Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

Quatrième de couverture

Je suis seule
Tu es seul
Nous sommes seuls...
Lucie est prête à tout pour trouver l'homme de sa vie, dans toutes les situations. Au supermarché. À la piscine. Chez le médecin. Sur internet. Dans les bars très tard. À un atelier de pratiques culturelles.
Avec l'ex de sa meilleure amie.
Avec un père de famille en sortie scolaire.
Avec le vieux copain perdu de vue.
Maniant l'humour féroce, Rachel Corenblit revisite les lieux communs sur la solitude contemporaine et les rapports hommes/femmes. On rit, on pleure, dans ce roman qui n'est pas un roman d'amour... mais qui se termine (presque) en conte de fée !

Premier roman pour adultes d'une Toulousaine, mariée et mère de deux enfants, auteur de nombreux livres pour la jeunesse.

Rachel Corenblit est un auteur de littérature de jeunesse française, née à Chicoutimi au Québec en 1969. Elle a vécu à Jérusalem, Nice, Paris, Albi et Marseille. Après des études de philosophie et diverses activités professionnelles, elle se tourne vers l'enseignement en 1997. Elle exerce aujourd'hui à Toulouse en tant que professeur des écoles. Dans ses romans, elle aborde notamment la question de l'acceptation de soi, de la différence, de la maladie. Elle trouve ses sources d'inspiration dans le théâtre, les différents métiers qu'elle a exercés et la vie quotidienne.

Extrait de Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie

L'amour, en général...

Celui qui renifle, celui qui se mord les lèvres, celui qui postillonne, celui qui s'est entaillé la joue en se rasant, celui qui a les dents de travers, celui qui a un double menton, celui qui tremble avant de s'asseoir et tremble assis et tremble en se levant et celui qui baille quand elle lui parle, en plein milieu d'une phrase, ou qui se gratte la joue et répète le geste encore jusqu'à ce qu'elle ait envie de lui bouffer la main. Celui qui regarde sa montre, son téléphone. Son écran allumé, posé entre eux, près de la soucoupe aux cacahouètes, une machine qui clignote et vibre sur la table, qui la nargue et s'octroie tous les droits et elle pense qu'elle en ferait bien des suppositoires, de ces engins, alors elle sort le sien, aussi, étalé, royal. À armes égales.
Celui qui renifle encore, qui n'a pas de mouchoir et que l'on imagine s'essuyer avec le coin de la nappe ou la manche de sa chemise et elle y jette un oeil pour repérer les traces. Celui qui mâche un chewing-gum ou une pastille ou un bonbon Ricola pour ne pas sentir de la bouche et qui empeste la brise transalpine mentholée. Celui qui a un bout de salade coincé entre ses dents de devant et qui souvent mâche un chewing-gum, parce qu'il sait qu'il a tendance à se salir les crocs et c'est moche alors il remâche, il s'évertue à se curer les canines, en vain.
Celui qui ne fixe pas dans les yeux. Qui évite, qui dévie, qui contourne et son regard est un ricochet sur le calme plat de son silence. Au pire, il bégaie, au mieux, il chuchote. Ses mains suent et son dos suinte et son front dégouline, des fleuves entiers s'écoulent et vont se perdre dans les rizières de ses rides.
Celui qui compte sa monnaie et vérifie deux fois l'addition et appuie bien sur les touches de l'appareil à carte bleue, pour ne pas se tromper et avoir à recommencer. Celui qui sort les billets de sa poche, des gros, une seule pliure centrale, qui sentent encore le guichet de la banque, et vérifie l'effet produit, comme un cabotin lâche sa tirade. La générosité de l'artichaut, beaucoup de feuilles pour un petit coeur.
Celui qui est patient, qui attend qu'elle se décide, qu'elle succombe, qui est un adepte du silence et de l'échange de regards passionnés et qui ressemble à un poisson. Une morue, un cabillaud, sur l'étal de la poissonnerie du supermarché avec la glace qui dégouline sur les carreaux salis par le passage des caddies.
Celui qui n'attend pas et s'impatiente et brûle les étapes. Tu veux bien ? il demande, comme s'il croyait vraiment qu'elle puisse avoir envie de son corps, sur le champ. J'ai envie de toi, il dit. Mais elle, elle pourrait être n'importe qui, n'importe quoi. Un terrain en friche et lui, c'est le bulldozer de l'amour vite fait.