Les bourdes militaires : erreurs stratégiques, putschs ratés, inventions délirantes et autres guerres stupides de l'histoire...

Les bourdes militaires : erreurs stratégiques, putschs ratés, inventions délirantes et autres guerres stupides de l'histoire...

Quatrième de couverture

Des guerres ont été déclenchées pour un seau, un cochon, une taxe sur le whisky ou un match de football. Une bombe atomique a rasé Hiroshima à cause d'une mauvaise traduction. La principauté du Liechtenstein fut envahie par erreur. Et si la guerre anglo-zanzibarite n'a duré que trente-huit minutes, celle qui opposa les îles Sorlingues aux Pays-Bas s'étala sur 335 ans : plus personne ne se souvenait du conflit en cours quand des érudits proposèrent de signer le traité de paix qui y mettrait fin, en 1986.
Stratèges fous, tacticiens idiots, putschistes maladroits, assassins en uniforme, inventeurs d'engins délirants : l'art militaire présente une fantastique galerie de modèles à ne pas suivre. Autant d'histoires qui paraîtraient risibles, si elles n'avaient causé des millions de morts !

Textes de : David Alliot, Philippe Charlier, Olivier Chaumelle, Frédéric Chef, Philippe Di Folco, Éric Dumont, Matthieu Frachon, Bruno Fuligni, Bruno Léandri, Stéphane Mahieu, Nicolas Mietton, Guillemette Odicino, Clémentine Portier-Kaltenbach, Claude Quétel, Mohamed Sadoun, Franck Sénateur, Marieke Stein, Pascal Varejka. Dessins de Daniel Casanave.

Extrait de Les bourdes militaires : erreurs stratégiques, putschs ratés, inventions délirantes et autres guerres stupides de l'histoire...

GUERRES STUPIDES

LES CORNES DE HATTIN
(4 JUILLET 1187)
LA CROISADE S'AMUSE

Eric Dumont

Baudouin IV, roi de Jérusalem, meurt en 1185. À la mort prématurée de son successeur l'année suivante, son beau-frère, Guy de Lusignan, habile manoeuvrier, monte sur le trône. Aussitôt, le baron Renaud de Châtillon, avide de richesses, proche du nouveau roi, attaque une caravane de Saladin et en massacre les hommes en armes. Sûr du soutien du nouveau souverain, il rompt une trêve de six ans entre musulmans et chrétiens.
Malgré cette provocation, le chef musulman choisit de négocier. Ses émissaires sont éconduits avec mépris. Saladin décide donc de reprendre les armes. Pour lui, l'occasion est trop belle de reconquérir Jérusalem. Dès mars 1187, il procède à de nombreuses razzias, comptant ainsi provoquer les croisés. Ceux-ci veulent en découdre à tout prix.
Saladin réunit 60 000 combattants ; les Francs, 2 000 chevaliers, 13 000 fantassins et 40 000 mercenaires musulmans. Les croisés se mettent en ordre de marche à la rencontre de Saladin. Le chef arabe, habile stratège, veut attirer l'armée franque sur son terrain. Il fait le siège de Tibériade, à moins de 30 kilomètres de Séphorie, où campe l'armée franque avec vivres et eau à volonté. La femme de Raymond de Tripoli, le chef des troupes franques, est à Tibériade. Certain d'un piège, ce dernier propose d'attendre Saladin sur une position de force. Ses deux fils l'exhortent à porter secours à leur mère. Il tient bon. Mais le roi Guy de Lusignan cède face à l'insistance d'Arnaud de Châtillon et du grand maître des Templiers. La victoire est certaine : Saladin n'est pas loin et l'armée franque a emporté avec elle, pour la protéger, un morceau de la Vraie Croix, relique de Jésus. Certains que la marche sera rapide, les Francs ne s'encombrent pas des chars à boeufs contenant les réserves d'eau.
Le 3 juillet, l'armée franque se met en route. La chaleur est insupportable, mais Saladin a fait combler les puits et empoisonner les points d'eau. Les Francs, sans cesse harcelés par des archers à cheval, étouffent sous leur lourde armure. L'armée décide de rejoindre le point d'eau de Hattin. Saladin le sait, il va lui barrer le passage. Les Francs vont devoir bivouaquer dans la fournaise. Les chevaliers passent leur nuit à se battre avec les araignées et les scorpions qui s'insinuent dans leur armure.
Le 4 juillet, après deux jours sans avoir ni bu, ni dormi, les Francs n'ont d'autre choix que celui d'emprunter un plateau aride et rocailleux entre deux collines : les Cornes de Hattin. Saladin leur interdit toute sortie, met le feu aux broussailles des pentes et attaque. C'est un massacre : 30 000 corps jonchent le sol, l'aristocratie franque est décimée. Seuls les grands barons et le roi parviennent à percer pour rejoindre Tibériade. Ils se rendent le lendemain.
Saladin fera exécuter les Templiers, les mercenaires musulmans, réduira en esclavage les soldats francs, échangera les nobles contre rançon. Il décapitera de ses mains Renaud de Châtillon. En moins de trois mois, Saladin va reconquérir Askelon, Beyrouth, Gaza et Jérusalem. C'en est fini du royaume chrétien de Jérusalem. Quant à la relique de la Vraie Croix, elle sera perdue à jamais.