Les grandes hystériques : Messaline, Théodora, Lady Stanhope, Adèle Hugo, Eva Teron, Violette Morris et autres furies mémorables

Les grandes hystériques : Messaline, Théodora, Lady Stanhope, Adèle Hugo, Eva Teron, Violette Morris et autres furies mémorables

Quatrième de couverture

Femmes politiques et, grandes criminelles, religieuses exaltées et créatrices d'avant-garde, les grandes figures féminines de l'Histoire oscillent perpétuellement entre génie et folie. Le Pr Charcot, en théorisant l'hystérie, avait cru trouver la réponse, mais toute femme un tant soit peu rebelle devenait une hystérique en puissance dans son système...
A côté de vrais cas pathologiques, comme «l'ogresse de Montauban» ou «la nécrophile de Sacramento», combien de femmes extraordinaires ont-elles dû subir les moqueries et l'opprobre, avant d'être reconnues pour leur talent et leur action de pionnières ? Reines et suffragettes, empoisonneuses et braqueuses, mystiques et possédées, artistes et femmes fatales, toutes ont en commun d'avoir stupéfié les hommes par leur audace et leur démesure.

Textes de : Hélios Azoulay, Nicolas Carreau, Philippe Charlier, Olivier Chaumelle, Frédéric Chef, Philippe Di Folco, Matthieu Frachon, Bruno Fuligni, Bruno Léandri, Laurent Lemire, Stéphane Mahieu, Guillemette Odicino, Clémentine Portier-Kaltenbach, Claude Quétel, Franck Sénateur, Marieke Stein, Pascal Varejka. Dessins de Daniel Casanave.

Extrait de Les grandes hystériques : Messaline, Théodora, Lady Stanhope, Adèle Hugo, Eva Teron, Violette Morris et autres furies mémorables

VASTHI
(VE SIÈCLE AV. J.-C.)
LA PREMIÈRE FEMME LIBRE

Pascal Varejka

Appartenant à la mythologie judéo-chrétienne, la reine Vasthi est uniquement mentionnée dans la Bible, au livre d'Esther. Elle est l'épouse favorite d'Assuérus, un roi perse qui pourrait être Xerxès Ier (486-465) ou Artaxerxès Ier (465-424) d'après les exégètes.
Le livre d'Esther fournit une seule indication : Vasthi était très belle. Tout part d'un grand banquet offert par le roi à Suse, sa capitale, pour attester sa magnificence. La reine, de son côté, offre un festin aux femmes. Mais, «le septième jour, mis en gaieté par le vin, le roi ordonna de lui amener la reine Vasthi coiffée du diadème royal, en vue de faire montre de sa beauté au peuple et aux grands officiers».
La reine lui oppose un refus. Furieux, il s'adresse «aux sages versés dans la science des lois». D'après eux, l'attitude de Vasthi est un mauvais exemple pour toutes les femmes de l'empire. Il lui faut donc la répudier publiquement, car les femmes doivent obéir. A la suite de cet événement, Esther devient reine.
Dansson Dictionnaire de la Bible, publié en 1989, André-Marie Gérard indique que «Vasthi» signifie «belle, excellente» en perse et que, pas plus qu'Esther, elle n'apparaît dans l'histoire profane. L'une et l'autre dérivent sans doute de légendes babyloniennes : «Vasthi, ou Masthi, désigne l'hiver ; Esther, ou Ishtar, l'astre du printemps.»
Curieusement, cet être fantomatique est devenu une figure symbolique du féminisme. Dans sa nouvelle «Le Voile de Vasthi», publiée en 1904 dans le recueil La Dame à la louve, Renée Vivien l'assimile à Lilith. Démon féminin de la mythologie babylonienne, Lilith est considérée dans la tradition talmudique comme la femme créée avant Eve. Ayant refusé de se soumettre à Adam, elle est maudite. Sous la plume de Renée Vivien, après l'annonce de sa répudiation, s'étant dépouillée de sa couronne, de ses bijoux et de ses vêtements précieux, Vasthi déclare en partant vers le désert : «Depuis la rébellion de Lilith, je suis la première femme libre.»