Le teinturier de la lune

Le teinturier de la lune

Quatrième de couverture

C'est à Prague que tout a commencé... et que tout finira.
À la disparition énigmatique de son maître, Théogène, jeune alchimiste, découvre la formule de l'Élixir d'éternité, le philtre qui rend immortel. C'est le début d'une course jonchée de meurtres qui le conduit à Prague, à la cour de l'empereur Rodolphe, adepte des sciences occultes.
Trois-cent-cinquante ans plus tard, un mystérieux personnage attire Victoire, une journaliste parisienne, vers les envoûtants labyrinthes de la capitale tchécoslovaque. Est-ce l'esprit de Théogène qui la guide dans les méandres d'une quête ancestrale et universelle : la recherche de l'immortalité et de la jeunesse perpétuelle ?
Un formidable thriller ésotérique qui défie les lois de l'espace et du temps. Mêlant Histoire et fiction, Violette Cabesos (auteur avec Frédéric Lenoir de La Promesse de l'Ange) nous entraîne du Paris des années trente - où rôdent d'étranges médiums - aux venelles pragoises du XVIe siècle, hantées par les astrologues, les sorciers et l'ombre du Golem...

L'AUTEUR
Après un premier roman, Sang comme neige (Plon 2003), Violette Cabesos a écrit deux thrillers initiatiques, en collaboration avec Frédéric Lenoir : La promesse de l'ange (Prix des Maisons de la presse 2004, près de 100 000 ex vendus) et La parole perdue (55 000 ex vendus).

Extrait de Le teinturier de la lune

Dressé face au Louvre comme un défi au Roi-Soleil, de l'autre côté de la Seine, le temple des immortels élevait ses colonnes corinthiennes jusqu'à un fronton gravé de lettres d'or, sous la coupole noyée dans une vapeur blême. Elle sauta de l'autobus quai de Conti, à côté du pont des Arts, alluma une gauloise, jeta un coup d'oeil aux boîtes métalliques des bouquinistes et s'avança vers la porte principale. La grandiloquence des bâtiments la toucha moins que le froid humide : la bruine lui faisait regretter, une fois encore, de ne pouvoir emprunter aux hommes leurs pantalons de laine et d'être obligée de grelotter sous sa jupe. Lorsqu'elle sonna, un appariteur en uniforme la fit entrer dans une pièce où fumaient tasse de café et cigarette, à côté de la presse du matin. Pendant que l'huissier vérifiait son identité, elle examina les titres de ce samedi 23 novembre 1935. Eternels débats parlementaires sur la défense du franc et l'opportunité d'une discussion sur les Ligues. Au procès Stavisky, Ariette, l'épouse de l'escroc «suicidé», défaille à la barre, en jurant qu'elle ignorait tout des agissements de son mari. Dans le Gard, deux lionnes échappées d'une ménagerie dévorent un boucher. Elle ne put réprimer un sourire. Le portier lui fit signe d'entrer dans la cour d'honneur. La demeure des académiciens était volumineuse et solennelle. Des armoiries et inscriptions rappelaient que le fondateur de l'auguste institution était l'ancien ministre de Louis XIII, le cardinal de Richelieu. Un homme d'une cinquantaine d'années arborant monocle, collier de barbe blanc et costume trois pièces orné d'une lavallière s'avança.
- Jean-Paul Lalande, conservateur général et directeur de la bibliothèque Mazarine, annonça-t-il en tendant la main.
- Victoire Douchevny, du journal Le Point du jour, répondit-elle en serrant les doigts mous de l'administrateur.
- Je m'attendais à recevoir Mathias Blasko, dit-il avec un air pincé.
- Vous n'êtes pas sans savoir que M. Blasko est aussi juré Goncourt et qu'aujourd'hui se tient l'ultime réunion avant l'attribution du prix. Mais n'ayez crainte, c'est lui qui rédigera l'article, dont je ne fais qu'apporter le matériau.
C'était faux. Elle écrirait le papier et Mathias Blasko, le chef de la rubrique littéraire, le signerait. Mais il valait mieux que le conservateur l'ignore. Victoire devinait ce que le haut fonctionnaire pensait : «Comment le célèbre Blasko a-t-il osé envoyer une femme, jeune de surcroît, donc incompétente, plutôt jolie, donc stupide ? Cette journaleuse béjaune est probablement l'une des maîtresses du fameux critique...»
Elle supportait ce mépris sexiste en imaginant la tête que feraient ses interlocuteurs s'ils savaient que non seulement elle n'entretenait aucune relation intime avec son patron, mais surtout qu'elle n'avait pas de carte de presse, aucun statut officiel au journal et que le seul titre dont elle pouvait se prévaloir était celui d'étudiante en lettres... Pourtant, c'était elle qui posait les questions, et les puissants mâles étaient obligés d'y répondre, pour avoir leur nom dans l'un des plus grands quotidiens de la capitale. Comme les autres, celui-là n'échapperait pas à la tentation de la notoriété et allait vite oublier qu'une femme l'interviewait.
Jean-Paul Lalande traversa la cour pavée et Victoire le suivit jusqu'à un porche derrière lequel s'ouvrait un gigantesque escalier.