinée à l'intérieur de ses frontières. Il faut au contraire qu'elle s'ouvre au monde et au partage, et qu'elle accepte, comme le rappelle Le Clézio, «qu'elle n'est plus seulement le pays de Voltaire, de Condorcet, de Michelet et de Lamartine. C'est aussi le pays d'Aimé Césaire et d'Édouard Glissant». J'ajouterai, et de tous ceux aussi qui, comme Cioran, Beckett ou Ionesco, ont choisi délibérément le français au détriment de leur langue maternelle.
(...)