Free fall

Free fall

Quatrième de couverture

Maise O'Malley vient de fêter ses 18 ans et s'apprête à commencer des études de cinéma. Cette jeune fille au caractère bien trempé, qui prétend n'avoir peur de rien et ment volontiers sur son âge, a toujours eu l'impression d'avoir grandi trop vite.
Quand elle rencontre Evan un soir dans une fête foraine, l'attirance est immédiate, intense, et pour elle sans lendemain. Pourtant, dès le jour suivant, Maise ne pense à rien d'autre qu'à lui. Ce trentenaire lui fait découvrir combien l'amour peut être plus qu'une brève rencontre, qu'il peut révéler une complicité inattendue avec un homme qui la comprend réellement. Un homme qui voit derrière ses bravades la petite fille effrayée et courageuse qu'elle est en réalité.
Le jour de la rentrée, Maise découvre avec stupeur qu'Evan n'est autre que Mr Wilke, son nouveau professeur de cinéma. Tous deux décident d'interrompre leur liaison, mais leurs sentiments les rattrapent : ils sont incapables de résister à leur attirance mutuelle.
Si à l'université et devant les autres, Maise et Evan sont deux acteurs feignant l'indifférence, dès qu'ils partagent des moments ensemble, ils se sentent vivre et être pleinement eux-mêmes. Mais leurs masques sont fragiles et menacent souvent de tomber. Les élèves les observent, les rumeurs courent.
Commence alors un jeu dangereux dont il leur sera difficile de sortir indemnes.

Pour Maise, 18 ans : «Sérieusement, vous croyez à l'amour tranquille ? Pour moi, la passion a été une véritable chute libre dans l'inconnu.» Un ton alerte, tour à tour sombre et lumineux grâce au personnage de Maise et à son regard sans concession sur sa vie familiale et sentimentale. La psychologie des personnages est particulièrement fouillée, les dialogues sonnent toujours juste. Un roman poignant et rock à la fois qui prend aux tripes.

Leah Raeder est écrivain et une vraie "nerd". Ses livres ont très vite séduit les lectrices de romans érotiques. Elle adore le design graphique, les jeux vidéo, le bon whisky et l'art de l'auto-dérision. Elle vit avec son prince charmant à Chicago.

Extrait de Free fall

À dix-huit ans, il n'y a rien d'autre à faire en plein été dans le Sud de l'Illinois qu'avaler des cornichons frits, boire une cannette de bière qu'on a piquée à sa mère et faire des tours de grand huit jusqu'à en avoir envie de vomir. Et c'est exactement ce que j'étais en train de faire le soir où je l'ai rencontré. Lui.
Il régnait une chaleur moite et étouffante en ce mois d'août, qui semblait carrément remonter au Jurassique. On avait l'impression que tout se dissolvait, comme fondu : le ciel noir dégoulinait, les étoiles argentées dégelaient, la couleur des néons partout déteignait. Pas très loin de la maison, la fête foraine s'installait chaque été sur un terrain vague envahi par les mauvaises herbes, sorte d'immense désert aride. Ça donnait l'impression d'être le bout du monde, cet endroit. Je décapsulai ma cannette et le son claqua comme un coup de feu. J'avalai une gorgée de ce liquide pisseux, savourant sa fraîcheur. Assise sur un banc, je regardais le grand huit monter, descendre et remonter. Des cris de joie fusaient par intermittence, comme une radio mal réglée. J'ai une peur panique du grand huit, un traumatisme qui vient de l'année de mes cinq ans, lorsque j'ai perdu George, mon lapin en peluche. George est tombé dans le vide d'une bonne cinquantaine de mètres lorsque j'ai applaudi des deux mains, en un geste cruel et irresponsable. Maman a eu beau lui coudre des yeux tout neufs, j'ai pleuré et pleuré encore, en disant que George était mort, jusqu'à ce qu'elle me laisse l'enterrer dans le jardin. Dans une boîte de céréales en guise de cercueil. Avec Maman ivre morte, en pleurs elle aussi, pour prononcer l'éloge funèbre.
Alors si j'étais là ce soir, peut-être était-ce en partie parce que j'en avais marre précisément d'être une enfant, engluée dans mes peurs d'enfant et mes souvenirs d'enfance. Dans deux semaines, j'entrerais en terminale. Et je voulais m'y pointer en adulte.
Je bus la dernière gorgée de bière et écrasai ma cannette sur le banc.
Au fait, je m'appelle Maise. Maise O'Malley. Oui, j'ai du sang irlandais dans les veines. Mais ça, vu mon penchant pour la boisson, vous l'aviez compris, non ?
J'entrai dans le parc d'attractions. Apparemment, tous les pervers du coin avaient eu le scoop. Instantanément, trois paires d'yeux de prédateurs se braquèrent sur mes jambes, puis descendirent, remontèrent et redescendirent, le bon vieux regard façon ascenseur détraqué. Le plus souvent, ce sont des mecs d'un certain âge. Bon, il faut reconnaître que grandir sans père m'a un peu perturbée et je ne déteste pas quand ils essaient de jouer au papa avec moi.
«Essayer» est le mot qui convient, comme dit M. Wilke.
Mais nous parlerons de lui le moment venu.