La vie secrète de sir Dansey, maître-espion

La vie secrète de sir Dansey, maître-espion

Quatrième de couverture

Officier du service secret «privé» de Churchill, Bob Maloubier a participé à la Résistance, vécu dix ans de guerre tiède et froide au sein des services secrets français avant de passer par trente années de fortunes diverses en Afrique et au Moyen-Orient.
L'existence de Claude Edward Marjoribanks Dansey ne pouvait que lui inspirer une vive curiosité. Surnommé «Oncle Claude», «Mister Z» ou «Dansey la chaussette», ce personnage impénétrable et controversé mena en bateau des années durant les services secrets alliés et adverses. La guerre gagnée, certains des ténors du Secret Intelligence Service ont confié leurs souvenirs à des chroniqueurs. Pas Dansey ! Il est mort bouche close.
S'appuyant sur les récits de témoins directs et de nombreuses anecdotes, Bob Maloubier retrace ici le parcours ignoré et fascinant de celui qui fut le plus grand espion du XXe siècle. Et qui a tout fait pour laisser un minimum de traces derrière lui, secret oblige...

L'AUTEUR

Officier du SOE -surnommé à tort, se défend-il- le James Bond français, Bob Maioubier, après des missions clandestines en France occupée et en Extrême Orient, rallie la DGSE clandestine puis redevenu civil, s'ébat dans la forêt tropicale d'Afrique et l'Or Noir du Moyen Orient tout en traversant les guerres locales.
Depuis trente ans il épluche les énigmes des guerres clandestines. II a publié dix ouvrages. Le puzzle «Dansey, «il l'a reconstitué patiemment, pièce par pièce.

Extrait de La vie secrète de sir Dansey, maître-espion

Les Cockyolibirds

L'homme, un guetteur boer, tout de noir vêtu, planté comme un piquet à la lisière d'un bois et frappé de brefs éclats de lune entre deux cavalcades de nuages, on n'y prendrait pas garde s'il n'esquissait parfois un geste : lisser machinalement sa moustache, le bord de son grand chapeau, ou redresser le fut de la carabine appuyée contre sa hanche.
Ils savent s'embusquer, ces Burghers, ces soldats boers, ces «bouseux» d'origine néerlandaise, qui ont colonisé dès le XVIIe siècle cette Afrique du Sud sur laquelle la reine Victoria est résolue à mettre la main. Groupés en petits commandos, ils harcèlent les empotés d'Anglais qui, en retard d'une guerre, progressent au carré comme une «tortue» romaine ou chargent sabre au clair des silhouettes qui, dansant derrière un rideau d'arbres, les tirent comme des lapins avant de s'évaporer dans le veld.
Celui-ci est posté en sentinelle sur les arrières des troupes assiégeant Ladysmith, la place forte anglaise du Natal censée verrouiller l'État d'Orange, l'une des deux Républiques libres que les Brits se sont vantés de balayer en quelques semaines. En octobre 1899, il y a plus de six mois déjà, Victoria, leur grosse barrique de reine, avait claironné : «Avant Noël, nous aurons donné la fessée à ces insignifiants et impudents États !»
Après avoir ratissé, pour contenir cinquante mille de ces Boers, toutes les troupes que compte leur Empire, un quart de million d'hommes, ils en sont loin, de la fessée !
Le Burgher tend l'oreille vers le sous-bois. Il sait distinguer entre le trottinement feutré d'un chacal et l'approche d'une patrouille ennemie se signalant par un concert de branches cassées ; un éléphant ne fait pas mieux ! Tiens, un infime froissement de feuilles derrière lui ? Une civette, sans doute...
Une masse lui cingle la nuque, la douleur le tétanise. Il perçoit le sinistre craquement de vertèbres se disloquant puis sombre dans l'inconscience. Une ombre, dans son dos, enlace son corps qui, le cou désarticulé, n'est déjà plus qu'un cadavre et l'affale silencieusement.
Il est très jeune, mince et souple, ce tueur; visage long éclairé par des yeux gris enfoncés dans les orbites. Il porte la tenue dernier modèle des soldats de Sa Majesté qui vient de détrôner le dolman rouge à brandebourgs : un battle-dress multipoche et, touche ultime, «kaki», un mot hérité de Thindi, signifiant couleur argile. Il se redresse, jette sur son épaule la carabine et les cartouchières du mort et rebrousse chemin comme il était venu, sans qu'une brindille craque sous les semelles de peau souple de ses mocassins de Peau-Rouge.
L'aube se lève à peine lorsque, surgissant d'une trouée de brousse, il débouche dans la clairière où bivouaque le 1er escadron du South Africa Light Horse Régiment dont il est le commandant. Un large sourire aux lèvres, un petit lieutenant s'élance vers lui :
«Alors, cette nuit, combien en avez-vous inscrits à votre tableau, Dansey ?