Fanatiques

Fanatiques

Quatrième de couverture

Véronique Chalmet lève le voile sur un aspect sombre de l'Histoire. Une plongée dans l'esprit tourmenté de personnages devenus les icônes d'une véritable légende noire dont les obsessions, poussées jusqu'à la folie, ont infléchi le cours des événements d'une manière radicale.

Pourquoi devient-on fanatique ? Comment bascule-t-on dans l'idolâtrie ? Y a-t-il un terrain propice, une quelconque prédisposition ? Pourquoi vouloir absolument sacrifier sa vie à un idéal, à un dieu - ou juste une célébrité ? Dans le cas des leaders, comment la force d'une idée peut-elle entraîner des foules entières ?
Et, plus troublant encore, leur passage à l'acte peut-il être interprété comme le symptôme d'une société malade ?

Un document historique pour illustrer et comprendre un sujet toujours d'actualité. Des portraits écrits comme des romans, qui mettent en scène des destins et des faits dont l'aboutissement est toujours fatal.

Auteur de L'Enfance des dictateurs (Éditions Prisma, 2013), Véronique Chalmet est écrivain et journaliste. Elle collabore depuis sa création au magazine Ça m'intéresse Histoire et depuis 1999 au mensuel Ça m'intéresse. Spécialisée en criminologie et psychologie, elle signe aux Editions Prisma son 2e titre Fanatiques et a publié par ailleurs onze livres d'enquêtes, d'essais, un roman et des nouvelles policières.

Extrait de Fanatiques

L'actualité ne cesse de faire écho à l'Histoire. Ce livre dresse le portrait de huit fanatiques, qui ont marqué leur temps en négatif, sur le plan politique, religieux ou culturel. Huit personnages effrayants et terriblement humains, qui rappellent que le fanatisme est multiforme et n'a pas de frontières. Leur trait commun à travers les âges : ils veulent réformer l'homme, réviser les faits, nier le passé, brûler les ouvrages, pulvériser les oeuvres d'art.
Le phénomène fanatique est vieux comme le monde - ou plutôt comme le culte religieux ou mystique. Chez les Romains de l'Antiquité, fanaticus désigne, à l'origine, l'initié habité par un délire divin, dans l'espace sacré d'un temple. Les premiers à asseoir leur réputation de «fous de dieu» sont les adeptes de Bellone - ancienne divinité hittite du XIIIe siècle avant J.-C, devenue déesse romaine de la guerre au 1er siècle avant J.-C. : pour la satisfaire, ses zélateurs immolent un taureau, le devin du culte entre en transe et s'automutile, pour interpréter les augures dans son propre sang. Bellone est peu à peu supplantée par Cybèle, déesse de la terre et de la patrie, dont les fidèles s'émasculent par ferveur sacrée. Elle a pour attribut le bonnet phrygien, qu'on retrouvera des siècles plus tard... en symbole national de l'ardeur révolutionnaire ! S'il commence avec le religieux, le fanatisme se met aisément au service du politique, en prenant pour prétexte une idéologie ou un intégrisme moral. Tout est question de pouvoir et d'emprise. Pour les illuminés, l'au-delà se substitue à la vraie vie en ce bas monde ; ils n'ont que dédain pour notre existence terrestre et justifient ainsi tous leurs excès.
Cet extrémisme traversera les siècles sans perdre de sa virulence. A l'époque des Romains, le fanatisme est mis au service de la res publica (la chose publique) et canalisé par les chefs du culte. Jusqu'à nos jours, les fous de Dieu sont toujours le bras armé d'une puissance qui les dépasse. Mais c'est justement ce qui les motive et les déculpabilise. Cette instrumentalisation des illuminés perdurera, avec un succès croissant, pendant l'ère chrétienne. Les pratiques d'automutilation elles-mêmes seront perpétuées par certaines communautés chrétiennes, avec un zèle parfois singulier : au IIIe siècle, la secte des Valésiens sème la terreur en castrant, comme eux, tous ceux qu'ils croisent sur leur passage. Ils pensent ainsi sauver les malheureux du péché de chair, pour gagner la vie éternelle ! Ce faisant, ils inventent le fanatisme moderne - celui qui s'autorise tous les crimes au nom d'un Dieu.
Le fanatique, c'est toujours l'Autre, qu'il faut impitoyablement remettre dans le droit chemin. D'où la notion de guerre sainte. En France, c'est pendant les huit guerres de religion qui opposent catholiques et protestants, de 1562 à 1598, que le terme de «fanatisme» commence à être couramment employé dans les textes, et exprime son sens tragique dans la réalité. Trente ans de guerres civiles ravageront la France, les deux partis rivalisant de cruautés, supplices, massacres et exactions en tout genre. (...)