Blanc & Demilly : le nouveau monde

Blanc & Demilly : le nouveau monde

Quatrième de couverture

L'oeuvre des photographes Blanc et Demilly s'élabore de 1924 à 1962 et se partage entre une activité commerciale courante, celle traditionnelle de studio et d'illustration, et une pratique créatrice, inventive et féconde tant par sa richesse que par sa grande qualité.

Leur studio s'affirme comme un lieu apprécié du Tout-Lyon où défile le cénacle artistique, industriel, politique et médical, ainsi que la bourgeoisie locale. Au fil du temps, Blanc et Demilly se lient d'amitié avec les tenants des avant-gardes lyonnaises et ouvrent leur studio pour y exposer leurs oeuvres. Ils inaugurent en 1935 une galerie d'art entièrement consacrée à la photographie, événement exceptionnel pour l'époque. Très actif, le duo lyonnais participe au Salon national de la photographie, d'abord comme exposants puis dans le jury, aux côtés des grands noms de la photographie française.
Leur volonté d'une photographie «neuve et hardie» révèle une attention précoce aux grands courants de la modernité photographique et artistique. Si, en quarante années, la production de portraits fut sans conteste la plus abondante car la plus lucrative, et le sujet de Lyon tant de fois réfléchi et aimé, leur curiosité ne put s'en satisfaire. Leur oeuvre évolue ainsi des tout premiers essais d'inspiration picturale à l'affirmation des qualités plastiques de la photographie et de sa relation particulière avec la réalité. La volonté est partout présente d'exprimer le réel, de l'expérimenter, d'en révéler l'étrangeté, la beauté et l'insolite.

L'oeuvre des photographes Blanc et Demilly s'élabore de 1924 à 1962 et se partage entre une activité commerciale courante, celle traditionnelle de studio et d'illustration, et une pratique créatrice, inventive et féconde tant par sa richesse que par sa grande qualité. Leur volonté d'une photographie «neuve et hardie» révèle une attention précoce aux grands courants de la modernité photographique et artistique. Si la production de portraits fut sans conteste la plus abondante car la plus lucrative, et le sujet de Lyon tant de fois réfléchi et aimé, leur curiosité ne put s'en satisfaire. Leur oeuvre se distingue par une volonté partout présente d'exprimer le réel, de l'expérimenter, d'en révéler l'étrangeté, la beauté et l'insolite.

L'association de Blanc et Demilly va durer quarante ans. Leur studio s'affirme comme un lieu apprécié du Tout-Lyon où défile le cénacle artistique, industriel, politique et médical, ainsi que la bourgeoisie locale. Au fil du temps, Blanc et Demilly se lient d'amitié avec les tenants des avant-gardes lyonnaises. Ils inaugurent en 1935 une galerie d'art entièrement consacrée à la photographie, événement exceptionnel pour l'époque. Très actif, le duo lyonnais participe au Salon national de la Photographie qui se tient depuis 1946 à la Bibliothèque nationale, d'abord comme exposants puis comme jury aux côtés des grands noms de la photographie française.

Cet ouvrage est rendu possible par l'insatiable travail de mémoire réalisé par Julie Picault, fille d'Antoine Demilly.

Ce livre est publié à l'occasion de l'exposition «Blanc et Demilly : Le nouveau monde» présentée au musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône du 12 juin au 20 septembre 2015, en collaboration avec le pôle de photographie Stimultania et avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Bourgogne.

Extrait de Blanc & Demilly : le nouveau monde

Avant-propos de Céline DUVAL

Lyon, place Bellecour. Une porte cochère, un couloir aux quatre vents, il faut se courber, avancer encore parce que, tout au fond, trône un bureau enseveli sous les images. Damien Voutay parle à qui veut l'entendre de ses dernières acquisitions, des ventes, du contexte lyonnais et des pérégrinations de Blanc et Demilly. Blanc et Demilly, deux photographes de l'entre-deux-guerres, connus pour les expositions thématiques et quasi-fétichistes des années cinquante. Dans ce bureau, on entendrait presque craquer les tirages.
Sur les flancs de la colline, Julie Picault, fille d'Antoine Demilly, a accepté de me rencontrer. Au cours des mois d'hiver 2012, elle me montrera cinq mille tirages, jours après jours, au bas de l'escalier. Le rituel est toujours le même : nous allumons la lampe halogène, ouvrons la porte-fenêtre, saisissons une pochette raisin ou une boîte noire. Je prends les gants et je note. Parfois je numérote, je mesure. Je souris en l'écoutant me raconter les histoires. Blanc et Demilly sont lecteurs de poésie, amateurs de théâtre, ils emmènent leurs clients dans la campagne pour des séances de prise de vue. Autour d'eux, des sculpteurs, des peintres. Picasso est là. Salendre, Utrillo, les frères Lumière. Julie Picault attrape les portraits d'Édouard Herriot dès que nous les croisons, ils finissent sur le chevalet. Pendant trente ans, avec son mari, elle a racheté les tirages qu'elle a pu trouver chez les bouquinistes et les antiquaires. Le studio de son père a été vendu en 1963, archives comprises. Quelques années après, tout a été jeté. Quarante années de production d'un studio - magasin - lieu d'exposition qui a compté jusqu'à trente salariés, à la benne.
Les cinq mille tirages que Julie Picault me montre ont parfois été abîmés, malmenés ; ils ont changé plusieurs fois de propriétaire, ont été vendus un euro dans les marchés aux puces ou plusieurs milliers dans les grandes ventes. Dans les pochettes vertes, nous avons le plaisir de voir se mêler des papiers granuleux et profonds, des tirages des années trente et ceux, plus tardifs, des années cinquante, et des sujets, des commandes de toutes sortes. Nous ne sommes pas des historiens et Blanc et Demilly n'ont jamais cherché à construire une oeuvre ou à s'inscrire dans un mouvement dogmatique. Toute leur production est là. Quelles photographies auraient-ils décidé de sauvegarder s'ils avaient su que leur fonds était destiné à disparaître ? Celles qui établissent un dialogue avec l'extérieur dans le climat de l'entre-deux-guerres ?
Celles qui vivent ? Je garde celles qui révèlent au mieux une tension, une menace imminente, une nostalgie sourde, mais je sais que mon choix est intimement lié à mon expérience sensible de regardeur. Cinq cents photographies sont reproduites, découpées, triées, classées. Classées pour mieux pouvoir ensuite leur permettre de se confronter. Arbres, nuages, fleurs, portraits, patrimoine, thématiques des commissaires. Un autre ensemble apparaît : «Voyage à Mexico». Nos deux hommes n'y ont jamais mis les pieds. «La mer avait recouvert les dunes», «Julie». La sélection doit rafraîchir le regard sur Blanc et Demilly, nous n'y trouverons donc pas les très belles héliogravures des Aspects de Lyon éditées par la société des Amis de Guignol en 1933 ou les oeuvres vedettes, quais de Saône, montées de pierre..., présentées en 2000 au musée national d'Art moderne. Le parcours est composé lentement, librement, avec poésie et rebondissements intuitifs. Les historiens rencontrent des difficultés de datation, c'est dans les têtes des artistes que j'essaie d'entrer, dans leur façon de penser les formes, de composer avec leur époque. La période est charnière, tant dans le domaine de la littérature que dans le domaine de la photographie. Des indices, des échos, des doutes. Un faune moussu qui, dans son «splendide bain de cheveux disparaît». Une main qui s'avance, seule, vers l'oeuf. Des peaux, des pierres. À l'attente inquiète d'une femme au bord de sa fenêtre répond la surface tranquille d'un lac de montagne, aux volutes de fumée la figurine d'un diable de terre, au brouhaha des vagues le cliquetis d'une cuillère sur la porcelaine. Un pas de côté, léger, pour découvrir des photographies rares, inédites.
Prendre le nom d'un village de Haute-Loire au bord de la nationale 88 comme titre inscrit définitivement ces choix dans une vision aussi intense qu'intemporelle. «Le nouveau monde». C'est cet esprit que célèbre le parcours original de cet ouvrage.

«Prêt à une nouvelle vie ou la suite de l'ancienne, c'est la même chose.»
Alberto Giacometti, février 1963.