Writing on the edge : 25 ans d'écrits rock

Writing on the edge : 25 ans d'écrits rock

Quatrième de couverture

«Jérôme fait partie de ces types convaincus que la musique populaire est une forme d'art, pas une pompe à fric. Ce qu'il écrit vient du coeur. Il appartient à une espèce en voie de disparition. C'est un critique bardé d'intelligence et d'une honnêteté à toute épreuve, aussi tumultueux qu'un torrent.» Iggy Pop

Début des années 1970 au Havre : avec son argent de poche, Jérôme Soligny achète tous les mois les magazines Rock&Folk, Best et Extra chez te libraire de son quartier, sur tes hauteurs de la. ville. Et il s'arrange pour voler au moins deux des trois chez un autre, des exemplaires qu'il découpe pour décorer sa chambre d'ado tombé très tôt dans la marmite du rock et de la pop.
Début 2013, Jérôme et sa famille vivent toujours de cette musique qu'il aime plus que tout, depuis près de quatre décennies.

Jérôme Soligny est musicien, compositeur (pour Etienne Daho notamment - «Duel Au Soleil», «La Baie»), journaliste, romancier (7e suis mort il y a vingt-cinq ans), biographe, poète, traducteur et conseiller de la rédaction à Rock&Folk depuis les années 90. Il travaille aussi, régulièrement, pour certaines de ses idoles parmi lesquelles David Bowie, Paul McCartney ou Bryan Ferry. À travers cinquante de chapitres consacrés à autant de figures majeures du rock (interviews exclusives, textes intégraux d'articles publiés dans Rock&Folk, tous remis en perspective), c'est «l'épopée» (dixit Philippe Manoeuvre) de Soligny et des rockers qui l'ont marqué, que raconte Writing On The Edge.

Enrichi de déclarations exclusives de ses proches parmi les artistes évoqués (David Bowie, Paul McCartney, Bryan Ferry, Iggy Pop, Neil Tennant ou Brett Anderson), mais également d'amis fidèles du métier, journalistes, musiciens et lecteurs anonymes, toutes générations confondues, à qui ses articles ont plu ou dont ils ont modelé le cours de l'existence, cet ouvrage serait certainement celui de sa vie si Jérôme Soligny n'avait pas choisi d'en avoir plusieurs.

Extrait de Writing on the edge : 25 ans d'écrits rock

MÉNAGE À TROIS

Panic in Le Havre
par Philippe Manoeuvre

«Ainsi luttons-nous, barque fragile, contre un courant qui sans cesse nous rejette vers le passé...»

Depuis 1966, Rock&Folk avait su accompagner le rock naissant. Surgissant dans ce qu'on considère comme l'âge d'or (pop music, contre-culture et pédale wah-wah), le magazine se signalait par des plumes racées, Paringaux et Dister, Alessandrini et Adrien, Ducray, Garnier, du Havre déjà, tant d'autres sans compter les épisodiques visites de William Burroughs, Jean-Jacques Schuhl ou Jack-Alain Léger.
Rock&Folk, sur tous les fronts au fait, voyait le rock s'émanciper des vieux codes du Métier, traçant en chansons binaires la fulgurante route de l'époque la plus folle. Le rôle des rock critics de la première et fondatrice génération fut d'abord de délimiter le périmètre. Circonscrire le territoire. Questionner les Beades, Hendrix et Mick Jagger, Janis et Zappa, Beefheart et Clapton. Puis écrire la légende : légende des Beatles, des Rolling Stones, des Doors et de Led Zeppelin, de Pink Floyd et des Who (n'oublions pas, n'oublions jamais les Who).
L'apport glam conjuguait flair pop et outrage d'époque. C'est en 1973 que le rock défonce les hit-parades et fait irruption dans les hypermarchés, au risque d'en devenir un. Par la suite, le rock critic seconde génération se devait bien sûr de douter, persifler, signaler avec insolence la cruelle nudité du roi. Combat perdu ? Fort Alamo du nostalgique ? À partir de 1984, porté par les chaînes télé et le CD triomphant, le rock grossirait encore et encore, jusqu'à disparaître un jour tout à fait.
Fils du Havre, Jérôme Soligny est apparu dans les colonnes de Rock&Folk à une époque où la deuxième génération des rock critics français s'en était allée voir du côté des médias si on avait besoin de sa verve. Au moment où surgit Jérôme, le crash entamé avec Guns N'Roses allait bientôt s'avérer terminal (Kurt Cobain).
Au milieu de tout cela, cette histoire en perpétuelle réévaluation, de la brit-pop au grunge, de la techno à l'electro pop, Jérôme Soligny représente un apport fondamental : c'est un musicien qui prend la page. Un chanteur qui recueille les confidences de collègues. Un écrivain de chansons qui taquine le Beade sur l'art de l'oratorio... Foin d'imprécateurs gonzo, trêve de visionnaires, le rock, à ce moment précis de sa trajectoire, avait grand besoin de cette nouvelle façon de l'envisager.
Et voilà pourquoi la plume élégante, vibrionnante et taquine de Jérôme accompagne le magazine durant l'une de ses phases les plus noires : les sept années techno deuil qui suivent la disparition de Kurt Cobain, jusqu'à la sortie du premier album des Strokes (septembre 2001) et à nos jours.
Musicologue pointu, incollable sur le rock britannique, fasciné par la langue américaine, féru de studios, connaissant le Who's Who des producteurs, Jérôme a aidé la critique française à réinventer le rock.
Car à demi mort, laissé au rebut, le rock'n'roll devenait un blême étendard à ravauder, défendre, protéger. Comme nous, avec nous, Jérôme s'y est employé article après article, interview après chronique. Avec ses marottes (Jeff Beck, Deep Purple, Alvin Lee), mais toujours prêt à rallier de jolies nouvelles croisades (Blur, Coldplay). Notre homme Jérôme, par ses entretiens perspicaces, ses conseils généreux ou ses mordantes épigrammes, comble le gouffre qui s'était creusé entre musiciens et rock critics.
(Vous l'aurez remarqué : j'écris depuis toutes ces lignes sur Jérôme Soligny et nulle part encore n'est apparu le nom du Thin White Duke, ni celui d'Éric Dahan non plus.)
Durant toutes ces années, clairement, le «Djé» a donné toute sa Foi, sa vigueur et sa fougue à Rock&Folk. Rock&Folk, cruelle maîtresse ! Pour des impératifs de place, de bouclage dément, etc., nous n'avions pu publier tous ces papiers in extenso. Prosélyte généreux, il faut préciser que Soligny préfère retranscrire dans la nuit du retour au Havre toute une interview de Paul McCartney ou David Gilmour qu'il balance au journal dans son intégralité avec une ponctualité d'ultime pro, «prenez ce qu'il vous faut».
(...)