Comprendre et aider les enfants en difficulté scolaire

Comprendre et aider les enfants en difficulté scolaire

Quatrième de couverture

Difficultés et troubles d'apprentissage, inadaptation de nombreux élèves au cursus proposé par l'école, voire échec scolaire : autant de problèmes criants de notre époque sur lesquels il convient de toute urgence de s'interroger. En France, c'est dans le cadre des Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) qu'interviennent les maîtres E. En charge des «aides à dominante pédagogique» dans les écoles maternelles et élémentaires, ces derniers travaillent à la résolution des difficultés d'apprentissage. Cette aide spécialisée, qui dépasse le seul soutien pédagogique, est ici analysée dans ses multiples dimensions - instrumentale, cognitive, affective et sociale - en vue d'une meilleure compréhension des chemins de la réussite scolaire.

Présentant une synthèse précise des recherches menées sur la pédagogie spécialisée et l'aide aux enfants en difficulté scolaire, cet ouvrage collectif :
■ propose une réflexion sur l'identité du maître spécialisé chargé de l'aide à dominante pédagogique - son rôle, la nature de ses missions et interventions, la relation qu'il entretient avec l'enfant en difficulté scolaire et les partenaires institutionnels et familiaux ;
■ questionne le type et la nature des aides spécialisées proposées aux élèves en difficulté et, notamment, «l'entretien d'explicitation», qui permet à l'enfant d'analyser son action, ses difficultés et ses ressources ;
■ présente des approches spécifiques et préventives dans le cadre des apprentissages fondamentaux, en particulier autour de la lecture et de l'écrit.

Une rare mise en perspective du métier spécifique d'enseignant spécialisé, par des spécialistes reconnus dans les domaines de la pédagogie et de la psychologie.

Mireille BRIGAUDIOT
Alain BRUN
Philippe CORMIER
Monique CROIZIER-PRÉ
Guy HERVÉ
Yves de LA MONNERAYE
Jacques LÉVINE
André OUZOULIAS

Extrait de Comprendre et aider les enfants en difficulté scolaire

Extrait de l'introduction

La difficulté de l'apprentissage scolaire interpelle de plus en plus notre société. En visant la réussite scolaire pour tous, les partenaires de l'école investissent les différents axes de la compréhension des difficultés, sans éviter, malheureusement, quelques dérives. À ce jour, l'entrée neurologique, ou médicale, prend de l'importance et risque de transformer la difficulté ordinaire en maladie. D'autant plus que les sciences neurologiques modélisent le fonctionnement cérébral sur des cerveaux adultes. La transposition vers des cerveaux d'enfants en cours de construction n'est pas aisée, ni toujours valide. L'entrée psychologique, qui tente de comprendre le sujet dans sa complexité de personne, s'impose dans notre société.
Ces deux entrées, bien que nécessaires, risquent de laisser sur le bord du chemin l'entrée conceptuelle, cognitive, la seule qui transforme les théories en réalités didactiques, pour accompagner l'élève dans un processus d'apprentissage. Car le concept structuré en une combinaison d'attributs est l'élément commun organisant toute connaissance, dont font partie les contenus des programmes scolaires à tous les niveaux. Au début du XIXe siècle, le médecin Jean Itard a posé le principe d'éducabilité en accueillant l'enfant sauvage de l'Aveyron : toute personne peut apprendre, quel que soit son niveau de compréhension ou de handicap, dans la mesure où on lui propose un cadre éducatif et didactique adapté. La question qu'il convient de se poser est donc : quelles sont les conditions de mise en oeuvre d'une aide à dominante pédagogique, susceptible de prendre en compte chaque apprenant, et ce, dans le cadre de dispositifs différenciés ?

Les composantes personnelles de l'élève

Chez tout être humain, l'aspect psychologique ne peut se dissocier de l'aspect cognitif ou social. Un élève, surtout en difficulté, avec une histoire scolaire difficile et perturbée engage en parallèle ses composantes affectives, psychologiques et cognitives. Vouloir les délier, ignorer l'une d'elles, c'est refuser de prendre en compte la personne globale à laquelle s'adresse l'aide. Après une série d'échecs, l'élève se trouve en situation de fragilité psychologique, ou «impuissance conditionnée», et est moins armé pour affronter une nouvelle situation. C'est là que les maîtres E interviennent, le rencontrent et travaillent avec lui de façon à lui demander de recommencer autrement, en se libérant de son passé négatif, pour aller vers la réussite. Cette rencontre est nécessaire. Les enfants qui ne sont pas «portés» par leur famille en entrant dans l'école ont besoin d'un temps intermédiaire de parole personnelle pour se mobiliser vers les apprentissages et investir leur métier d'élève. Ce temps de parole, qui permet la rencontre et la reconnaissance de deux personnes, est une composante fondamentale de la relation pédagogique. Pour Boris Cyrulnik, après l'appareil cérébral ou neuronal, le deuxième étage de l'appareil à comprendre est constitué par les niveaux affectif et cognitif, ces derniers se conjuguant pour stimuler le cerveau. Il précise qu'un enfant qui n'est pas affecté (touché par une émotion) ne peut rien apprendre.

Les composantes de l'aide personnalisée

La pédagogie adaptée suppose une relation pédagogique de qualité, une aide à l'entrée dans les apprentissages qui ne peut se caractériser ni comme une compilation de tâches pour combler les lacunes, ni comme un simple rattrapage, ni comme un soutien (dans le sens d'une répétition de notions ou d'acquisition de mécanismes), ni comme un enfermement dans une pédagogie à base essentiellement de manipulations concrètes.
L'aide à dominante pédagogique sous-tend une connaissance du processus d'apprentissage avec ses composantes cognitives, affectives, sociales. Les aspects psychologiques ne peuvent être pris comme le vecteur essentiel de l'aide, mais ils éclairent les actions d'aide spécialisée à dominante pédagogique du maître E, ainsi que le précise la circulaire de 1990 : «[Ces actions] impliquent la cohérence entre les caractéristiques psychologiques de l'enfant d'une part, les méthodes mises en oeuvre et les finalités de l'enseignement d'autre part.» La circulaire ministérielle d'avril 2002 précise :
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