Théâtre au présent. Volume 4, Jeunes publics : 25 représentations de pièces d'auteurs belges francophones

Théâtre au présent. Volume 4, Jeunes publics : 25 représentations de pièces d'auteurs belges francophones

Quatrième de couverture

La collection Théâtre au Présent dresse un tableau varié et représentatif de la vitalité et de l'extrême diversité des écritures dramatiques contemporaines en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Elle est destinée aux metteurs en scène, comédiens et responsables culturels avides de découvrir de nouvelles écritures, désireux de travailler sur des pièces récentes ainsi qu'aux étudiants, enseignants, traducteurs et autres lecteurs curieux de connaître les nouveautés en matière de théâtre.

Ce quatrième volume consacré au théâtre jeunes publics est le fruit d'une collaboration entre la Chambre des Théâtres pour l'Enfance et la Jeunesse et le Centre des Écritures Dramatiques Wallonie-Bruxelles.

Extrait de Théâtre au présent. Volume 4, Jeunes publics : 25 représentations de pièces d'auteurs belges francophones

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES

Julie Annen
d'après Hans Christian Andersen

Le choeur : La petite fille entre dans la petite ville. La première maison est celle de la grosse femme. Elle l'aperçoit à travers les vitres de sa cuisine. Elle est toute rouge.

La grosse femme : La petite sort du bois. Elle me regarde, je tire le rideau. J'ai encore plein de choses à préparer avant l'arrivée des invités. Il faut qu'elle comprenne. Je n'ai pas que ça à faire de m'occuper de ses petites histoires.

La petite fille : Pourquoi la grosse femme ferme ses rideaux quand je lui fais signe ? D'habitude elle me parle. Elle donne même des choses à maman. En plus, je suis sûre qu'elle a des allumettes.

Le choeur : La rue descend jusqu'à la grand'place. Les pantoufles de la petite fille claquent sur le béton gelé. Le trottoir glisse. Ses pieds sont tellement froids qu'elle ne les sent presque plus. Pourtant elle court.

Tom : Elle me rentre dedans, de plein fouet. Nous tombons tous les deux par terre. Elle me regarde comme si elle venait de se réveiller d'un cauchemar. Je lui tends la main pour l'aider à se relever. Elle ne me dit pas un mot. Son silence est tellement fort que je n'ose pas parler non plus. Ses yeux paraissent immenses.

Elle se lève, fait tomber la neige de son gilet rouge et repart en courant. Ne pars pas ! Le vent emporte ma voix dans une autre direction.

La petite fille : Je ne l'ai même pas vu. À cause du vent. J'ai un point de côté. Mémé disait que pour enlever les points il fallait serrer ses poings. Je serre ma main très fort. Ça me fait mal aux doigts.

Le choeur : Elle arrive sur la grand'place, passe devant le sapin de Noël et fonce à l'épicerie. Mais sur la porte :

Écriteau : L'épicerie est fermée ce vendredi 31 décembre. Bonne fête à tous et à l'année prochaine.

Elle tambourine sur la vitrine. Elle tambourine de toutes ses forces. Mais personne ne l'entend. Derrière les rideaux de son bureau, le maire l'observe discrètement.

Le maire : Une vandale ? Non ! C'est une petite fille. Qu'est-ce qu'elle fiche dehors par ce temps : il neige et tout ce vent ! Mais. Je la connais. C'est la petite du camping-car. Avant j'étais assez ami avec son père. On faisait des affaires ensemble. Et puis il a fait faillite et... Comment elle s'appelle cette gosse déjà ? Je lui avais offert un chiot quand elle était toute petite-La petite fille : Babar, je l'avais appelé Babar.

Le maire : Babar. Étrange, je me souviens du nom du chien mais pas de celui de la gosse.

Le choeur : La petite fille est toute seule. Elle ne sait plus quoi faire. Elle se retourne. Le sapin est là couvert de guirlandes et de boules dorées, une étoile lumineuse accrochée à sa cime, touffu, joufflu. Comme un grand bonhomme. Elle le regarde, un sourire sur les lèvres. Elle n'entend pas Diego arriver.

Diego : Heu, petite, ça va ?

(...)