à coeur ouvert

à coeur ouvert

Quatrième de couverture

«Partager. C'est ce que j'ai voulu faire en écrivant ce livre. Transmettre un peu de la force qui me reste pour vous aider, si je le peux, à avancer, vous qui souffrez comme je souffre. Je vous livre, à vif, mon parcours de femme et de maman. Faites-en votre guide sur le chemin ardu de la guérison. Car on guérit du malheur. On n'oublie pas, mais la souffrance devient une amie familière et le goût de vivre prend doucement la place du désespoir.
J'aimerais donner cet espoir à celles et à ceux qui se battent seuls, en plein milieu du chemin de leur douleur. J'aimerais leur dire que le manque et le malheur s'apprivoisent. Qu'il suffit d'apprendre à vivre avec ces amers compagnons. Et trouver le courage d'imaginer les jours meilleurs pour arriver à leur donner réalité. Vous l'écrire, incontestablement, m'aide à penser que cela est possible. Me lire vous aidera peut-être à y parvenir. Je le souhaite de tout mon coeur.
Au cours de ces pages, nous cheminerons ensemble. Vous saurez tout de mes espoirs, de mes joies, de l'immense bonheur que cela a été pour moi de donner la vie. Et enfin, j'essaierai (mais les mots me paraissent bien faibles) de vous dire la mort, la déflagration qui m'a brisée et dont je n'arrive toujours pas à me relever. Je suis encore si fragile. Partager justement, avec vous qui avez su toucher mon coeur, est une sorte d'exutoire. Puissions-nous ensemble, de cette douleur abominable, faire germer l'espérance.»

Ingrid Chauvin

Avec un courage à la hauteur de l'amour qu'elle porte à sa petite Jade, disparue à l'âge de cinq mois, Ingrid Chauvin livre un témoignage digne et bouleversant sur la maternité, la pathologie de sa fille, le deuil, la reconstruction et l'engagement.

Ingrid Chauvin est comédienne. Elle doit sa renommée à plusieurs séries télévisées qui ont été de grands succès parmi lesquelles : Femmes de loi, Méditerranée, Dolmen et Les Toqués.

Extrait de à coeur ouvert

Extrait du prologue

Le train file, me berce et m'emporte vers le sud. Je rêve au rythme des battements de mon coeur, et à mon rêve se mêle le goût salé de mes larmes que je ne peux retenir. Les wagons glissent en cadence sur les rails avec un chuintement soyeux. Dans quelques heures, nous serons à Nice. Mes pensées s'envolent vers cette ville où, il y a bientôt un an, j'ai donné la vie. Le week-end se déroulera dans la charmante commune de Beausoleil qui surplombe Monaco. Je ne suis pas mécontente de me poser dans un endroit vierge de souvenirs, sans repères pour moi. La date anniversaire de la naissance de ma princesse approche et c'est pour moi une période profondément douloureuse. Jade dans quelques jours aurait un an. Elle ferait sûrement ses premiers pas.
Mais je ne les verrai pas.
Je l'imagine, je l'entends, je lui parle. Des images d'elle dénient sans arrêt dans ma tête : celles du joli bébé qu'elle était se mélangent à celles de la petite fille qu'elle serait devenue. Parfois, elle surgit devant moi avec une acuité qui m'étonne moi-même. Son sourire et son regard sont restés intacts dans ma mémoire; je la vois souvent rire, et cela me fait autant de bien que de mal. Marion, la bienveillante assistante du professeur Raisky, nous disait souvent que le visage apaisé et souriant de notre fille démontrait qu'elle était heureuse.
Le paysage défile devant la fenêtre du train. Les pins parasols ont remplacé les peupliers. Le soleil filtre gentiment à travers leurs branches de fine dentelle et couvre d'or le paysage autour de moi. Bientôt nous serons arrivés. Je regarde le ciel et ses nuages aux formes changeantes qui ne cessent de s'animer, j'y vois des visages, des silhouettes douces, des peluches parfois, j'y déchiffre ce que mon esprit et mon coeur ont envie de voir. Il y a dans le ciel, à travers les nuages, comme un regard qui veille sur moi, un regard qui me frôle et qui soudain disparaît. L'espace d'un instant, je redeviens une gamine, je joue à «un, deux, trois, soleil» : je me détourne, et à trois, j'observe le ciel, pour surprendre ce regard qui doucement me caresse.
Pas un seul instant de ma vie sans que ma fille m'accompagne. Je dois me résoudre à l'idée qu'elle n'est plus et que nous sommes séparées. Je dois accepter que la douceur de sa peau m'est à jamais inaccessible, que je ne verrai plus ses yeux en amande bordés de longs cils, ses yeux si vivants, tellement expressifs que je ressentais tout ce qu'elle éprouvait. Je vais devoir accepter... mais je n'arrive pas à m'y résoudre. Je dois me battre, encore et encore, pour trouver la force de continuer à exister.
Le plus dur, pour nous qui sommes habités par cette indicible douleur, est de puiser en nous une raison de vivre, un but, une cause à défendre, pour soi ou pour autrui.