La mode à la cour de Marie-Antoinette

La mode à la cour de Marie-Antoinette

Quatrième de couverture

Sous le règne de Louis XVI, la mode connaît à Versailles d'importantes mutations. Si, à l'occasion des cérémonies officielles, le costume et la parure sont strictement codifiés, de nouvelles libertés apparaissent autour de 1780, dans un contexte de retour à la nature et une envie de simplicité. À la cour, ces Innovations restent encadrées mais sont vivement soutenues par la reine elle-même. Toute une administration, la Garde-Robe, est pourtant chargée de l'habillement des souverains, selon un protocole précis. Mais l'importance accordée par la reine aux fournisseurs, comme la fameuse Rose Bertin, favorise l'apparition de nouveautés.
S'appuyant sur une riche iconographie, représentations peintes, dessinées et gravées des costumes mais également costumes anciens encore conservés, l'ouvrage montre comment à la cour, entre 1774 et 1792, la mode oscille entre respect des conventions et désir de changement. Loin d'être anodin, le choix de son costume est alors chargé de significations.

L'auteur

Historienne et historienne de l'art, Juliette Trey a été conservatrice au château de Versailles. Alors en charge des peintures du XVIIIe siècle et des pastels, elle a été commissaire de plusieurs expositions, notamment Madame Elisabeth, une princesse au destin tragique (Versailles) et Le Versailles de Marie Leszczynska (Varsovie). Depuis 2013, elle est conservatrice au musée du Louvre, responsable des dessins français des XVIIe et XVIIIe siècles.

Extrait de La mode à la cour de Marie-Antoinette

HABILLER LA COUR

LA MODE EN 1774
Loin d'être secondaire, la mode était au coeur de la vie de cour à Versailles. Elle inaugurait la journée avec les levers du roi et de la reine, véritables séances d'habillage publiques. Elle s'accordait aux événements, petits ou grands, qu'étaient les présentations à la cour, les bals, les baptêmes ou les deuils. Mais les costumes de cour dictaient aussi leurs attitudes aux courtisans, que corsets, paniers ou habits guindaient ou entravaient. Enfin ces parures bruissaient de froissements de taffetas et de pékin de soie et donnaient ainsi vie aux appartements qu'elles coloraient d'une infinie variété de tons. Arrivée à Versailles en mai 1770 pour épouser le petit-fils de Louis XV, le dauphin Louis, futur Louis XVI, la jeune archiduchesse Marie-Antoinette découvrit une vie de cour bien différente de la simplicité autrichienne qu'elle avait connue jusqu'alors. Chaque journée des souverains était régie par l'étiquette et, comme l'écrit justement Madame Campan dans ses Mémoires, «En parlant ici d'étiquette, je ne veux pas désigner cet ordre majestueux établi dans toutes les cours pour les jours de cérémonies. Je parle de cette règle minutieuse qui poursuivait nos rois dans leur intérieur le plus secret.» La dauphine subissait ainsi les nombreuses contraintes imposées par Versailles, telles que les cérémonies du lever et du coucher ou, ce qui lui pesa certainement le plus, le Grand Couvert, repas pris en public. Mais si Marie-Antoinette accepta difficilement les rigueurs de l'étiquette, elle s'intéressa rapidement et avec plaisir à la mode. Devenue reine après la mort de Louis XV en mai 1774, elle devint l'ordinatrice des modes à Versailles, n'hésitant pas à bousculer le protocole pour choisir les robes et les coiffures qui lui convenaient. Habilement, elle s'appropria les codes versaillais, déjà présents sous le règne de Louis XV, qu'elle fit évoluer en partie selon les goûts et les pratiques de la fin du XVIIIe siècle.
Éphémères, les costumes ont presque entièrement disparu avec ceux qui les ont portés à Versailles. Les vêtements des souverains étaient en effet donnés chaque année aux membres de leurs Garde-Robes, chargés de leur habillement. Ceux-ci ne pouvaient pas les porter en l'état et devaient alors les faire retailler pour leur propre compte. Mais le plus souvent ces costumes étaient revendus à des fripiers ou donnés à des églises. Aujourd'hui, rares sont les costumes des membres de la famille royale encore conservés et l'extrême fragilité des textiles rend très précieux les quelques habits de courtisans qui sont parvenus jusqu'à nous. Les documents d'archives aident à comprendre l'organisation administrative des services de la Garde-Robe du roi et de la reine et de saisir la diversité des fournisseurs de la cour. Ces papiers produits par la Maison du roi et de la reine sont aujourd'hui conservés aux Archives nationales, dans la série O1, et livrent de nombreux détails précieux. La Gazette des atours de Marie-Antoinette (1782) et celle de sa belle-soeur Madame Elisabeth (1792), regroupant des échantillons de tissus, sont sans doute les pièces d'archives les plus séduisantes, même si elles restent encore en partie mystérieuses. Les mémoires et correspondances des contemporains permettent pour leur part de mieux comprendre comment la mode était perçue et pratiquée. Les premiers journaux de mode s'avèrent également très utiles pour, se représenter les robes et habits : les planches gravées de la Galerie des modes et costumes français, d'après des dessins de Claude-Louis Desrais, Pierre Thomas Le Clerc, Watteau de Lille ou Augustin de Saint-Aubin, dévoilent tous les types d'habits portés par Marie-Antoinette. Le Monument du costume physique et moral, illustré par Moreau le Jeune, associe costumes et décors avec une grande exactitude, faisant évoluer une jeune femme et un petit-maître dans différentes saynètes. Les portraits peints mettent aussi en avant costumes, coiffures et accessoires en faveur à la cour mais doivent être analysés différemment des gravures de mode. Leur objectif n'est pas de documenter un vêtement avec précision mais bien de valoriser un modèle. Ils trahissent la portée symbolique de chaque robe, de chaque habit.