Revue de l'art, n° 186. Architecture du XXe siècle

Revue de l'art, n° 186. Architecture du XXe siècle

Quatrième de couverture

Éditorial

Bernard Toulier
Le patrimoine de l'architecture du XXe siècle : un changement de politique ?

Présentation

Richard Klein, Bernard Toulier
Ecrire l'architecture, construire l'histoire, fabriquer le patrimoine

David Peyceré
Les archives d'architecture entre «trop-plein» et effets de seuil

Anne-Marie Châtelet
Nouveaux programmes et typologie. L'exemple des architectures de l'éducation

Franz Graf, Giulia Marino
Pour un «Observatoire du patrimoine moderne et contemporain»
De l'histoire matérielle du bâti à l'histoire matérielle du projet de sauvegarde

Jean-Louis Cohen
Modernité et internationalisation

Johan Lagae, Bernard Toulier
De l'outre-mer au transnational
Glissements de perspectives dans l'historiographie de l'architecture coloniale et post-coloniale

Ana Tostoes
La diffusion de l'architecture moderne. Entre l'Afrique et le Brésil, Le Corbusier comme repère

Simon Texier
Les villes neuves du Golfe, ou les horizons d'Abu Dhabi

Gilles Ragot
L'historien, l'architecte et le politique
Du respect de la juste distance

Antoine Picon
L'architecture saisie par le numérique : théorie, histoire, archéologie


Bibliographie critique

Extrait de Revue de l'art, n° 186. Architecture du XXe siècle

Éditorial

Le patrimoine de l'architecture du XXe siècle : un changement de politique ?

«Architecture du XXe siècle : domaine du patrimoine ?», titrait l'Éditorial du n° 118/1997-4 de la Revue de l'Art, signé par François Loyer. La même année s'ouvrait au Palais d'Iéna l'exposition nationale sur le thème des «Mille monuments du XXe siècle», première prise de conscience de l'effet de la protection au titre de la loi sur les Monuments Historiques sur ce patrimoine récent. Il aura fallu près de quarante ans, après l'impulsion initiale par le ministère des Affaires Culturelles dès sa création, pour que l'architecture du XXe siècle entre de plein droit dans le champ patrimonial.

Un remarquable effort de protection malgré les nombreuses disparitions

Aujourd'hui, la «fabrique du Patrimoine du XXe siècle» est bel et bien lancée. Chaque année, le taux des protections portant sur ce siècle est en augmentation relative eu égard à la baisse générale du nombre des protections au titre de la loi de 1913 sur les Monuments historiques caractéristique d'un désengagement de l'État. La machine tourne à plein régime et les dossiers débattus dans certaines commissions nationales des Monuments historiques sont composés à plus de 50 % d'édifices du XXe siècle. Les efforts de ces dernières décennies sont considérables, mais les édifices protégés du siècle dernier sont encore loin de représenter 5 % de l'ensemble du corpus des Monuments historiques.
Dans la rubrique nécrologique de nos «chers disparus», la litanie des dernières disparitions majeures est impressionnante, comme la piscine Molitor à Paris (Lucien Pollet, 1929) en grande partie démolie en 2012 malgré son inscription en totalité le 27 mars 1990 au titre de la loi sur les Monuments historiques, la cité des Poètes à Pierrefitte-sur-Seine avec les ensembles Brassens et Desnos édifiés à partir de 1977 (Euvremer ; Padron-Lopez), ou le siège de Sanofi Aventis à Rueil-Malmaison pour la société Sandoz (Martin Burckhardt et Bernard Zerhfuss, assisté de Jean Prouvé, 1968).
Les conflits se multiplient et le ministère de la Culture doit sans cesse allumer des contre-feux en établissant dans l'urgence de multiples instances de classement visant à reconsidérer les projets de démolition. Dans l'affaire de la halle de Fontainebleau (Nicolas Esquillan, 1940-1941), la ministre de la Culture Aurélie Filippetti décide le 23 juillet 2013 contre toute attente l'annulation de la demande d'instance prise par elle-même quatre mois plus tôt, laissant ensuite la place aux pelles des démolisseurs, malgré une large mobilisation des grands noms de l'architecture, de l'ingénierie et des travaux publics.
Actuellement, la situation est aussi dans l'impasse pour le «57 Métal», bâtiment d'architecture industrielle édifiée pour les usines Renault (Claude Vasconi, 1984), après une instance de classement non aboutie. Le 29 juillet 2014, le ministre de la Culture confie une mission de médiation à l'ancien directeur de l'architecture et de l'urbanisme Jean-Pierre Duport. «Cette médiation préfigure l'esprit des dispositions en projet dans la future loi relative aux patrimoines culturels pour une meilleure prise en compte du patrimoine architectural et urbain récent dans les processus de transformation du territoire», ajoute le ministère.
Ces volte-faces et ces médiations incessantes ne sont-elles pas l'aveu d'une incapacité d'expertise à enrayer l'hémorragie des disparitions : pour une «Halle Freyssinet» protégée de haute lutte, combien de «Halles de Fontainebleau» perdues ?

(...)

Bernard Toulier
Conservateur général honoraire du patrimoine,
30, rue des Petites Écuries 75010 Paris