Le martyre de Kiev

Le martyre de Kiev

Quatrième de couverture

Grande et terrible avait été la mille neuf cent dix-huitième année après la naissance du Christ, mais la suivante, 1919, fut pire encore.
Mikhaïl Boulgakov

Kiev, février 1919. L'Armée Rouge pénètre dans la ville, fermement décidée à reprendre l'Ukraine aux nationalistes, tandis que les forces blanches, partisanes d'une Russie indivisible, se préparent elles aussi au combat.
C'est le début d'un déchaînement de violences sans fin. De nouvelles institutions font leur apparition, directement inspirées par le régime soviétique : police politique et camps de concentration. De leur côté, les paysans ukrainiens, ponctionnés sans relâche par tous les prétendants au pouvoir, s'insurgent pêle-mêle contre les bourgeois, les officiers, les Russes, les Juifs...
Entre guerre de partisans, persécutions antisémites et catastrophe sanitaire, la ville, plongée dans l'horreur de la guerre moderne, perd en quelques mois près du tiers de sa population. Jusqu'en 1922, elle connaîtra près d'une vingtaine de gouvernements. Privilégiant la parole des témoins, l'auteur retrace les affrontements qui firent rage dans la capitale ukrainienne durant cette année terrible. Il décrit le quotidien de ses habitants et révèle les tensions sociales qui déchirèrent le pays. Pour mieux discerner les enjeux d'un conflit dont la mémoire et les répercussions sont encore à l'oeuvre dans les bouleversements d'aujourd'hui.

Thomas Chopard est doctorant en histoire à l'École des Hautes en Sciences Sociales (EHESS) au sein du Centre d'études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC). Ses recherches portent sur l'histoire de l'Ukraine soviétique et des populations juives d'Europe orientale. Le Martyre de Kiev est son premier ouvrage.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Julie Clarini - Le Monde du 8 janvier 2015

Extrait de Le martyre de Kiev

Extrait de l'introduction

Portrait d'une ville convoitée

Grande et terrible avait été la mille neuf cent dix-huitième année après la naissance du Christ, mais la suivante, 1919, fut pire encore.
Mikhaïl Boulgakov, La Garde blanche

En 1919, tandis que l'Europe recouvrait une paix précaire, les débris de ses empires s'enfonçaient dans une nouvelle guerre.
Aux frontières occidentales de l'ancien Empire russe, où la Révolution de 1917 achevait de dissoudre l'emprise des capitales impériales, des souverainetés nouvelles s'étaient esquissées. De 1914 à 1922, de nouveaux États nations y virent le jour : la Pologne, les Pays baltes, la Finlande, la Tchécoslovaquie et la Hongrie. Dès les premiers mois de la Révolution, l'Ukraine, ancienne province de l'Empire tsariste, tentait elle aussi de gagner son autonomie, et bientôt son indépendance. Là, le renversement social et politique de l'ancien monde touchait aussi à la question nationale. Brusquement, les ressentiments se déchaînèrent, les tensions accumulées se superposèrent. Et le paysan ukrainien de s'insurger contre le bourgeois citadin, l'officier du temps de guerre et le Russe, qui se confondaient souvent ; contre le Juif qui assurait le commerce au quotidien, face à l'envol des prix et les pénuries... C'est donc dans la continuité de la Révolution qu'émergea la guerre civile : impossible d'en séparer les deux termes en Ukraine tant la violence y fut endémique, notamment dans les zones proches du front et le long des voies de communication, et parce que tous les partis qui tentaient de prendre le pouvoir après 1917 se sont appuyés sur la victoire des armes. «Les temps légendaires se sont cassés net et l'histoire a fait son entrée, une entrée soudaine et terrible», écrivit Boulgakov.

Rouges, Blancs, nationalistes et Verts
Les soulèvements populaires de 1917 favorisèrent l'émergence de nouveaux mouvements politiques, issus de la tradition ouvrière ou portés par des revendications nationalistes. Octobre 1917 permit aux bolcheviques d'accéder au pouvoir en Russie. En Ukraine, ce sont les nationalistes qui prirent la tête du pays et proclamèrent l'assemblée ukrainienne, la Rada, indépendante et souveraine. Pour l'Ukraine, la Révolution de 1917 marqua ainsi le début d'une guerre civile incessante. Le 27 janvier 1918, les Rouges, favorables aux bolcheviques, et s'appuyant sur une insurrection ouvrière, affrontèrent ouvertement les forces indépendantistes ukrainiennes et parvinrent à prendre la capitale une première fois. La brève occupation de la ville marquait la fin de la première offensive soviétique sur le pays, consacrée par la proclamation d'une République socialiste soviétique d'Ukraine (RSSU) le 22 janvier - la deuxième république soviétique de l'histoire. Aussi, pour se protéger des prétentions russo-soviétiques venues d'Ukraine orientale, le pouvoir de Kiev fit-il le pari de demander la protection allemande et autrichienne. Quelques mois plus tard, le traité de Brest-Litovsk, signé le 3 mars par les Empires centraux, la Russie soviétique et l'Ukraine, entraînait l'occupation brutale du pays par l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, qui prenaient également possession des territoires des actuels États baltes, de la Pologne et d'une partie de la Biélorussie. (...)