Sans foi ni loi : amour, amitié, séduction

Sans foi ni loi : amour, amitié, séduction

Quatrième de couverture

L'amour, l'amitié, la sexualité ou la séduction ne sont pas sans foi ni loi.
Quels espoirs, quelles attentes, quels idéaux plaçons-nous au coeur de ce qui nous unit à nos proches ?
La libération des moeurs et la conquête de l'égalité entre hommes et femmes ont radicalement transformé les relations entre les sexes. Dans cette nouvelle donne culturelle et sociale, ne devons-nous pas repenser ce que nous demandons aux autres et ce que nous leur devons, qu'ils soient amants ou amis, compagnons ou simples objets de désir ?
À partir de nombreux auteurs de la philosophie et de la littérature, de l'Antiquité à aujourd'hui, Monique Canto-Sperber jette une lumière nouvelle sur les liens implicites et tenaces qui nous attachent les uns aux autres.

Philosophe, directeur de recherche au CNRS, Monique Canto-Sperber a dirigé pendant plusieurs années l'École normale supérieure et l'Initiative d'excellence Paris Sciences et Lettres. Elle a été vice-présidente du Comité national d'éthique et productrice à France Culture. Directrice de collection aux PUF, elle est l'auteur de nombreux ouvrages, certains traduits en plusieurs langues, consacrés à la pensée antique et à la philosophie morale dont, chez Pion, Le Bien, la Guerre et la Terreur (2005) et Naissance et liberté : la procréation, quelles limites ?, avec René Frydman (2008).

Extrait de Sans foi ni loi : amour, amitié, séduction

Extrait de l'introduction

Sans loi et sans raison
Les liens humains et leurs normes

Les relations entre les sexes sont-elles sans foi ni loi ? L'amitié amoureuse est-elle amitié ou amour ? Peut-on aimer sans raison ? Y a-t-il le moindre sens à parler de normes inhérentes aux liens humains ?

Le plaisir pris à la conversation avec un ami ou avec une personne rencontrée depuis peu, le réconfort de se confier à celui ou celle qui vous connaît déjà, l'impatience exaltée ou la joie sereine de retrouver son amant ou son amante, sa compagne ou son compagnon, sans parler de la jouissance physique ou des bienfaits de la tendresse, voilà quelques-unes des gratifications affectives que procurent les liens humains. Mais dans l'amitié, dans l'amour et dans les liens de nature infiniment variée qui font que deux êtres se rapprochent l'un de l'autre, qu'est-ce qui est recherché au-delà du plaisir, du réconfort ou du bonheur ? Et quelles réalités sont espérées ou souhaitées ? Le lien entre deux amis ou deux amants, du plus ténu au plus solide, de la rencontre régulière jusqu'à l'engagement solennel, ne suscite-t-il pas, avant même que l'habitude ou la régularité ne s'installent, des attentes et anticipations ?

Un lien humain naît de peu de chose, d'une conversation, du souhait de se revoir et de la conviction d'une affinité. D'abord sans nom ni forme précise, il prend avec le temps une réalité définie. Si les personnes lui donnent du prix, ce lien peut progressivement se transformer en la forme de vie en soi que décrit Kafka dans Les Lettres à Felice, vie intériorisée qui se fait sa place dans le quotidien de chacun, crée des attentes, des espoirs, des habitudes parfois. Lorsqu'un événement survient qui interrompt d'une façon ou d'une autre cette orientation naissante vers l'autre, cela ne passe pas inaperçu et peut être même douloureusement ressenti, comme si un engagement non formulé mais auquel de nombreux indices donnaient des raisons de croire était rompu ou compromis. Aux attentes qu'un lien en formation a suscitées répond parfois le bonheur de les voir satisfaites et parfois la déception de constater qu'elles étaient vaines.

Les liens humains forment une réalité banale de l'expérience humaine. La littérature les décrit sous des formes infiniment ondoyantes et diverses, la philosophie a depuis longtemps essayé de les analyser et la psychologie les rapporte à l'histoire psychique passée des individus. Mais le tableau sans cesse déployé et enrichi des multiples formes de ces liens, leur compréhension de plus en plus détaillée ne suffisent pas à lever l'énigme qui s'y rattache.