Capitale de l'amour : filles et lieux de plaisir à Paris au XIXe siècle

Capitale de l'amour : filles et lieux de plaisir à Paris au XIXe siècle

Quatrième de couverture

À la fermeture du jardin de la place des Vosges, les filles se répandent rue Saint-Antoine, rue de Rivoli, jusqu'à la tour Saint-Jacques. Déployées en tirailleuses, vous avez beau chercher à les éviter en changeant de trottoir, elles finissent par vous saisir au passage c'est la véritable chasse à l'homme.
Gustave Macé

À la fin du XIXe siècle, Paris ne faillit pas à sa réputation de «Babylone moderne». Si Parisiens, provinciaux et étrangers aiment tant flâner le long des boulevards, s'attarder à la terrasse des cafés, s'encanailler dans les bals et les cabarets, c'est qu'ils y sont en galante compagnie : dans le cabinet particulier d'un restaurant ou la luxueuse loge d'un théâtre, dans un hôtel garni ou dans une maison de rendez-vous, la nuit comme le jour, filles publiques anonymes, lorettes scandaleuses et célèbres courtisanes se vendent au plus offrant, sous l'oeil attentif des agents des moeurs. Autant de lieux de prostitution, d'espaces de racolage et de rendez-vous galants qui façonnèrent la géographie de la ville et contribuèrent, pour longtemps, à consacrer Paris capitale de l'amour et des plaisirs.

Docteure en histoire, Lola Gonzalez-Quijano consacre actuellement ses recherches au demi-monde et aux réseaux qui se nouent autour des prostituées de luxe. Issu de sa thèse soutenue à l'EHESS sur la prostitution parisienne sous le Second Empire et la IIIe République, Capitale de l'amour est son premier ouvrage.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Antoine de Baecque - Le Monde du 30 avril 2015
Eric Aeschimann - L'Obs du 26 mars 2015

Extrait de Capitale de l'amour : filles et lieux de plaisir à Paris au XIXe siècle

Extrait de l'introduction

Bien après leur disparition, les maisons closes continuent de fasciner. Elles sont devenues l'incarnation d'une époque où la sexualité, source d'angoisse et de peurs, aurait été fermement encadrée, réprimée et contrôlée; et que l'on imagine désormais révolue. En réalité, la vie quotidienne des maisons n'avait que peu à voir avec les règlements édictés. Mais surtout, leurs pensionnaires ne constituaient qu'une très faible minorité de l'ensemble des femmes vénales. Notre vision de la sexualité au XIXe siècle est en fait très largement faussée par les représentations actuelles de la prostitution et leurs enjeux. Il faut s'en délester si l'on veut saisir, dans toutes ses nuances et ses contradictions, ce qu'était l'amour vénal à cette époque et comment Paris en est devenu la capitale.

Paris s'impose au XIXe siècle comme la capitale mondiale de la modernité, autant que comme «Babylone moderne». Et sa réputation galante ne fait que s'amplifier tout au long du siècle ; «capitale de l'amour», «ville du vice», et même «bordel de l'Europe» sont autant d'expressions qui consacrent le mythe d'une ville où tous les plaisirs sont à portée de main. À cet égard, la ville haussmannienne qui émerge sous le Second Empire est plus qu'un nouveau décor : derrière la profonde restructuration urbaine engagée - destruction des quartiers ouvriers centraux jugés trop denses et insalubres, réalisation d'un programme d'infrastructures urbaines et d'équipements d'une ampleur inégalée, changement d'échelle dans la façon de penser l'aménagement de la ville -, il s'agit certes de montrer la puissance et la beauté retrouvée de Paris, devenue capitale de l'Empire après les combats et la répression de 1848, mais aussi et surtout de «réorienter profondément les modes de vie, de créer une nouvelle façon de vivre la ville et, chose inédite, de la consommer». La défaite de Sedan et la chute du Second Empire sont brutales et inattendues. C'est dans une société traumatisée par la débâcle militaire et les affrontements sanglants de la Commune que se met lentement en place la IIIe République. Dans les premiers temps, celle-ci se construit moins sur une exaltation de la démocratie que sur une opposition au régime précédent, qui dépasse largement le cadre politique : les critiques formulées à rencontre du gouvernement, de l'armée, de l'Empereur et surtout de l'Impératrice, sont redoublées par une dénonciation de la société impériale. Débauche, galanterie, vices, luxe... Le retour à F«ordre moral» des débuts de la IIIe République dénonce la corruption et le relâchement des moeurs des élites du Second Empire; il est de bon ton de fustiger les «gandins» et les «petits crevés» du «Boulevard» ainsi que les lorettes et autres femmes galantes. Mais les courtisanes de l'Empire ne s'exilent pas ; elles renouent avec leurs anciens amants de la monarchie ou fréquentent les nouveaux hommes forts du gouvernement, à l'instar de Léonide Leblanc qui, entretenue un temps par le prince Jérôme Napoléon, accorde désormais ses faveurs au duc d'Aumale et à Georges Clemenceau. Les moeurs ne changent pas aussi vite que les régimes et Paris reste Paris : bals, théâtres et établissements de spectacle rouvrent très vite et surtout se multiplient ; cafés et restaurants font à nouveau salle comble et la fréquentation des prostituées apparaît, autant si ce n'est plus qu'avant, comme l'un des plaisirs et des divertissements spécifiques de la capitale.