Une histoire érotique de Versailles : 1661-1789

Une histoire érotique de Versailles : 1661-1789

Quatrième de couverture

Versailles, lieu de pouvoir ? Oui, mais aussi lieu de plaisir, de désir et de débauche. Du modeste pavillon de chasse de Louis XIII, Louis XIV fait une garçonnière pour y abriter ses premières amours avec Louise de La Vallière, puis décide, au grand dam de Colbert, d'y aménager le lupanar de ses jeunes années. De la pulpeuse Mme de Montespan à l'ardente Mme de Maintenon, maîtresses, favorites ou passades d'un soir se succèdent alors en un tourbillon mutin. On y lutine avec ardeur dans les alcôves des appartements de Le Brun ou derrière les bosquets des jardins de Le Nôtre.
Après les mignons de Monsieur et les orgies du Régent, les demoiselles du Parc-aux-cerfs choisies par la Pompadour se disputent l'honneur d'être troussées par l'insatiable Louis XV. Las, Louis XVI le Mou peine à honorer Marie-Antoinette et, à la veille de la Révolution, la «petite Sodome» aux moeurs débridées a jeté ses derniers feux.

Extrait de Une histoire érotique de Versailles : 1661-1789

Premiers ébats versaillais

«Ô quelle pitié que le plus grand roi et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fut mesuré à l'aune de Versailles !»

Colbert à Louis XIV, 28 septembre 1665.

Pour Charles Perrault, Versailles est «un monde où du grand univers se trouvent rassemblés les miracles divers».
Le premier miracle de Versailles c'est sa mutation. Initialement, l'endroit n'est guère propice ni au beau, ni au bon. Versailles, au milieu d'un paysage dépourvu d'eau, est «le plus triste et le plus ingrat de tous les lieux», déplore le duc de Saint-Simon - qui y a été baptisé - et qui ajoute au sujet du site : «Sans vue, sans bois, sans eau, sans terre parce que tout y est sable mouvant et marécages, sans air, par conséquent, qui n'y peut être bon.»
Versailles fut, pour commencer, la garçonnière lointaine et faussement discrète du jeune Louis XIV, âgé de 23 ans. Un lieu de plaisirs et de libertinage à moins de vingt kilomètres de Paris. Un lieu pas forcément de vraies débauches mais de vraie liberté. D'où d'ailleurs la fureur de Colbert quand il vit le jeune roi transformer son lieu de plaisir en centre du pouvoir politique. Colbert, si froid qu'on le baptisa «le Nord» d'après Mme de Sévigné, Colbert, le ministre austère vêtu de noir, Colbert, le rigoureux comptable des deniers du royaume, ne voulait pas que son souverain passe à la postérité pour avoir aménagé «le lupanar» de ses jeunes années. D'où les efforts (vains) du malheureux ministre pour tenter de retenir le souverain au Louvre grâce aux aménagements du vieux château parisien. D'où la venue du Bernin, dépêché depuis Rome, dont il reste la célèbre «colonnade du Louvre» à défaut des grandes terrasses que l'artiste rêvait de créer. Mais Colbert s'y opposa. Des terrasses ? Sous un climat pluvieux ? Paris n'est pas Rome et les fenêtres surmontées de terrasses aux étages supérieurs n'auraient plus éclairé que des pièces quasi obscures, privées de soleil et de luminosité.

Les réserves de Colbert

A Versailles, les travaux commencèrent dès 1661 malgré les réserves de Colbert qu'il exprima dans un long mémorandum au roi, suivi de sa franche opposition (28 sept. 1665). Colbert fit même accélérer les travaux des Tuileries pour tenter de dissuader le roi de s'établir à Versailles. En 1664, le roi consacre d'ailleurs au Louvre et aux Tuileries plus d'argent (1 059 422 livres) qu'il n'en consacre à Versailles (843 000 livres seulement). Mais, à partir de 1668, la proportion s'inverse car Versailles n'est pas seulement un château : c'est une ville nouvelle. Pour la construire, le roi achète la quasi-totalité des terrains (1663), il fait tracer des plans (1664), exproprie la majorité des habitants (1666). En 1661, Versailles n'est pas même un village. À la fin du règne, la ville compte 45 000 habitants alors que Brest sur la même période ne passe que de 2 000 à 15 000 habitants.
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