Wild cards. Volume 2, Aces high

Wild cards. Volume 2, Aces high

Quatrième de couverture

Nous sommes en 1986. Depuis qu'il a frappé la Terre quarante ans plus tôt, le virus Wild Card n'a cessé de se répandre, tuant une grande partie de la population, produisant quelques aces, des êtres aux pouvoirs surnaturels, et beaucoup de jokers, des humains amoindris et difformes. Aujourd'hui confrontés à un ennemi venu des profondeurs de l'espace et à son alliée sur Terre, une secte maçonnique, les héros créés par George R.R. Martin et ses complices (Roger Zelazny, Walter Jon Williams, Pat Cadigan...) ne sont pas au bout de leurs surprises.

George R.R. Martin, l'auteur de la célébrissime série du Trône de fer, est aussi le grand architecte de Wild Cards, un univers post-apocalyptique peuplé de super-héros, partagé et nourri par de nombreux auteurs depuis près de trente ans.

Extrait de Wild cards. Volume 2, Aces high

PIÈCES DE SANG

Lewis Shiner

Ils étaient peur-être une douzaine. Fortunato n'aurait su le dire avec certitude, car ils n'arrêtaient pas de se déplacer pour tenter de l'encercler, par-derrière. Deux ou trois avaient des couteaux, les autres des queues de billard sciées, des antennes de voiture, tout ce qui pouvait faire office d'arme. Ils étaient difficiles à différencier. Jeans, blousons de cuir noirs, cheveux longs lissés en arrière. Au moins trois d'entre eux correspondaient à la description approximative que lui avait fournie Chrysalide.
«Je cherche quelqu'un qui s'appelle Gizmo», annonça Fortunato. Ils cherchaient à l'éloigner du pont, mais sans pour l'instant aller au contact. A sa gauche, l'allée de brique qui montait aux Cloîtres. Le parc du musée était désert depuis deux bonnes semaines, depuis le jour où les gangs l'avaient investi.
«Hé, Gizmo, fit l'un des jeunes. Tu lui réponds quoi, à ce mec ?»
C'était donc lui. Les lèvres fines, les yeux injectés. Fortunato fixa des yeux son comparse le plus proche et lui intima : «Barre-toi.» Le jeune recula, il hésitait. Fortunato regarda le suivant. «Toi aussi. Dégage.» Celui-là, plus faible, détala sans demander son reste.
Fortunato n'eut pas le loisir d'en dire davantage. Il ralentit le temps, attrapa la queue de billard qui allait le frapper à la tempe et s'en servit pour désarmer le plus proche de ses assaillants. Le couteau vola dans les airs. Fortunato reprit son souffle. Tout s'accéléra.
Ils commençaient à paniquer. «Tirez-vous.» Trois jeunes décampèrent, dont le fameux Gizmo qui fila en direction de l'entrée de la 193e Rue. Fortunato lança la queue de billard sur un autre couteau à cran d'arrêt et se lança à la poursuite du fuyard.
En dévalant la pente, Fortunato sentit la fatigue le gagner. Il libéra alors une bouffée d'énergie qui le fit décoller et, à la réception de son vol plané, il percuta le jeune qui bascula en avant. Quelque chose craqua dans la colonne vertébrale de Gizmo, un spasme lui secoua les jambes. Il était mort.
«Et merde...» soupira Fortunato en époussetant ses vêtements couverts de feuilles mortes. On était en octobre. Les flics avaient doublé les patrouilles autour du parc, mais ne se hasardaient pas à y pénétrer. Ils avaient bien essayé, une fois. L'opération de nettoyage leur avait coûté deux hommes et le lendemain, les bandes avaient déjà repris possession des lieux. Il n'en restait pas moins que les flics surveillaient le coin, et qu'ils ne tarderaient pas à faire une incursion-éclair pour récupérer le corps, car le jeu en valait la chandelle.
Il vida les poches du jeune homme. Il était bien là : un penny en laiton de la taille d'une pièce de cinquante cents, rouge sang, mais un sang pas encore sec. Cela faisait dix ans que Fortunato demandait à Chrysalide et d'autres d'ouvrir l'oeil. La veille, la jeune femme avait vu le petit Gizmo en faire tomber un, au Crystal Palace.
Pas de portefeuille, rien d'intéressant. Fortunato serra la pièce dans la paume de sa main et courut jusqu'au métro.